Les animaux aquatiques en latin

Michèle Fruyt (Université de Paris-Sorbonne, Paris 4)

et Mauro Lasagna (Accademia Nazionale Virgiliana, Mantoue)



1. Les poissons de mer en latin

1.1. Liste alphabétique des dénominations : de A à C

1. acharne, -ae F. poisson de mer inconnu ; probablement « bar, lubin, loup de mer » (Morone labrax ou Labrax lupus L.) ; il vit dans les eaux des rivages et fournit des mets savoureux et très recherchés (Enn. var. 43 V2 (Hedyph. v. 10), ap. Apul. Apol. 39 ; Lucil. 49 M., ap. Gell. 10,20,4 ; Plin. 32,145). Nom grec (Aristote, Athénée) : ἀχάρνας, ἄχαρνος ; variante orthographique : acarne.

2. acipenser, -eris M. « esturgeon » (Acipenser sturio L.), poisson de mer qui remonte dans les fleuves pour se reproduire. Voir: 2. Poissons de rivière.
Ce poisson fournit un mets rare et renommé :
Pl. Bacc. fr. ap. Macr. Sat. 3,16,1: uel nunc qui mihi in mari acipenser latuit antehac ; Lucil. 1240 Marx ; Cic. Tusc. 3,43 ; Nig. Fig. 113 Swoboda ; Hor. Sat. 2,2,46 ; Ov. Hal. 134 ; Pline, 9,60, s’étonne qu’à son époque, il ne soit plus recherché ; Macrobe, Sat. 3,16,1-9, en parle longuement, et le par. 8 décrit la procession par laquelle un mets de ce poisson était porté, tel un dieu, aux invités par des serviteurs couronnés de guirlandes au son d’une flûte.
Il s’agit d’un composé, dont le premier terme est associable au groupe de acies, acus (E.M.) avec un radical latin ac- signifiant « aigu, pointu » ; le trait saillant sélectionné pourrait être le museau et la silhouette allongés du poisson. On rencontre des variantes : chez Martial (Mart. 13,91) : acipensis, chez Lucilius : acupenser ; Athénée traduit par le grec ἀκιπήσιος. Des variantes graphiques : aquipenser, accipenser manifestent des interprétations synchroniques par aqua « eau », accipio « recevoir, prendre », accipiter nom d’un oiseau de proie. Il faut distinguer l’acipenser et le helops (voir ce terme).
Mallory & Adams (2006, p. 147) estiment que lat. acipenser « esturgeon » provient d’une forme i.-e. du nord-ouest sur une « racine » signifiant en anglais « sharp » (fr. « aigu, pointu, tranchant ») et qu’il a des correspondants en baltique et slave : voir Introduction § 0.10.

3. acus, -i M. « aiguille de mer » (Syngnathus L.) dénote le même poisson que le terme lat. belonē, -es, (voir ce terme) emprunté au grec ; le terme est attesté chez Pline 9,166, qui en décrit l’accouchement, et chez Martial 10,37,6.
Pour cette dénomination, le trait sélectionné est la forme du poisson, dont le corps est très allongé et très mince (cf. Martial : tenues… acos).Le nom du poisson est fait à partir du nom de l’aiguille comme instrument usuel pour les humains et appartenant à leur vie quotidienne. Pour ce procédé de dénomination, voir Introduction § 0.7.2. et 0.7.3. (instrument → poisson).
On note cependant que le point de départ est un substantif féminin de la 4e déclinaison acus, -ūs F. « aiguille », tandis que le nom du poisson est un substantif masculin (comme le terme générique de la classe piscis M. « poisson ») de la 2e déclinaison thématique. Les deux termes dénotant respectivement l’entité comparante (l’outil) et l’entité comparée (le poisson) ne sont donc pas homonymes.

4. alopex, -ecis F. est cité comme un équivalent en grec (« renard ») de lat. uulpes marina « renard marin » pour renvoyer au même poisson « sorte de chien de mer » (Pline 32,145) ; voir uulpes. Pour ce procédé de dénomination, voir Introduction § 0.7.2. et 0.7.3. (animal terrestre → poisson).

5. amias, -ae F. dénote une sorte de thon (Scomber sarda L.) ; Lucil. 1304 ap. Varr. L. 7,47 ; Pline (9,49) le cite comme exemple de la rapidité de croissance : amiam uocant cuius incrementum singulis diebus intellegitur. Le terme est cité par Varron comme une dénomination empruntée au grec ἀμίας.

6. anguilla, -ae, F. « anguille », poisson de mer et de rivière (famille Anguillidae L.) ; le terme est attesté chez :
Pl. Pseud. 747 (déjà au sens métaphorique : « anguillast, elabitur », dit d’un personnage) ; Varr. L. 5,77 (exemple de nom de poisson dérivé d’animaux terrestres) ; Sén. QN 3,19,3 ; Plin. 9,73 ; 9,74 ; 9,75 ; 9,160 ; 9,177 ; 10,189 ; 32,16 ; 32,145 ; Juv. 5,103 ; Mart. 12,31,5 ; Macr. Sat. 3,15,7.
C’est un poisson différent de acus « aiguille de mer ». Anguilla « anguille » est probablement un suffixé « diminutif » à valeur métaphorique d’anguis « serpent » comme « (poisson) qui ressemble à un serpent » par sa forme allongée. Pour cette valeur du suffixe dit « diminutif » : voir M. Fruyt 1989-c. Pour ce procédé de dénomination, voir Introduction § 0.7.2. et 0.7.3. (animal terrestre → poisson).Mais on a proposé d’y voir un terme hérité de l’i.-e. et provenant d’une autre forme i.-e. que anguis « serpent », également hérité (Mallory & Adams 2006). Pour ces deux termes, voir ci-dessus, Introduction § 0.10.

7. anthĭās, -ae M. poisson inconnu, mais sur lequel les Anciens donnent beaucoup de détails ; Ov. Hal. 45-47 ; Pline 9,180 ; 32,13 ; emprunt au grec ἀνθίας.

8. aper, apri M. poisson inconnu (Plin. 11,267 : caper, traduction de gr. κάπρος, nom d’un poisson de l’Acheloüs, mais aussi d’un poisson de mer) dont le nom est fait sur aper « sanglier ». La ressemblance peut être due à la couleur, au bruit, ou à la forme d’une partie du corps. Pour la même entité comparante, le sanglier, avec un suffixe « diminutif » de valeur métaphorique : cf. apriculus, poisson inconnu. Pour cette valeur du suffixe « diminutif », voir M. Fruyt 1989-c. Pour ce procédé de dénomination, voir Introduction § 0.7.2. et 0.7.3. (animal terrestre → poisson).
Le couple aper - apriculus est parallèle au couple grec κάπρος / καπρίσκος. Il ne s’agit pas d’un calque sémantique fait par le latin au grec, mais de dénominations parallèles parce que fondées sur la sélection du même trait saillant et du même procédé dénominatif. Pour les dénominations reposant sur des critères cognitifs identiques entre latin et grec, voir M. Fruyt 1999. Pour ce procédé de dénomination, voir Introduction § 0.7.2. et 0.7.3. (animal terrestre → poisson).

9. apolectum, -i Nt. peut-être « jeune thon de grande taille » (Pline 32,50) ; terme savant emprunté au grec ; Pline (9,48) emploie le terme au masculin (apolectos) pour un morceau de chair très apprécié en cuisine, découpé dans le thon. C’est donc, dans ce cas, non un nom de poisson, mais un terme culinaire ; voir cybium, hallecula, thunnus.

10. apriculus, -i M. poisson inconnu (Enn. var. 38 V2 (Hedyph. v. 5), ap. Apul. Apol. 39) ; variante morphologique : apricula, -ae F. (Apul. Apol. 34). Pour la même entité comparante, le sanglier, cf. aper, poisson inconnu. Pour cette valeur métaphorique du suffixe de diminutif, voir M. Fruyt 1989-c. Pour ce procédé de dénomination, voir Introduction § 0.7.2. et 0.7.3. (animal terrestre → poisson).

11. apua, -ae, F. « menuise » : terme générique pour les menuises, qui sont de très petits poissons : anchois, sardine, hareng, etc. Le terme est attesté chez Pline (9,160 ; 31,95), Apicius (dans des recettes de cuisine).
La forme est issue d’un terme grec latinisé pour sa phonologie : grec ἀφύη > lat. apua avec gr. φ /p’/ adapté en /p/ en latin par perte de l’aspiration, ce qui est l’indice d’un emprunt ancien en latin et/ou d’une appartenance à la langue parlée usuelle. Bien que le terme soit emprunté, il semble donc avoir été intégré en latin. Les Anciens croyaient que ces poissons naissaient par génération spontanée, comme l’indique l’étymologie du mot grec : ἀ-φύω (φύω « générer »).

12. aquila, -ae, F. « aigle de mer » ; il s’agit d’une sorte de raie : « la mourine » (Raia aquila L.) ou « la mourine-vachette » (cf. bos). Pline 9,78 décrit un poisson plat et cartilagineux, qui a l’apparence d’un oiseau de proie avec les ailes étendues, en raison de la taille de ses nageoires pectorales, qui sont plus larges que pour les autres raies, et de leur forme convexe.
Le nom du poisson est fait à partir d’un nom d’oiseau : aquila « aigle » en raison de la ressemblance des ailes et du mouvement dans un milieu fluide. Le procédé dénominatif se retrouve dans angl. eagle ray et il est passé dans les langues romanes dans prov. aigla de mar, fr. aigle de mer, it. aquila. Pour ce procédé de dénomination, voir Introduction § 0.7.2. et 0.7.3. (oiseau (animal terrestre) → poisson).

13. arāneus, -i, M. « la vive » (Trachinus araneus R.) : poisson venimeux comme certaines araignées; le terme est fait sur ărāneus, -i M. et ărānea, -ae F. « araignée » ; il est attesté chez Pline 9,155 ; 32,145.
Le procédé de dénomination de la vive à partir de l’araignée terrestre s’est maintenu en provençal : prov. aragno, araigne. Pour ce procédé de dénomination, voir Introduction § 0.7.2. et 0.7.3. (animal terrestre → poisson).

14. asellus, -i, M. « l’âne de mer » est un nom de poisson dénotant plusieurs espèces, qui étaient perçues comme ressemblant à l’âne ; le terme est parfois traduit par « merlu », « merlan ». Il est attesté chez :
Varr. L. 5,77 ; 9,113 (passages métalinguistiques) ; Men. 403 Cèbe ; Ov. Hal. 133 ; Pétrone 24,7 (dans un proverbe tourné dans un sens obscène) ; Plin. 9,58 ; 9,61 (où deux espèces sont distinguées, callariae et bacchi, cf. bacchus et callarias) ; 32,113 ; 32,145-146 ; Apul. Apol. 40.
Le terme est fait sur asinus, -i M. « âne » avec un suffixe « diminutif » à valeur métaphorique. Pour cette valeur du suffixe « diminutif », voir M. Fruyt 1989-c.
Le terme asellus est parallèle aux noms grecs de poisson : ὄνος / ὀνίσκος ; le trait saillant de ressemblance est peut-être de la couleur, avec une certaine tonalité de gris. Il ne s’agit pas d’un calque sémantique du latin sur le grec, mais de deux dénominations parallèles fondées sur les mêmes processus cognitifs de dénomination : voir Introduction § 0.7.2. et 0.7.3. (animal terrestre → poisson).

15. aurāta, -ae, F. « la daurade » (Chrysophrys aurata ; Sparus aurata L.) est un nom latin usuel illustrant un procédé de dénomination chromatique par la couleur de l’or. Il est fait sur aurum « or », la daurade étant donc « celle qui contient de l’or » avec le suffixe productif -ātus, -a, -um (issu de *-to- possessif).
Le même procédé dénominatif existe en français dans fr. daurade / dorade, terme emprunté à l’espagnol dorada (XVe s.) de même sens, lui-même issu, avec influence de esp. dorar « dorer », du latin aurata. Pour ce procédé de dénomination par la couleur et la matière caractéristique de cette couleur, voir M. Fruyt 1989-a, 1989-b, 1993, 1999, 2006.
Le terme est attesté chez : Cels. 2,18,65 ; Col. 8,16,2 ; 8,16,8 ; Plin. 9,58 ; 32,43 ; 32,145 ; Mart. 13,90,1 ; Macr. Sat. 3,15,2.
Festus 182 L. explique l’étymologie et la graphie orata, d’où vient le surnom de Sergius Orata, Varr. R. 3,3,10 (et il en est de même pour Licinius Murena). La forme à diphtongue initiale aurata avait dès l’époque archaïque et classique une variante en ō reflétée dans la graphie : orata (cf. l’italien orata). On sait, en effet, que la diphtongue /au/ avait à l’époque archaïque et classique une variante à la fois diatopique et diastratique par laquelle elle était partiellement monophtonguée en [ō].
Le même poisson a une dénomination savante : chrysophrys, -yos F. « daurade » (Ov. Hal. 111 ; Plin. 32,152) empruntée au grec χρύσοφρυς « la daurade », composé possessif signifiant littéralement « qui a des sourcils d’or ».

16. bacchus, -i, M. « poisson de haute mer », espèce du genre Asellus ; cf. ce mot en Plin. 9,61 ; en 9,77, Pline en donne un synonyme : item bacchi, quem quidam mizyenem uocant, mais la forme est douteuse. Il s’agit d’un terme non usuel et probablement savant, bâti sur le nom de la divinité correspondante, Bacchus.

17. bancus, -i, M. poisson inconnu ; le terme est attesté en Cael. Aurel. Acut. 2,37,210 ; il s’agit d’une déformation de bacchus, cf. ce terme.

18. batia, -ae, F. « espèce de raie » (Plin. 32,77 ; 32,145, probablement la raie à tubercules épineux, Raia rubus L.). Le terme, peu attesté, est emprunté à gr. βατίς (fém. de βάτος).

19. batrachus, -i, M. « la grenouille de mer », « la baudroie », « la lotte » (Pline 32,145) semble être un terme peu attesté, calque de signifiant du nom de la grenouille en grec. Pour ce procédé de dénomination, voir Introduction § 0.7.2. et 0.7.3. (animal terrestre → poisson).

20. belonē, -es, F. « aiguille de mer » est l’équivalent d’origine grecque de la dénomination latine acus « aiguille de mer » (voir ce terme). Pour ce procédé de dénomination, voir Introduction § 0.7.2. et 0.7.3. (instrument → poisson).

21. blendius, -ii M. « baveuse, blennie ? » (Pline 32,102 : blendiorum) est un terme peu attesté, dont la forme est incertaine : dans l’index de Pline, 1,32,31, on a blendia. En grec, on rencontre le poisson appelé βλέννος, et en latin l’adjectif blennus signifie « idiot » (Pl. Bacch. 1088 ; Lucil. 1063 M.).

22. bōca, -ae F. « bogue » (poisson) (Pline 32,145 ; P.Fest. 27,17 L.) est un terme peu attesté ; un terme homonyme dénote le phoque chez Isidore de Séville (Or. 12,6,9) ; mais la dénomination latine du phoque est plutôt phoca (emprunt au grec).

23. bōs, bouis M. « le bœuf marin »; le terme dénote une sorte de raie (Cephaloptera giornai L., un gros sélacien, qu’on rencontre parfois dans la Méditerranée) selon Pline 9,78, où il figure dans une énumération de poissons cartilagineux ; Ov. Hal. 94 ; Plin. 32,152. Pour ce procédé de dénomination, voir Introduction § 0.7.2. et 0.7.3. (animal terrestre (mammifère) → poisson).

24. caeruleus, -i M. « sorte de chien de mer », « le bleu », « le peau bleue » (Aus. epigr. 15,2 Green; Isid. Or. 12,6,10). Le terme est peu attesté. Il s’agit d’une dénomination chromatique par la couleur bleue (bleu foncé), le substantif représentant la substantivation de l’adjectif caeruleus, -a, -um « bleu ».
Pour le même type de dénomination, voir glaucus. Pour ce procédé de dénomination par la couleur, voir Introduction § 0.7.2. et 0.7.3. et M. Fruyt 1989-a, 1989-b, 1993, 1999, 2006.
Les deux attestations probablement dérivent des caeruleis canibus de la ceinture de Scylla chez Virgile, en Én. 3,432.

25. callarias, -ae M. « poisson de mer », espèce du genre Asellus (Pline 9,61) ; terme emprunté au grec, peu attesté, voir asellus.

26. callĭōnymus, -i M. « poisson de mer », dénommé plus souvent uranoscopos (Pline 32,146) ; le terme, emprunté au grec, est savant et peu attesté ; voir uranoscopos.

27. caluāria Nt. pl. : ce terme n’est pas mentionné dans l’ouvrage d’E. de Saint-Denis sur les animaux marins, mais il est attesté dans deux passages d’Apulée (Apologie 34 et 39) dans un contexte dénotant des animaux marins.
En Apologie 39, Apulée cite un long passage d’Ennius (qui est le seul à nous conserver l’oeuvre gastronomique d’Ennius intitulée Hedyphagetica). Dans ce fragment d’Ennius, le substantif caluārĭa, inséré dans une liste de produits de la mer, semble désigner une sorte de poisson plat selon l’édition d’E. H. Warmington (dans la collection Loeb), où caluaria est traduit par angl. flounder :

  • Enn. var. 43 V2 :
    Polypus Corcyrae, caluaria pinguia, acarnae,
    Purpura, muriculi, mures, dulces quoque echini

    « At Corcyra [men catch] the octopus, fat flounders, sea-perch, the purple and the little purple-fish, file-fish and sweet urchins too. » (trad. E.H. Warmington, collection Loeb)

Angl. flounder est habituellement considéré comme dénotant la plie, poisson plat semblable à la sole. Dans cette hypothèse, il est probable que caluaria corresponde au poisson appelé en latin passer (ou à l’une des espèces du même genre), auquel nous avons consacré une entrée (voir passer ci-dessous).
Le Grand Gaffiot traduit caluaria par « sorte de poisson » en posant explicitement comme base de suffixation calua, -ae F. « crâne » et en citant les deux passages d’Apulée (Apol. 34 et 39). La même interprétation se trouve dans l’OLD, qui donne pour signification de caluaria « a kind of fish » pour les deux passages d’Apulée.
D’autres éditeurs, cependant, ne mettent pas de virgule entre pinguia et acarnae, ce qui fait d’acarnae non plus un nominatif pluriel, mais un génitif sg. dépendant de caluaria. C’est le texte retenu par P. Vallette dans la CUF, qui traduit caluaria pinguia acarnae par « les succulentes cervelles de bar », faisant de caluaria un nom du crâne ou de la cervelle : « A Corcyre sont les poulpes, les succulentes cervelles de bar, les pourpres, les murex, les moules,les savoureux oursins. » (traduction P. Vallette, 1924, collection CUF, Belles Lettres). De même dans une autre édition d’Ennius, le mot acarnae est un génitif dépendant de caluaria, ce qui donne le sens : « les grosses têtes de l’acarne ».
Le chapitre 34 de l’Apologie d’Apulée est intéressant parce qu’il cite, ironiquement, des noms de poissons qui sont transférés à partir des noms d’animaux terrestres (ils sont cités dans notre liste des poissons de mer) ou d’objets. Mais en Apologie 34, contrairement à l’interprétation du Grand Gaffiot et de l’OLD, les marina caluaria mentionnés par Apulée sont des coquillages et non des poissons :

  • Apul. Apol. 34 : … aut eliciendis mortuis marina caluaria.
    « … des crânes marins pour évoquer des morts. » (traduction P. Vallette, CUF, 1924)

Les marina caluaria sont donc des entités différentes des caluaria pinguia d’Apologie 39, où il s’agit de poissons.

28. cănīcula, -ae F. « la chienne de mer », « la roussette » (Varr. L. 5,77 ; Plin. 9,34 ; 9,151 ; 13,139 ; 32,145), semble dénoter le même poisson que canis marinus M. « le chien de mer ». Il s’agit de « la grande roussette » (Squalus canicula) et de « la petite roussette » (Squalus catulus L.). Ces deux dénominations savantes ont conservé dans le second terme du binôme les substantifs latins rattachés au chien : canicula « chienne » et catulus « jeune chien, petit chien ». Canicula est un « diminutif » de valeur métaphorique de canis « chien » ici au féminin « chienne ». Pour cette valeur du suffixe diminutif, voir M. Fruyt 1989-c. Pour ce procédé de dénomination, voir Introduction § 0.7.2. et 0.7.3. (animal terrestre (mammifère) → poisson).
On note ici le i long qui précède le suffixe -cula. Il représente : a) soit un allongement présuffixal secondaire de la voyelle i bref qui termine le thème de la base cani- au nominatif sg. (en dehors du nominatif sg., le thème de canis est consonantique en can-, cf. gén. pl. can-um); b) soit peut-être un i long ancien, qui pourrait être un morphème de féminin issu de i.-e. *-yh2- pour dénoter l’animal femelle sur le nom de l’animal mâle correspondant (cf. le i long de rēg-ī-na F. « reine » sur rēx M. « roi »; de gall-ī-na F. « poule » sur gallus M. « coq »). Voir squalus.

29. canis marīnus M. « le chien marin » semble dénoter le même poisson que le terme canicula F.: voir ci-dessus canicula. Pour ce procédé de dénomination, voir Introduction § 0.7.2. et 0.7.3. (animal terrestre (mammifère) → poisson).

30. cantharus, -i M. « canthère », « la brème de mer » (Sparus cantharus L.) ; il s’agit d’un poisson commun dans la Méditerranée, mais à la chair peu appréciée ; Ov. Hal. 103 ; Pline 32,146 ; Col. 8,17,14 ; le terme pourrait être emprunté au grec κάνθαρος ou bien représenter la transposition métaphorique du latin cantharus, -i M. « coupe à anses » (emprunté au grec, mais intégré : Pl., Virg.) avec un transfert métaphorique vers un poisson pour un certain trait de ressemblance. Pour cette valeur du suffixe diminutif, voir M. Fruyt 1989-c. Pour ce procédé de dénomination, voir Introduction § 0.7.2. et 0.7.3. (instrument → poisson).

31. caper, capri M. « le bouc de mer » sur caper « bouc » comme animal terrestre : voir aper, poisson non identifié, sur aper « sanglier ». Pour ce procédé de dénomination, voir Introduction § 0.7.2. et 0.7.3. (animal terrestre (mammifère) → poisson).

32. capitō, -ōnis M., dénote deux poissons différents, un poisson de mer et un poisson de rivière. Le poisson de mer est le capito « muge, mulet » mentionné par Caton en Agr. 158,1 (cf. ThlL s.v. capito, 349,12 et suivantes):

  • Cat. Agr. 158,1: ubi coctum incipit esse, eo addito … piscem capitonem et scorpionem I, cochleas sex et lentis pugillum.
    « quand il commencera à être cuit, ajoutez … un poisson chabot, un scorpion1), six escargots et une poignée de lentilles. » (traduction R. Goujard, CUF, Paris, 1975)

Le poisson de rivière est le capito « chevesne, meunier » (Squalius cephalus). Ce poisson vit dans les eaux douces profondes et il est mentionné seulement par Ausone (Aus. Mos. 85 : squameus herbosas capito inter lucet harenas / uiscere praetenero, fartim congestus aristis, / nec duraturus post bina trihoria mensis.). J. André, dans son édition de Caton, Agr. (Paris 1975, CUF p. 318, note 7) pense que le capito dans cette recette de Caton (Agr. 158,1) est le même poisson que le cephalus (emprunt au grec κέφαλος, donc dénomination aussi en grec par le nom de la tête) et qu’il s’agit ici d’un poisson de mer dont il existe une espèce2) d’eau douce (en renvoyant au passage d’Ausone).
Mais Le Grand Gaffiot (p. 293 s.v. cephalus) estime que cephalus, attesté chez Ambroise (Hex. 5,10,26), dénote la chevesne, le poisson d’eau douce. Cependant, ce passage d’Ambroise, au contraire, donne une liste d’animaux de mer (Ille sinus maris cephalos alit…). Le dictionnaire OLD ne cite que le passage de Caton en traduisant par : angl. « a kind of mullet », où il voit donc un poisson de mer.
Le terme capitō est un dérivé sur le thème de caput (gén. capit-is) Nt. « tête » (de l’homme et de certains animaux) avec le suffixe -ō, -ōnis M. On peut le traduire littéralement par « qui se caractérise par sa tête ». Ce terme illustre en effet la valeur de caractérisation de ce suffixe3). Cette même valeur se retrouve dans le cognomen Capito dans la famille des Ateius et des Fonteius. La particularité de la tête est généralement qu’elle a une grosseur supérieure à la normale au sens de « qui a une grosse tête » (Cic. Nat. 1,80), ce qui est appliqué aux parasites chez Plaute (Pers. 60).
Le schéma dénominatif à partir d’une partie du corps de l’homme et des animaux vers un poisson est donc la translation habituelle : entité terrestre (partie du corps) → entité aquatique (poisson)4). Voir Introduction § 0.7.2. et 0.7.3.
Le chevesne ou meunier s’appelle en italien cavèdano. Mais dans les traductions anglaises on a chub (Ausonius, éd. H.G. Evelyn White, Loeb Classical Library; cf. Green 1991, p. 474-475: éd. commentée d’Ausone, voir Introduction de ce chapitre), qui correspond à it. ghiozzo, alors que it. ghiozzo dénote un poisson différent.
Voir capito, 2. Poissons de rivière.

33. carcarus, -i M. : poisson inconnu, Col. 8,17,12. Emprunté au grec κάρχαρος, composé signifiant littéralement « aux dents aiguës », qui dénote peut-être le même poisson que gr. καρχαρίας « le requin ». En Méditerranée le squale-nez est plus commun et plus recherché que le vrai requin. Mais lat. carcarus pourrait également être une variante phonétique de cercurus.

34. cercurus, -i (cercyrus) M. « poisson de roche » ; Ov. Hal. 102 ; Plin. 32,152 ; terme peu attesté ; rapproché du grec κέρκουρος.

35. chalcis, -idis F. : peut-être « l’alose » selon E. de Saint-Denis (1947, p. 20), poisson de mer et de rivière, cf. Aus., Mos. 127 : alausa (poisson de rivière) ; Col. 8,17,12 ; Plin. 9,154 ; 9,162 ; 32,146 ; terme savant, emprunt au grec χαλκίς.

36. channe, -es F. : « le serran » (Perca scriba, Perca cabrilla L.) ; Ovide (Ov. Hal. 108) et Pline (Plin. 9,56 ; 9,166 ; 32,153) signalent que c’est un poisson hermaphrodite. Le terme est peu attesté. Le nom grec est χάννη pour un poisson à bouche béante.

37. chromis, -is F. : poisson mal connu (Ov. Hal. 121 ; Plin. 9,57 ; 10,193 ; 32,153) ; emprunt au grec χρόμις (χρεμ- « grondement, grognement »?) ; pour l’équivoque de Pline avec la phycis, voir ce nom.

38. chrysophrys, -yos F. : nom savant de « la daurade » ; attesté chez Ovide (Ov. Hal. 111 auri / chrysophrys imitata decus) et Pline (32,152 aurei… coloris chrysophyrin), qui en expliquent l’étymologie. C’est un emprunt au grec χρύσοφρυς, composé possessif au sens littéral de « qui a des sourcils d’or ». Le nom latin usuel est aurata « dorade » (voir ce mot). Le même procédé de dénomination chromatique par la couleur de l’or existe en français dans dorade (terme emprunté à l’espagnol, XVe s.). Pour ce procédé de dénomination par la couleur, voir M. Fruyt 1989-a, 1989-b, 1993, 1999, 2006. Voir aussi Introduction § 0.7.2. et 0.7.3.
Voir aurata.

39. cinaedus, -i M. : poisson inconnu, peut-être « le labre jaune », une espèce du genre Labrus ; le terme est peut-être un emprunt au grec κίναιδος selon E. de Saint-Denis ; mais ce mot latin est attesté dans ce seul passage de Pline 32,146 : cinaedi, soli piscium lutei (de lūteus ou de lŭteus ?), et il n’est pas attesté en grec. Il pourrait donc s’agir du mot latin cinaedus, -i M. « homosexuel, mignon », transféré en latin pour dénommer un poisson : c’est aussi l’opinion de P. Flobert (Grand Gaffiot 2000 s. v. cinaedus). Pour ce procédé de dénomination, voir Introduction § 0.7.2. et 0.7.3. (entité terrestre (être humain) → poisson).

40. citharus, -i, M.: « sorte de turbot » ; Plin. 32,146 : citharus, rhomborum generis maximus ; terme peu attesté ; emprunt au grec κίθαρος.

41. clŭpĕa, -ae, F. « le lamprillon », sorte de petit poisson (Petromyzon branchialis L.) ; Plin. 9,44 ; mot peu attesté et d’origine inconnue.

42. colia (colias), -ae M. : « sorte de thon » ; Plin. 32,146 ; emprunt possible au grec κολίας. Voir thunnus.

43. conger (-gri) (congrus, gonger, gongrus) M. : « le congre », « l’anguille de mer » (Conger conger L.). Le terme devait être usuel dans la langue parlée, comme le montrent ses occurrences dans la comédie ancienne chez Plaute et Térence (Pl. Aul. 399 ; Mi. 760 ; Pers. 110 ; Tér. Ad. 377). Il est aussi mentionné dans les textes spécialisés dans les poissons : Ov. Hal. 115 ; Plin. 9,57 ; 9,72 ; 9,73 ; 9,97 ; 9,185 ; 32,109 ; 32,148. Il a probablement pour correspondant le grec γόγγρος, où la graphie < γ > à la fin de la 1ère syllabe peut noter une nasale vélaire, parallèle à celle du latin notée par < n >.

44. coracīnus, -i, M. et coruus, -i, M. : Le même nom a dénoté 2 espèces différentes :
1°) « le coracin du Nil », poisson de rivière, une espèce grande, qui atteint 2 pieds de long et est considérée comme le meilleur poisson du Nil (Labrus niloticus L.) ; sa chair est succulente selon Martial (13,85,1) ;

2°) « le petit castagneau » (Sparus chromis L.), poisson de mer, qui est une espèce petite, de qualité inférieure, d’un brun châtain ; voir saperda. À Naples on appelle encore ce poisson it.-dial. guarracino.

Selon E. de Saint-Denis, coracinus est un emprunt au grec κορακῖνος, dérivé de κόραξ « corbeau », tandis que le nom latin est coruus, -i M. sur lat. coruus « corbeau » (oiseau) (Plin. 32,145; Aus. epist. 13,62 Green). La dénomination de « corbeau » est donnée dans divers lieux de la Méditerranée à plusieurs poissons : à l’ombrine, au maigre et au corb (fr. corb noir, corbeau, coracin noir). Elle est due à la couleur des nageoires noires de ces poissons. Il s’agit du procédé de dénomination habituel: animal terrestre (oiseau) → animal aquatique (poisson). Pour ce procédé voir Introduction § 0.7.3.
Voir ces termes dans § 2. Poissons de rivière.

45. cordyla, -ae, F. : « jeune thon » : Plin. 9,47 ; 32,146 ; Mart. 3,2,4 ; 11,52,7 ; 13,1,1 ; emprunté au grec κορδύλη.
Voir thunnus.

46. coruus, -i, et coracīnus, -i, M. : 1°) « le coracin du Nil » (Labrus niloticus L.) poisson de rivière ; 2°) « le coracin vulgaire » ou « le petit castagneau » (Sparus chromis L.) poisson de mer.
Voir ci-dessus coracīnus.

47. cybium, -i, Nt. « thon séché, salé et coupé en morceaux cubiques ». Poisson préparé en cuisine ; Varr. L. 5,77 ; Pline ; Martial ; emprunt au grec κύβιον dérivé de κύβος « cube » ; les tranches de thon séchées et salées (semblables à des planchettes de bois) s’appelaient melandrya : Plin. 9,48 (melandryum « chêne noir »). Le thon jeune (en particulier la pélamyde = lat. pelamys) était coupé en morceaux cubiques et servi avec des œufs durs coupés comme aujourd’hui les anchois (Plin. 9,48 ; Mart. 5,78,5).
Cybium a les 2 sens : a) le poisson lui-même : Varr. L. 5,77 ; Plin. 32,146 : cybium ita uocatur concisa pelamys… ; b) les plats en cuisine contenant le poisson découpé et salé : Plin. 9,48 ; Mart. 5,78,5.
Selon P. Fest. (45,27-30 L.), cybium aurait désigné d’abord le poisson : cybium dictum quia eius medium aeque patet in omnes partes…hinc et cybios genus piscis, quia piscantes id genus piscium uelut aleam ludant. Mais, selon E. de Saint-Denis, à l’inverse, le nom du plat en cuisine est passé ensuite au poisson.

48. cyprinus, -i M. « carpe de mer » ? Plin. 9,58 ; emprunt au grec κυπρῖνος « carpe d’eau douce » ; identification douteuse.

1.2. Liste alphabétique de D à L

49. dentex, -icis (dentix) M. : poisson que E. De Saint-Denis propose d’identifier avec le Sparus dentex L. ou Dentex dentex (voir synodus) ; Col. 8,16,8 ; Isid. Or. 12,6,23. Le terme est fait en latin sur le nom de la dent suivi du suffixe en gutturale sourde *-k- à voyelle brève : -ex, -icis ou -ix, -icis, bien représenté dans les noms de petits animaux dépréciés (cimex, culex, pulex, -icis) (pour ce suffixe, voir M. Fruyt 1986), les noms de plantes (rumex). A notre avis, le sens dénominatif est probablement « celui qui est caractérisé par ses dents ». Le nom latin dentex paraît correspondre au nom grec συνόδους (littéralement « qui a les dents soudées ») avec le même procédé de dénomination et la sélection du même trait saillant5). Pour ce procédé de dénomination, voir Introduction § 0.7.2. et 0.7.3.

50. draco (-ōnis) marinus M. : poisson venimeux, probablement « la petite vive » (genre Trachinius, poissons pourvus de glandes vénéneuses) : Plin. 9,82 ; 32,148 (dracunculus) ; emprunt au grec δράκων ; it. dragone marino. Pour ce procédé de dénomination, voir Introduction § 0.7.2. et 0.7.3. (animal terrestre → poisson).

51. echeneis (echenais), -dis F. : « rémora », petit poisson de mer ; les Anciens croyaient qu’il avait le pouvoir d’arrêter les navires ; Ov. Hal. 99 ; Lucain 6,675 ; Plin. 9,79 ; 32,2 ; 32,139 ; 32,148 ; emprunt au grec ἐχεναίς (-νηίς) de ἔχω « tenir, retenir », traduit par le latin remora (cf. Isid. Or. 12,6,34, qui en donne l’étymologie : echenais, paruus et semipedalis pisciculus, nomen sumpsit quod nauem adhaerendo retineat… hunc Latini moram appellauerunt, eo quod cogat stare nauigia).
Voir remora.

52. elacata, -ae F. poisson propre à la salaison ; Col. 8,17,12 ; emprunt au grec ἠλακατήν ; le poisson est ainsi nommé parce qu’il avait la forme d’un fuseau, qui se dit en grec ἠλακάτη. On trouve chez P. Fest. (67,8 L.) le dérivé : elacatena, genus salsamenti, quod appellatur uulgo melandrea.

53. equus (marinus), cf. hippocampus.

54. erythinus, -i M. : poisson de couleur rouge ; Ov. Hal. 104 : rubens erythinus ; Plin. 9,56 ; 9,166 ; 32,101 ; 32,139 ; 32,148 ; 32,152 : rubentem erythinum ; emprunt au grec ἐρυθῖνος (ἐρυθρῖνος). Selon Aristote et Oppien, c’est un poisson de haute mer, hermaphrodite. Selon E. de Saint-Denis (1947, p. 36), c’est un pagre : peut-être « le pagre commun » (Pagellus erythrinus L.), qui a le dos rouge brillant, les flancs rouge plus pâle, le ventre blanc rosé) ; = it. fragolino. On a proposé aussi « le serran » (Labrus anthias L.). Ce n’est pas le rouget.

55. faber, -bri, M. « la dorée », « le poisson Saint-Pierre » (Zeus faber L.) ; selon Col. 8,16,9 et Pline 9,68 ; 32,148, le faber s’appelait aussi zeus ou zaeus (du grec ζαιός). Il s’agit d’un poisson plat à la forme ovale vivant en Méditerranée et dans l’Atlantique. Sa chaire est exquise. En Ov. Hal. 110, les manuscrits le qualifient avec l’adjectif rarus, lectio facilior au lieu de uarus, « recourbé, incurvé » à cause de la forme de son dos et des longues épines filamenteuses de son dos, puisque dans ce passage Ovide ne décrit que l’aspect des poissons cités.
Le poisson est appelé ainsi à partir du nom du forgeron (artisan, ouvrier) faber à cause de son aspect enfumé, gris argenté avec des reflets jaunâtres, avec, sur les flancs, une large tache noirâtre arrondie entourée d’un cercle gris. À notre avis, cette description fait penser à une ressemblance avec le tablier du forgeron. Selon une autre interprétation, cette dénomination du poisson serait due au fait que, lors de la capture, il émet des souffles clairs et réguliers rappelant le bruit du marteau sur l’enclume du forgeron.
Pour ce procédé de dénomination, voir M. Fruyt 1989-a, 1989-b, 1993, 1999 (entité terrestre (être humain) → poisson).
Pour l’origine du terme, selon E. de Saint-Denis, faber serait un « nom traduit du grec χαλκεύς ‘forgeron’ ». Cependant, on pourrait y voir une dénomination parallèle à celle du grec : la même entité entraînant le même trait saillant sélectionné et la même entité comparante. Pour ces dénominations cognitives parallèles entre latin et grec, voir M. Fruyt 1999.
Voir zaeus.

56. galeos, -i, M. « chien de mer tacheté » (sorte de roussette) ; Pline 32,25 ; 32,148 ; emprunt au grec γαλεός, terme générique pour plusieurs espèces de squales.

57. garos, -i M. : poisson inconnu ; Pline 31,93 ; 32,148 ; selon Pline, c’est l’un des poissons entrant dans la composition du garum (saumure de poisson salé). Le terme est introduit par Pline (32,148) dans son énumération des bêtes de mer, mais le terme grec correspondant qui aurait pu servir de point de départ pour l’emprunt n’est pas attesté en grec comme nom de poisson ; ce nom paraît résulter d’un malentendu de Pline par confusion entre nom de mets et de poisson (cf. cybium et hallecula).

58. gerres, -is, M. « espèce de ménide ou d’anchois », petit poisson ordinaire de mauvaise qualité ; Pline 32,148 ; Martial (3,77,7) le cite dans le domaine culinaire de manière méprisante : il s’adresse à un homme qui préfère les mets nauséabonds aux mets de choix et il oppose le surmulet (mullus), les gerres et les tranches de thon salé (melandrya). Martial (en 12,32,15) évoque un mobilier et une cuisine sordide et parle des gerres et des maenas « sardines ». L’origine du terme est incertaine. Pline 32,148 mentionne le diminutif gerricula, -ae F., le poisson dénoté étant qualifié de ampla : s’agit-il d’une autre espèce ? 

59. gladius, -i, M. « espadon » (Xiphias gladius L.) ; Pline 9,54 ; 32,15 ; 32,145. Le nom du glaive (gladius, -i, M.) a servi à former la dénomination d’une plante (gladius « le glaïeul ») et d’un poisson : ici gladius « l’espadon », en raison de la ressemblance évidente du glaive, par sa forme allongée, mince et sa solidité, avec la hampe du glaïeul et ici le « rostre » de l’espadon. Il ne s’agit donc pas, comme l’écrit E. de Saint-Denis (p. 41) d’une « traduction » du terme grec ξιφίας de même sens, mais d’une formation latine résultant d’un processus usuel de dénomination partant d’une entité proche de l’être humain et allant vers une entité plus éloignée de lui. Pour ce procédé de dénomination, voir Introduction § 0.7.2. et 0.7.3. (instrument terrestre → poisson). Pour l’espadon, voir aussi thranis, xiphias.
Pour la transcription grapho-phonologique en latin du terme grec ξιφίας (cf. aussi Ov. Hal. 97 : durus xiphias, ictu non mitior ensis.), Pline (32,15) indique que xiphia a pour équivalent latin gladius et que Trebius Niger interprète cette dénomination comme étant due à la présence chez le poisson d’un rostre pourvu d’une pointe : Trebius Niger xiphiam, id est gladium, rostro mucronato esse tradit. Isidore offre la même expression : Or. 12,6,15 : gladius dicitur eo quod rostro mucronato sit. L’adjectif en -tus, -a, -um (*-to-) mucron-atus est dérivé du substantif servant de base de suffixation mūcrō, -ōnis M. « pointe, extrémité aigüe », qui s’applique en particulier à une arme : « épée, poignard ». Le substantif rostrum, -i Nt. « rostre », « bec d’oiseau », « gueule du chien, du loup », « éperon de navire », « bec de charrue », sert à dénommer des objets d’après leur forme, leur dureté et le fait qu’ils se trouvent à l’avant de l’entité dont ils constituent une partie.
Plusieurs dénominations de l’espadon dans les langues romanes contemporaines ont conservé cette structure dénominative latine par un renouvellement cyclique d’origine cognitive : it. pesce spada ; fr. espadon ; noms vernaculaires régionaux (selon E. de Saint-Denis) : fr. épée, dard.

60. glauciscus, -i M. est attesté seulement chez Pline 32,129 ; 32,148. C’est un dérivé de glaucus avec un suffixe -iscus (peut-être comparable au suffixe -iscus, -uscus des noms de plantes et notamment des noms de cépages ; pour ce suffixe, voir M. Fruyt 1986), cf. grec γλαυκίσκος. Glauciscus pourrait dénoter le même poisson que glaucus. Pour le procédé de dénomination par la couleur, voir M. Fruyt 1989-a, 1989-b, 1993, 1999. Voir aussi Introduction § 0.7.2. et 0.7.3.

61. glaucus, -i, M. et glauciscus, -i, M. Pour l’identification, E. de Saint-Denis (1947, p. 42) propose :
a) « le maigre » (Sciaena aquila L.), poisson appelé aussi sciaena et umbra (dénomination également chromatique sur umbra, -ae F. « ombre »), ou bien :

b) un squale particulier : « le squale bleu » (Carcharias glaucus, Squalus glaucus L.) appelé aussi « le peau bleue, le requin bleu », remarquable par la couleur de sa face supérieure. C’est l’un des squales utilisés dans l’alimentation et qui sont rangés sous le nom de fr. thon blanc.

Glaucus est une substantivation au masculin (même genre grammatical que le terme générique piscis) d’un adjectif chromatique glaucus, -a, -um dont la couleur est ambiguë, plutôt claire et située entre le bleu et le vert. On trouve une autre dénomination de poisson d’après la couleur bleue dans caeruleus, -i M. substantivation sur l’adjectif de couleur caeruleus, -a, -um « bleu », « bleu foncé ». Pour ce procédé de dénomination par la couleur, voir M. Fruyt 1989-a, 1989-b, 1993, 1999.
Glaucus dénote un poisson de haute mer dont la couleur est perçue comme bleue. Le terme est attesté chez : Enn. var. 39 V2 (Hedyph. v. 6) ap. Apulée Apol. 39 ; Ov. Hal. 117 ; Pline 9,58 ; 32,153 ; Isid. 12,6,28 : glaucus a colore dictus quod albus sit ; Graeci enim album γλαυκόν dicunt. L’équivalence albus / γλαῦκος présente dans ce texte d’Isidore est due au fait que albus dénoterait un blanc bleuté ou un vert grisâtre. Il ne s’agit pas, comme l’écrit E. de Saint-Denis p. 42, d’un emprunt au grec γλαῦκος (dénomination tirée de la couleur du poisson sur l’adjectif de couleur γλαῦκος), mais d’une formation latine parallèle à celle du grec. L’adjectif chromatique lat. glaucus, -a, -um (emprunté au grec à l’origine) était bien intégré en latin (notamment pour dénoter certaines couleurs pour les yeux des êtres humains) et c’est sur cet adjectif latin que fut formé le nom du poisson, le trait saillant sélectionné étant la couleur du poisson. Pour ce procédé de dénomination cognitif parallèle en latin et en grec parce que fondé sur les mêmes critères, voir M. Fruyt 1999.

62. gobio, -onis ou gobius, -ii, (variante graphique cobius, -ii) M. dénote un poisson de rivière : « le goujon » (genre Gobius L.), mais aussi un poisson de mer : « le boulereau » ou « goujon de mer » (du même genre). Le terme est attesté depuis Lucilius à l’époque archaïque. Dans certains passages, il s’agit du « goujon de mer » et dans d’autres du « goujon de rivière ».
Chez Columelle (Col. 8,17,14) et Ausone (Mos. 132), il s’agit du petit poisson de rivière, « le goujon ». Martial (13,88,2) mentionne aussi ce petit poisson de rivière pour commencer un repas en Vénétie. Chez Lucilius et Juvénal il s’agit plutôt du goujon de mer. En Lucil. 938 M., le « goujon de mer » est opposé au thon, pour la taille et la qualité. Chez Juvénal (11,37), le « goujon de mer » est opposé au surmulet, poisson de mer.
Selon E. de Saint-Denis (1947, p. 44), le gobio d’Ovide ( Ov. Hal. 130), le cobio de Pline (Pline 9,175 ; 9,177 ; 32,146), Lucilius et Juvénal doit être l’un des petits poissons qui se tiennent entre les roches des rivages et dont il y a plusieurs espèces en Méditerranée : il a pour noms vernaculaires dans les langues contemporaines : fr. gobous, boulereaux (de couleur variée : « boulereau noir / bleu / blanc »), prov. gobi.
Gobio / gobius est considéré par E. de Saint-Denis (1947, p. 43) comme un emprunt au grec κωβιός (d’où la graphie cobius, cobio). Mais on note une sonorisation de la consonne initiale en latin. En outre, le terme latin morphologiquement attendu à partir du grec est gobius (de la 2e déclinaison thématique) et, dans la forme gobio, le latin a jouté un suffixe -io, -ionis M., bien représenté dans les dénominations des entités naturelles (poissons, oiseaux, etc.).
Or, selon P.-Y. Lambert (2003, p. 197), une origine gauloise serait possible pour lat. gobio (qui est à l’origine de fr. goujon). Il s’agirait d’un « mot expressif » gaulois *gobbo- « bec », qui fut exposé à divers emprunts. L’attestation du terme chez Ausone va aussi dans ce sens. Pour l’origine gauloise, voir Introduction § 0.9.
Le terme grec κωβιός dénote chez Aristote un poisson littoral et saxatile ainsi qu’un poisson de rivière.

63. gonger, -gri M. : variante de conger, -gri.

64. hallec, -ecis (halec, hallex, allec, allex) F. : petit poisson entrant dans la composition de la marinade appelée hallec, comme l’écrit Isidore de Séville : Isid. Or. 12,6,39 : hallec pisciculus ad liquorem salsamentorum idoneus, unde et nuncupatur. « hallec est le nom d’un petit poisson (pisciculus) propre à faire le liquide des salaisons (salsamenta) ; c’est de là qu’il est dénommé ».
Selon Isidore, le poisson s’appelle d’après la marinade (hallec) qu’il sert à fabriquer par un procédé de métonymie ou de synecdoque. Mais cette signification du poisson n’est pas attestée à l’époque classique, où l’on trouve seulement en ce sens le diminutif de ce terme : hallecula (allecula).

65. hallecula (allecula), -ae F. : est attesté chez Columelle (8,15,6 ; 8,17,12 ; 8,17,14) comme le nom du plat (marinade) appliqué au poisson : pour le processus de dénomination, cf. cybium, garos.

66. hamiō, -iōnis M. « poisson saxatile » ; Isid. Or. 12,6,33. On considère que l’origine du terme est inconnue et qu’il n’apparaît dans aucun texte classique. On note, cependant, la présence du suffixe latin -iō, -iōnis M., bien représenté dans les noms des entités naturelles (poissons, oiseaux) (pour ce suffixe, voir F. Gaide 1988). Pour les poissons, cf. gobio « goujon », rubellio. En outre, la base de dérivation pourrait, à notre avis, être lat. hāmus, -i M. « hameçon » (attesté dans ce sens chez Plaute, Horace).

67. helops (elops), -opis, M. « sorte d’esturgeon », poisson de mer et poisson de rivière ; poisson de mer qui remonte les fleuves pour la reproduction. Différent de l’acipenser « esturgeon commun » (Acipenser sturio L.), comme le note Pline (9,60 ; 32,153), le poisson appelé helops est « le petit esturgeon, le sterlet » (Acipenser Ruthenus L.), moins long, mais d’un goût plus fin. Il est très apprécié en cuisine, valait très cher et était rare dans la Méditerranée occidentale, plus commun dans la Méditerranée orientale.
Le terme helops est un emprunt au grec ἔλοψ (« muet » ? à la peau rude et écailleuse ?). Les différents passages soulignent qu’il est rare, cher, célèbre et très apprécié en cuisine :

  • Enn. var. 39 V2 (Hedyph. v. 6) ap. Apulée Apol. 39 : Ennius fait les louanges de l’helops acheté à Sorrente ;
  • Lucil. 1276 M. praeclarus helops ;
  • Ov. Hal. 96 pretiosus helops nostris incognitus oris ;
  • Varr. Men. 403 ; 549 ; R. 2,6,2 : fait l’éloge du poisson de Rhodes,
  • ainsi que Pline (32,153 helopi palmam saporis inter pisces multi dedere ; 9,169) et Aulu-Gelle (6,16,5);
  • Columelle (8,16,9) fait l’éloge du poisson de la mer de Pamphylie ;
  • Quint. 5,10,21.

68. hepar, hepatis Nt. : poisson saxatile ressemblant au pagre ; Pline 32,149. Emprunt au grec ἧπαρ, ἣπατος « foie ». Le poisson serait dénommé ainsi à cause de sa couleur foncée (selon la description d’Athénée 301c : il est solitaire, carnivore, a des dents aiguës, et est de couleur noire). Ce terme d’origine grecque ne semble pas avoir été intégré en latin.

69. hippocampus, -i, M. « le cheval marin, le cheval de mer, l’hippocampe » (genre Hippocampus L., en Méditerranée les espèces Hippocampus brevirostris et Hippocampus guttulatus). Malgré son apparence spéciale, l’hippocampe est, en effet, un poisson.

  • Plin. HN 32,58 : e lepore marino ueneficium restingunt poti hippocampi
    « The poison of the sea-hare is counteracted by the sea-horse taken in drink. » (traduction, collection Loeb)
  • Plin. 32,67 : alopecias replet hippocampi cinis ; 32,83 ; 32,93 : lateris dolores leniunt hippocampi tosti ; 32,109 : urinae incontinentiam hippocampi tosti… emendant ; 32,113 ; 32,139 ; 32,149.

Le correspondant latin est equus marinus comme l’indique : Non. 2,120,13 L. : hippocampi, equi marini, a flexu caudarum. Le terme est un emprunt au grec ἱππόκαμπος, l’animal étant dénommé en grec par sa ressemblance avec le cheval pour sa partie antérieure. Le terme latin hippocampus est également employé pour renvoyer à des animaux fabuleux dans la littérature latine : Laev. fr. 21Bl. : delphine cinctis uehiculis hippocampisque asperis ; Plin. 36,26 : Nereides supra… hippocampos sedentes ; Isid. Or. : 12,6,9 equi marini, quod prima parte equi sunt, postrema soluuntur in piscem ; cf. Virg. G. 4,389 (bipedum equorum).
Voir equus marinus dans les « Monstres marins ».

70. hippos, -i, M. dénote un petit poisson inconnu ; Plin. 32,149 ; dans sa seconde valeur dénotative « sorte de crabe vagabond » (Plin. 9,97), le terme renvoie à un crustacé. Le terme est emprunté au grec ἳππος « cheval ». Il est cité par Pline dans son catalogue (32,149), mais on ne parvient pas à identifier le poisson dénoté.

71. hippurus, -i, M. dénote probablement « la coriphène » (Coryphaena hippurus L.), poisson de haute mer (qui a des reflets dorés sur le dos et qui est de couleur jaune citron de sa partie inférieure). Le poisson suit sa proie ou les navires avec une rapidité étonnante, étant capable de bondir hors de l’eau pour atteindre et manger les poissons volants : Ov. Hal. 95 : hippuri celeres. Selon Pline 9,57, ce poisson, sensible au froid, disparaît pendant l’hiver ; Pline 32,148. Le terme est emprunté au grec ἵππουπος, littéralement « queue de cheval ».

72. hirundō, -inis, F. « l’hirondelle de mer » (Trigla volitans L.), poisson volant, qui ressemble à l’oiseau de même nom : Pline 9,82 : uolat sane perquam similis uolucri hirundo ; 11,228 ; 32,149. Le même procédé dénominatif se retrouve en grec puisque le poisson s’appelle χελιδών du nom de l’hirondelle, mais voir miluus. Pour ce procédé de dénomination, voir Introduction § 0.7.2. et 0.7.3. (oiseau (animal terrestre) → poisson).

73. hy̆aena, -ae, F. « poisson plat » ; Pline (32,154), en parlant des poissons dont aucun auteur n’a parlé, rappelle son expérience personnelle : et hyaenam piscem uidi in Aenaria insula captum ; il s’agit donc d’une bête à la forme ou à la taille remarquable.
E. de Saint-Denis (1947, p. 51) propose le porcus marinus. Il pourrait s’agir du transfert métaphorique à partir du nom de la hyène (bête féroce ; Pline 8,105), qui est un emprunt au grec ὕαινα. Pour ce procédé de dénomination, voir Introduction § 0.7.2. et 0.7.3. (animal terrestre (mammifère) → poisson).

74. ictinus, -i M. poisson inconnu ; le texte de Pline 32,149 est incertain ; voir miluus « le milan de mer ».

75. ĭūlis, -ĭdis F., ĭūlus, -i M. « la girelle », sorte de poisson (Labrus julis L.) ; Pline 32,94 ; emprunt au grec ἰoυλίς. Pour iulus, qui semble être le même poisson à la livrée multicolore, voir Plin. 32,152 : His adiciemus ab Ouidio posita nomina, quae apud neminem alium reperiuntur… iulum. Ce passage a entraîné la correction de Th. Birt en Ov. Hal. 105 : insignis alis fut corrigé en i. iulis ou iulus.

76. lacerta, -ae F. et lacertus, -i M. : semble être, selon E. de Saint-Denis (1947, p. 52-53), un nom générique d’un groupe de poissons. E. de Saint-Denis p. 53 estime que ce terme pourrait recouvrir diverses espèces de scombres et scombéroïdes à dos vert, comme celui des lézards, ou diverses espèces dont on faisait des salaisons. Le nom de poisson lacertus peut représenter un transfert à partir de lacertus, -i M. « lézard » en raison de la couleur verte du dos du poisson, qui ressemble à celui d’un lézard. Pour ce procédé de dénomination, voir Introduction § 0.7.2. et 0.7.3. (animal terrestre → poisson).
On trouve le terme dans : Cic. Att. 2,6,1 : fluctus numero (nam ad lacertas captandas tempestates non sunt idoneae). Pline 32,146 le cite comme terme générique à propos des coliae, qui sont peut-être des sortes de thons. En 32,149, Pline le cite dans les bêtes de mer : lacertorum genera ; Col. 8,17,12 ; Stat. Silv. 4,9,13 ; Iuv. 14,131 ; Mart. 7,78,1 ; 10,48,11.
Selon E. de Saint-Denis p. 53, toutes les identifications proposées, « saurel » (voir saurus), « bécasse », « aiguille » sont très fragiles. Il ajoute qu’à Gênes et à Libourne, it. lacerto est le nom du maquereau.

77. lamia, -ae, poisson plat, cartilagineux, selon Pline 9,78, le terme provenant du grec λάμια. Mais il s’agit d’une mauvaise compréhension de Pline sur le texte d’Aristote, H.A. 5,4,2. Le terme pourrait dénoter la touille (Galeus canis L.), un requin à la large gueule, commun en Méditerranée. Lamia était le nom d’une ogresse, terreur des enfants (cf. Hor. Ars 340). Il est possible, à notre avis, que le poisson tire son nom de ce personnage de l’ogresse.

78. lingulāca, -ae, F., poisson plat (« la sole » ?) ; Plaute (Cas. 497) l’emploie dans un jeu de mot sur une femme bavarde ; Varr. L. 5,77. La même dénomination sert pour un nom de plante à partir de lingua, -ae F. « langue » ou de son « diminutif » lingulaca, -ae F. « petite langue » ou bien « qui ressemble à une langue » par sa forme plate. Pour cette valeur du suffixe de « diminutif », voir M. Fruyt 1989-c. Pour ce procédé de dénomination, voir Introduction § 0.7.2. et 0.7.3. (entité terrestre (partie du corps de l’homme et des mammifères) → poisson).

79. lupus, -i, M. « le loup (de mer) », « le bar » (plusieurs espèces, en Méditerranée : Labrax lupus L. ; Labrax punctatus L.) ; plusieurs attestations chez les auteurs (dès Varr. L. 5,77 à Ambros. Hex. 5,10,26 et Isid. Or. 12,6,5), qui en décrivent plusieurs caractéristiques :
- la couleur, Col. 8,17,7 : uarii « de plusieurs couleurs » et sine macula « sans tache » ;
- la voracité, Col. 8,17,8 : greges… rapacis lupi ;
- la rapidité à la nage, Ov. Hal. 112 : rapidi lupi ;
- la chair blanche et moelleuse, Mart. 13,89,1 : laneus… lupus ; Plin. 9,61 : luporum laudatissimi qui appellantur lanati.
Pour ce procédé de dénomination, voir Introduction § 0.7.2. et 0.7.3. (animal terrestre (mammifère) → poisson). Ces poissons étaient parfois élevés artificiellement (Col. 8,16,2), mais les lupi, très appréciés, remontaient le Tibre et étaient pêchés à Rome, après avoir été engraissés par les détritus déversés par les égouts : Varr. ap. Macr. Sat. 3,16,11 ; Hor. Sat. 2,2,33 ; Plin. 9,169 (cf. Iuv. 5,106).

1.3. Liste alphabétique de M à P

80. maena, -ae (mēna), F. « la mendole », poisson hermaphrodite, à la phase masculine (à la livrée brun brillant) et à la phase féminine. En Méditerranée, les espèces communes ont pour noms scientifiques Merolepis (syn. Maena), et Spicara (syn. Smaris) L. C’est un petit poisson rassemblant à la sardine : Plin. 9,81 ; 32,149 ; Mart. 11,31,14 : breues maenas. Il est très prolifique : Ov. Hal. 120 : fecundum genus maenae.
La chair du poisson étant peu estimée, son nom était une injure (Pl. Poen. 1312 deglupta mena). C’est l’aliment des pauvres gens : Pompon. com. 81 : reuortit maestus ad maenam miser ; Cic. Fin. 2,91 iis licet dicere se acupenserem maenae non anteponere.
On en faisait des salaisons : Cato Agr. 23,1 ; 88,2 ; Lucil. 1077 M. ius maenarum ; Pers. 3,76 maenaque quod prima nondum defecerit orca ; Mart. 12,32,15 inutiles maenas ; Plin. 32,88 menarum muria ; 90 menarum salsarum.
La tête réduite en cendres était une composante des médicaments : Plin. 32,83 menarum cinis ; 105 capitis menarum cinis ; 107 cinis e capite menarum ; 126 ; 128 ; 130. Le poisson était employé dans un rite magique : Ov. Fast. maenae torret in igne caput.
Le terme latin est un emprunt au grec μαίνη. Le diminutif maenula n’est pas classique.
Voir tragus.

81. melanūros, -i, M. « l’oblade » (Oblata melanura L.), commune en Méditerranée. Le terme est attesté chez Enn. var. 42 V2 (Hedyph. v. 9) ap. Apul. Apol. 39. C’est un poisson de rocher : Col. 8,16,8 ; Plin. 32,17 ; 32,149. De sa queue, appréciée aussi comme mets (Plin. 32,152 placentem cauda melanurum), provient son nom, en grec μελάνουρος (littéralement « qui a la queue noire ») ; Ov. Hal. 113 : laude insignis caudae melanurus ; Isid. Or. 12,6,27.

82. merula, -ae, F. « le labre de couleur foncée » (genre Labrus ; espèces communes en Méditerranée : Labrus turdus ; Labrus merula L.). Le terme est attesté chez Enn. var. 42 V2 (Hedyph. v. 9) ap. Apul. Apol. 39 ; Ov. Hal. 114 : merulae uirentes. Ce poisson est souvent associé au poisson appelé turdus (tous deux appartiennent au même genre) parmi les saxatiles « poissons de rochers » : Col. 8,16,8 ; Plin. 9,52 ; 32,149 : merula inter saxatiles laudata.
Il s’agit d’un transfert de dénomination à partir du nom de l’oiseau : merula, -ae « le merle noir », terme hérité de l’i.-e. comme nom d’oiseau : voir merula dans le chapitre sur les oiseaux. Voir aussi parmi les poissons et les oiseaux : turdus. Pour ce procédé de dénomination, voir Introduction § 0.7.2. et 0.7.3. (oiseau (animal terrestre) → poisson).

83. miluus, -i, M. « le milan de mer » : dénote un poisson volant. Le terme est attesté chez : Hor. Epist. : 1,16,51 ; Ov. Hal. 95 : nigro tergore miluui ; Plin. 9,82. Il s’agit d’un transfert métaphorique à partir du nom d’oiseau miluus « milan » : voir miluus dans le chapitre sur les noms d’oiseaux. Pour ce procédé de dénomination, voir Introduction § 0.7.2. et 0.7.3. (oiseau (animal terrestre) → poisson).
Pour le même poisson, voir les dénominations ictinus et hirundo (nom de l’hirondelle transféré au poisson).
Parce que la couleur du dos et des ailes de l’hirondelle de mer change de nuance avec l’âge (brun foncé uniforme chez les jeunes, noirâtres ou olivâtres chez les adultes), les Anciens ont pris le même poisson pour deux espèces différentes.

84. mormyr, -is, F. « morme, mormyre » dénote une sorte de pagel (Sparus mormyrus, L., Lythognathus mormyrus). Le terme est attesté chez : Ov. Hal. 110 : pictae mormyres ; Plin. 32,152 : pictas mormyras, l’épithète pictas étant due aux bandes noires verticales sur les flancs.
Emprunt au grec μορμύρος, rapproché de μορμύρω « murmurer », à cause d’une sorte de borborygme de la vessie natatoire lors de la capture.

85. mūgil, -ĭlis, M. « le mulet » (genre Mugil ; en Méditerranée on distingue 6 espèces : Mugil cephalus, capito, chelo, labeo, saliens L., auratus R.). Les poissons appelés fr. mulets vivent en mer, mais ils pénètrent aussi dans les estuaires et les lagunes.
Ce poisson était apprécié par sa chair et acclimaté dans les viviers. A en croire Martial (10,30,23 : nomenculator mugilem citat notum), les gens fortunés avec une telle passion pour lui qu’on lui donnait un nom propre comme à une personne (cf. Plin. 10,193) ; Varr. R. 3,3,9 ; Col. 8,16,1.
On pensait qu’il croyait disparaître en mettant sa tête dans le sable : Plin. 9,59 ; Col. 8,17,7. Il est dit remarquable pour de nombreuses raisons : Ov. Hal. 38 s. ; Plin. 9,31 ; 9,54 ; 9,144 ; 9,185 ; 32,12. Il est évoqué comme supplice pour les adultères : Catull. 15,19 ; Iuv. 10,317. Il entre dans la composition de remèdes : Plin. 32,104 ; 32,149. 
E. de Saint-Denis (1947, p. 66) estime que le sens étymologique est « le gluant, le visqueux », de même que des termes grecs désignant un muge parce qu’on croyait qu’il se nourrissait des mucosités qui l’enveloppent. E. de Saint-Denis rapproche le verbe lat. mungo « moucher ». Dans mūgil, -ĭlis, nous proposons de rapprocher la séquence initiale - ou mūg- de mūcus, -ī M.6) « morve, mucosité » (Pl.), avec une analyse en mū-c-us en parallèle avec mū-g-il(is) et mung-ō, analysable en mung- radical latin à infixe nasal, probablement avec ŭ, comme iungo « joindre ». On peut donc poser un radical latin dénotant la mucosité avec des allomorphes7) : mū- / mūc- / mūg- / mŭng-. La dénomination du poisson mūgil « le mulet » repose sur l’idée que ce poisson vit dans les « mucosités », soit en raison de son habitat, soit en raison de son alimentation. En effet les mulets sont considérés comme aimant l’eau saumâtre et les matières mucilagineuses. Selon E. de Saint-Denis (1947, p. 67), ils fouillent dans la vase et creusent des sillons pour la malaxer à l’aide de leurs dents pharyngiennes et rejettent ensuite les parties qui ne sont pas assimilables.

86. mullus, -i, M. « le surmulet », « le rouget-barbet », « le mulet-barbet » (Mullus barbatus et Mullus surmuletus L.). Le terme est très souvent cité par un grand nombre d’auteurs depuis Varr. R. 3,17,6-7. C’est un poisson à la livrée rouge vive et à la chair très appréciée. Le nom est emprunté au grec μύλλος.

87. muraena, -ae, (murēna) F. « la murène » (Muraena helena L.). Ce poisson est cité très souvent depuis Plaute (Amph. 319, Aul. 399, Pseud. 382). Sa dénomination vient du grec, comme le dit Varron (L. 5,77 foris muraena, quod μύραινα Graece).
Ce poisson est caractérisé par une livrée brune et jaunâtre (Ov. Hal. 113-114 : ardens / auratis muraena notis ; Plin. 9,76 : murena uaria). Il est bien connu pour sa voracité. Sa morsure est dangereuse (Plin. 32,58), même lors de la capture (Ov. Hal. 43-45 nec proprias uires nescit muraena nocendi / auxilioque sui morsus nec comminus acri / deficit aut animos ponit captiua minacis).
Son corps allongé et glissant lui permet de s’évader des filets (Ov. Hal. 27-29 muraena ferox, teretis sibi conscia tergi, / ad laxata magis conixa foramina retis / tandem per multos euadit lubrica flexus).
Il fut transporté et élevé de bonne heure par les Romains dans leurs viviers. Les Romains fortunés avaient une véritable passion pour ce poisson dans leurs élevages, comme nous l’indique, par exemple, un passage de Martial (10,30,22-23: natat ad magistrum delicata muraena, / nomenclator mugilem citat notum) (voir aussi mugil).
De la passion des gourmets pour ce poisson serait tiré le cognomen Murena des Licinii (Varr. R. 3,3,10 ; Plin. 9,170 ; Macr. 3,15,1-2) (pour ce type de cognomen, voir I. Kajanto1965 : animal (poisson)→ être humain). Etaient appréciées tout particulièrement les muraenae flutae du détroit de Messine (Col. 8,17,8 ; Mart. 13,80 ; Macr. 3,15,7-8 ; pour le mot fluta cf. E.M. s. v.). La muraena Tartesia de Gell. 6,16,5 et celles de la Gaule septentrionale de Plin. 9,76 sont plutôt des lamproies.
Pour Plin. 9,76 sur la reproduction de la murène, cf. smyrus/zmyrus.

88. mūs marinus, M. « le rat de mer », espèce de poisson cité en Pline 9,71 ; mais il s’agit probablement de « la tortue d’eau douce », qui est un reptile, en Pline 9,166 (qui lui attribue les caractères de la tortue d’eau douce d’Aristote). Pour ce procédé de dénomination, voir Introduction § 0.7.2. et 0.7.3. (animal terrestre (mammifère) → poisson).

89. mustela, -ae, F. « la lotte ». La mustela est un poisson de mer et de rivière. Le terme est cité parmi les animaux marins par Ennius cité par Apulée :

  • Enn. var. 34 V2 (Hedyph. v. 1) ap. Apul. Apol. 39,3 :
    Omnibus ut Clipea praestat mustela marina,
    Mures sunt Aeni, aspra ostrea plurima Abydi.

    « La mustelle de Clipea l’emporte sur toutes les autres ; les moules abondent à Aenos, les huîtres rugueuses à Abydos. » (traduction P. Vallette, CUF, 1924)

 

De même mustela comme poisson de mer est cité par Columelle (Col. 8,17,8). Voir aussi Varron L. 113 pour le nom dérivé d’un animal terrestre. Mais comme poisson d’eau douce (Lota vulgaris) de l’Europe centrale et de l’Europe du nord ainsi que des lacs de l’Italie du nord, mustela figure chez Pline et Ausone : Plin. HN 9,63 : iecori… mustelarum, quas, mirum dictu, inter Alpis quoque lacus Raetiae Brigantinus aemulas marinis generat ; Aus. Mos. 107.
Pour d’autres auteurs, mustela dénote la lamproie. Pour ce procédé de dénomination: animal terrestre (mammifère) → animal aquatique (poisson), cf. Introduction § 0.7.3.
La mustela « la lotte » s’appelle en italien bottatrìce et en anglais (selon EW) sel-pout (mais cf. Green p. 477).

90. nŏuācula, -ae, « rasoir » ou « rason » (peut-être Coryphaena novacula L.), une sorte de poisson en Pline 32,14. Il s’agit d’un transfert à partir du nom du rasoir ou du couteau. Pour ce procédé de dénomination, voir Introduction § 0.7.2. et 0.7.3. (instrument → poisson).

91. ophidion, -ii, Nt. « petit poisson serpentiforme » (genre Ophidium) ou « l’équille méditerranée » appelée « la cicerelle » : Plin. 32,109 : ophidion pisciculus congro similis ; 32,149. Le terme est emprunté au diminutif grec ὀφίδιον.

92. orbis, -is, M. « le poisson-lune », « meule », « mole » (Lampris luna L.) ; Plin. 32,14 (d’où Isid. Or. 12,6,6) ; 32,150. Ce poisson doit son nom à sa forme ronde et même sphérique. Il s’agit d’un transfert métaphorique à partir de orbis, -is M. « toute surface circulaire ». Pour ce procédé de dénomination, voir Introduction § 0.7.2. et 0.7.3. (instrument ou entité terrestre inanimée → poisson).

93. orcynus, i, M. grosse espèce de thon ; Plin, 32,149 : orcynus – hic est pelamydum generis maximus neque redit in Maeotim, similis tritomi, uetustate melior. Emprunt au grec ὄρκυνος.
Voir thunnus et tritomum.

94. orphus, -i, « le mérou » (« le cernier brun ») ; Ov. Hal. 103 ; Plin. 9,57 ; 32,152. En Méditerranée, il en existe plusieurs espèces du genre Epinephelus, dont la plus connue est l’Epinephelus guaza. Le même animal a aussi pour nom savant Cernia gigas. On a aussi un nom spécifique pour « le mérou de rocher » : Polypion cernium L. Emprunt au grec ὀρφός.

95. pager, phager, pagrus, phagrus, M. « pagre de couleur vermeille » (Pagrus pagrus, ou Dentex macrophthalmus et aussi Pagrus vulgaris, ou Sparus erythrinus L.).
On souligne sa couleur rouge vif (rutilus) : Ov. Hal. 107 : rutilus phager (dans le même vers avec les fului synodontes, cf. synodus) ; Plin. 9,57. Au printemps, ce poisson pénètre dans les rivières : Pline 32,113 : phagri fluuiatilis ; 32,150. Le terme est emprunté au grec πάγρος (φάγρος).

96. passer, -eris, M. « la plie » ; l’espèce la plus commune en Méditerranée a pour nom savant : Pleuronectes passer ou Platessa passer L. 
Le terme est cité par : Hor. Sat. 2,8,29 ; Ovide (Hal. 125 : fulgentes soleae candore et concolor illis / passer) se réfère à la couleur blanche de la face à gauche, aveugle, de ces poissons (cf. solea) ; Plin. 9,72 ; 32,150 ; Col. 8,16,7.
Il s’agit d’un nom d’oiseau « le moineau » (terme donné, en fait, à une pluralité de petits oiseaux usuels) transféré à un poisson. Le trait saillant sélectionné est couleur gris-fauve de la face droite du poisson, qui rappelle la couleur du moineau. Pour ce procédé de dénomination, voir Introduction § 0.7.2. et 0.7.3. (oiseau (animal terrestre) → poisson).

97. pastinaca, -ae, F. « la pastenague » (Raia pastinaca L.), sorte de raie : voir raia.

98. pelamys, ydis (pelamis, idis), voir thunnus.

99. perca, -ae, F. « la perche », poisson de mer et de rivière ; Ovide Hal. 112 ; Pline 32,145, range la perca parmi les poissons qu’ont en commun la mer et les fleuves. Il faut distinguer :
a) « la perche de fleuve » : Perca fluviatilis L. ; Ausone (Mos. 115-119) en célèbre les qualités de la chair ;

b) « la perche de mer » : « le serran » (« le serran écriture », Perca scriba L., voir channe ; « le serran proprement dit » : Perca cabrilla L. ; « le petit serran », Labrus hepatus L.).

Selon Delamarre 1984, p. 142, perca est peut-être hérité de i.-e. *perkā comme nom spécifique d’un poisson de rivière : d’autres langues i.-e. ont des correspondants signifiant « la truite » ou « la perche » (grec, v.-irl., v.-h.-a.). Si l’on prend en compte sk. pr̥śni- « tacheté, bigarré », le sens étymologique pourrait être « la tachetée ». Pour une éventuelle origine i.-e. voir Introduction § 0.10.

100. phycis, idis, F. « poisson qui fait un nid », poisson de mer et de rivière ; Plin. 32,150. La description de Pline en 9,81 (mutat (colorem) et phycis, reliquo tempore candida, uere uaria. Eadem piscium sola nidificat ex alga atque in nido parit.) est empruntée au passage d’Aristote, H. A. 8,29,3. Ce passage d’Aristote est à la base de l’expression périphrastique employée par Ovide à la place de la dénomination du poisson dans : Ov. Hal. 122 : atque auium dulces nidos imitata sub undis. De là, en raison d’une lecture hâtive, Pline attribue ce caractère à la chromis du vers 121 ; voir ce nom.
Il s’agit peut-être de « l’épinoche » (Crenilabrus quinquemaculatus ou Crenilabrus griseus L.), qui vit dans les eaux de mer et de rivière et dont le mâle fait un nid d’herbes où il protège les œufs.
Voir chromis.

101. pompīlus, -i, M. « le pilote » (Scomber ductor ou Naucrates ductor L.). Le terme est attesté chez : Ov. Hal. 101 : qui semper spumas sequeris, pompile, nitentes ; Plin. 2,153. Pline (en 9,51 et 9,88) dit que ce même nom est attribué aussi à une espèce de thon et au nautilus. Mais cette équivalence avec le nautilus (coquillage) est une erreur d’interprétation faite par Pline sur un passage d’Aristote (cf. E. de Saint-Denis 1947, p. 90). Le terme est emprunté au grec πομπίλος (littéralement « celui qui escorte »). Dans le vers d’Ovide (Hal. 101), le i est long (pompīle).

102. pristis, -is / pistrix, -icis, F. « la scie » (Pristis pristis L.), gros poisson cartilagineux rare en Méditerranée, au museau prolongé en forme de lame de scie, trait saillant d’où il tire son nom en grec πρίστις (πρίω « scier »). Pour ce procédé de dénomination, voir Introduction § 0.7.2. et 0.7.3. (instrument (entité terrestre) → poisson).
Pline (9,4 ; 9,8 ; 9,41 ; 32,144 ; 36,26) en donne parfois des caractéristiques erronées. Les auteurs latins en parlent de manière vague, ignorant la particularité du museau en forme de scie. Chez Virgile, c’est seulement le nom d’un monstre (Én. 3,427 ; 10,211) et d’un navire (5,116 ). En Val. Flacc. 2,531, c’est un monstre marin écrasé par Hercule ; Flor. 3,5,16 : quasi marina pristis ; ce poisson est souvent confondu avec la baleine.
Voir serra.

103. psetta, -ae, F. « barbue », sorte de poisson plat (Pleuronectes rhombus ou Rhombus laevis L.) souvent confondu avec le turbot (voir rhombus); Pline 9,57 ; le terme est emprunté au grec ψῆττα.

1.4. Liste alphabétique de Q à Z

104. raia, -ae, F. « la raie » (genre Raia L.). Pline en 9,78 dresse une liste de poissons plats cartilagineux (d’après Arist. H. A. 5,4,1-2). On y trouve, en plus de la raia « la raie » :

  • pastinaca (« la pastenague »), squatina (« l’ange »), torpedo (« la torpille »),
  • et quos bouis, lamiae, aquilae, ranae nominibus Graeci appellant, c’est-à-dire : « le bœuf, la touille, l’aigle de mer, la baudroie » (voir ces noms).

La raia serait la raie commune aussi en Méditerranée, distinguée en plusieurs espèces. En 9,144, décrivant la façon rusée de la squatina et du rhombus de capturer les poissons, Pline ajoute : item quae uocantur raiae. En 9,161, Pline parle (d’après Arist. H. A. 6,10,10) d’un poisson qui résulterait du métissage de la squatina et de la raia :

  • Plin. 9,161 : ex quibus nascitur priore parte raiae similis et nomen ex utroque compositum apud Graecos trahit,

ce nom étant gr. ῥινόβατος, de gr. ῥίνη = lat. squatina « l’ange », et gr. βάτος = lat. raia « la raie ». Mais il s’agit du rhinobate (Rhinobatus rhinobatus L.), semblable aux raies, excepté pour la queue, qui est plus grosse.
Il n’existe pas d’étymologie assurée pour raia. On a proposé un rapprochement avec radius (?) pour la queue très longue et grêle. On trouve dans une glose le même mot pour l’aristoloche (une plante), Gloss. L. 3,536,7.

105. rana, -ae, F. « la baudroie, le baudreuil, le crapaud de mer, la grenouille pêcheuse, le diable » (Lophius piscatorius L.). Les auteurs latins, se fondant sur les descriptions des Grecs (parfois avec des méprises), mettent en évidence soit l’aspect du poisson semblable à celui de la grenouille (Ov. Hal. 126 molles tergore ranae), soit la sollertia « l’habilité rusée » par laquelle il capture les poissons :

  • Cic. Nat. 2,125 (description approximative) ;
  • Plin. 9,143 : nec minor sollertia ranae, quae in mari piscatrix uocatur. eminentia sub oculis cornicula turbato limo exerit, adsultantibus pisciculis retrahens, donec prope accedant, ut adsiliat.

On remarque ici que Pline relie toujours le nom latin rana avec le verbe uocare (9,78 deux fois), car il s’agit de la traduction du mot grec βάτραχος (βάτραχος ἁλιεύς = rana piscatrix « grenouille pêcheuse », en Arist. H. A. 9,25,1). Pour ce procédé de dénomination par transfert métaphorique, voir Introduction § 0.7.2. et 0.7.3. (animal terrestre → poisson).

106. remora, -ae, « rémora » (Echeneis remora L.). Le nom latin apparaît seulement dans les notes des commentateurs : Don. ad Andr. 739 (à propos du verbe remorer) ; Serv. ad Aen. 8,699 (quod Antoni nauem piscis echeneis retinuerit [Plin. 32,3], qui piscis latine remora dicitur).
Le nom latin du poisson est un transfert métaphorique du substantif lat. remora « retard, obstacle », par calque sémantique à partir du grec ἐχεναίς (-νηίς) associable à gr. ἔχω « tenir, retenir ». Pour la notion de calque sémantique, voir C. Nicolas 1996.
Voir echeneis.

107. rhombus, -i, M. « le turbot » (Pleuronectes maximus L. = Psetta maxima = Bothus maximus = Rhombus maximus). Ce poisson est très souvent cité pour sa chair exquise (Hor. Epod. 2,50 ; Sat. 1,2,116 ; Ov. Hal. 125 : Hadriaco mirandus litore rhombus ; etc.). Emprunt au grec ῥομβος, l’emploi de ce terme grec étant justifié par la forme en losange du poisson.

108. rubellio, -onis, poisson inconnu (poisson que l’on consomme, sorte de poisson de couleur rouge, cité par Apicius 10,459), mais voir : erythinus. Pour le procédé de dénomination par la couleur (sur ruber « rouge »), voir M. Fruyt 1989-a, 1989-b, 1993, 1999. Pour le double suffixe de « diminutif » (-ell-) ici à valeur métaphorique, voir M. Fruyt 1989-c. Pour le suffixe -io M., voir F. Gaide 1988. Pour ce suffixe -io dans la dénomination des entités naturelles, voir DHELL, 2e partie, « Oiseaux » et « Botanique ».

109. salmō, -ōnis, M. « le saumon » (Salmo salar L.) ; poisson de mer et de fleuve, non méditerranéen ; il vit dans la mer et remonte les fleuves pour la reproduction ; Plin. 9,68 : in Aquitania salmo fluuiatilis marinis omnibus praefertur ; Ausone en fait une longue description en Mos. 97-105 parmi les poissons de fleuve. On observe la présence du suffixe -ō, -ōnis M. (pour le suffixe ..(i)o, …(i)onis, voir F. Gaide 1988).
Le terme n’a pas d’étymologie assurée. Les comparatistes considèrent qu’il existe un nom i.-e. du saumon : *lók̑s (gén. *lek̑sós) attesté en germanique, lituanien, slave, arménien, tokharien, selon Mallory & Adams 1997, p. 497-498. Mais il est différent du terme latin considéré ici.
Le saumon s’appelle en italien salmone, et en anglais salmon.

110. salpa, -ae, M./F. « la saupe » (Box salpa L.) ; poisson à la chair peu appréciée : Ov. Hal. 121 : merito uilissima salpa. Au contraire, Pline parle en ces termes du poisson pêché près de Ibiza : Plin. 9,68 : circa Ebusum salpa, obscenus alibi et qui nusquam percoqui possit nisi ferula uerberatus. Plin. 9,162 traite de la reproduction à l’automne. Emprunt au grec σάλπη (F., cf. Ovide) et σάλπης (M., cf. Pline).

111. saperda, -ae, F. dénote un poisson considéré comme minable et de mauvaise qualité, utilisé pour les salaisons, « le petit castagneau » (Sparus chromis L.) ; Varr. Men. 311 Cèbe : omnes uidemur nobis esse belli, festiui, saperdae cum simus σαπροί (sens métaphorique) ; Pers. 5,134 : en saperdas aduehe Ponto ; Fest. 434,7 L. <saperda> genus pessimi piscis.
Emprunt au grec σαπέρδης. Voir coracīnus (le même poisson s’appellerait χοραχῖνος avant la salaison, et σαπέρδης après).

112. sarda, -ae, F. « sorte de thon » (Pelamys sarda L.) ; Plin. 32,46 ; 32,151 : sarda - ita uocatur pelamys longa ex oceano ueniens. Le poisson sarda est dénommé de manière géographique d’après le nom de la Sardaigne Sardinia. Le même type de formation se retrouve dans sardīna « petit poisson, sardinelle ». Pour ce procédé de dénomination, voir Introduction § 0.7.2. et 0.7.3. Une base toponymique est fréquente pour les noms de plantes (J. André 1985), mais rare pour les poissons.
Voir thunnus, sardina.

113. sardīna, -ae, F. « la sardine » ; Col. 8,17,12 ; le nom désigne un petit poisson destiné à la salaison, mais, puisque les sardines vivent dans l’Atlantique, sardina indique plutôt les espèces de sardinelles de la Méditerranée. Sardina, comme sarda, est dénommé de manière géographique d’après le nom de la Sardaigne Sardinia. Pour ce procédé de dénomination, voir Introduction § 0.7.2. et 0.7.3. Une base toponymique est fréquente pour les noms de plantes (J. André 1985), mais rare pour les poissons.
Voir sarda.

114. sargus, -i, M. « sargue » ; Enn. var. 37 V2 (Hedyph. v. 4) ap. Apul. Apol. 39 ; Lucil. 1276 M.
L’espèce dont parlent les auteurs est le Sparus sargus L., qui a plusieurs lignes noires sur les flancs : Ov. Hal. 105 : insignis sargusque notis. Pline rapporte des renseignements pris chez Aristote en 9,65 ; 9,162 ; 9,182 ; 32,151.
Le terme est emprunté au grec σάργος.

115. saurus, -i, M. « saurel » (Scomber trachurus L.). Selon Plin. 32,89, un médicament pour la parotide est fait avec sauri piscis marini iocineribus. En Pline 32,151, le terme est attesté sous la forme sōrus, variante orthographique reflétant la prononciation monophtonguée en [ō] de la diphtongue /au/. Cette prononciation en voyelle longue existe depuis l’époque archaïque comme variante diatopique et diastratique.
Le nom, emprunté au grec σαῦρος, lui vient de sa couleur verte. En Col. 8,17,12, la leçon est incertaine : praeberi conuenit… nec minus saurorum/scarorum branchiam.
Le terme d’origine grecque était utilisé aussi en latin pour dénoter les lézards ou salamandres terrestres. C’est le cas dans le passage de Laevius ap. Apul. Apol. 30 cité par E. de Saint-Denis pour le mot saurae.
Réutiliser la dénomination du lézard pour en faire celle d’un poisson relève du procédé métaphorique habituel : animal terrestre → poisson. Pour ce procédé de dénomination par transfert métaphorique, voir Introduction 0.7.2. et 0.7.3.

116. saxātilis, -e, adjectif « qui vit dans les rochers, saxatile ». Cet adjectif peut être aussi substantivé pour une collectivité de poissons : Col. 8,17 10 : esca iacentium mollior esse debet quam saxatilium. Voir Introduction § 0.
Il s’agit d’un adjectif suffixé en -ātilis, -e sur la base du substantif saxum, -i Nt. « rocher, roche ». Ce suffixe se trouve dans un petit groupement de mots appartenant au domaine de la nature pour qualifier des entités qui vivent dans un endroit.
Le suffixe -atilis est parallèle au suffixe -aticus, -a, -um. Sur fluuius « fleuve, rivière, cours d’eau », on a, avec le même sens « de fleuve, fluvial » : flutiatilis chez Cicéron et Tite-Live et fluuiaticus chez Columelle ; scaenatilis (Varr. Men. 304 Cèbe) et scaenaticus (Varr. Men. 349 Cèbe) sont cités ensemble comme synonymes par Nonius 176 M. = 259 L.). Pour ce suffixe -atilis, voir M. Fruyt 1986, p. 71, 91, 112. Il s’agit d’un élargissement par l’avant du suffixe productif -alis.

117. scarus, -i, M. « scare ». Ce poisson était très renommé chez les Anciens (Hor. Epod. 2,49 ; Petron. 93 ; Gell. 6,16 ; cf. Plin 9,62 en bas). On faisait une sauce avec son foie et ses intestins (Mart. 13,74 ; Suet. Vitell. 13,5).
Les Anciens connaissaient l’espèce de la Méditerranée orientale (Scarus ou Sparisoma cretensis L.). Comme le dit Pline (9,62) (et c’est un trait souvent cité par les auteurs) ces poissons sont remarquables par leur habilité à échapper aux nasses et par leur solidarité entre eux (Ov. Hal. 9-18, d’où Plin. 32,11), ainsi que par l’étrange structure de leurs dents et la façon de manger, que les auteurs latins dénotent avec le verbe ruminare « ruminer » : Ov. Hal. 119 : scarus, epastas solus qui ruminat escas ; Plin. 11,162 : nunc principatum scaro datur, qui solus piscium dicitur ruminare herbisque uesci atque non aliis piscibus.
Ennius, var. 40 V2 (Hedyph. v. 7) ap. Apul. Apol. 39, appelle ce poisson : cerebrum Iouis (littéralement « le cerveau de Jupiter »).
Le terme est emprunté au grec σκάρος (σκαίρω « bondir ») à cause des bonds et coups de queue légendaires du poisson.

118. scĭădeūs, -ĕī M.  « l’ombre » (poisson), le mâle ; Pline 32,151 ; emprunt au grec σκιαδεύς ; scĭaena, -ae F. « femelle de l’ombre » (poisson) ; Pline 9, 57 ; 32,151 ; emprunt au grec σκίαινα.
Voir umbra.

119. scomber, -bri, M. « le maquereau » (Scomber scomber L.) ; Pl. Capt. 851 ; Catull. 95,8 ; Ov. Hal. 94 : gaudent pelago… scombri ; Plin. 9,49 : in Pontum ad dulciora pabula intrant gregatim suis quaeque ducibus, et primi omnium scombri, quibus est in aqua sulpureus color ; 31,94 ; 32,151 ; Col. 8,17,12 ; Pers. 1,43 ; Mart. 3,50,9 ; 4,86,8 ; 13,40,2 ; 13,102,1 ; 13,103,2. Le terme est emprunté au grec σκόμβρος.

120. scorpaena, -ae, « la scorpène » (« la rascasse ») (Scorpaena scrofa et Scorpaena porcus L.) ; Plin. 9,162 : scorpaenae bis ac sargi (se reproduisent), uere et autumno ; 32,151. Le premier poisson, Scorpaena scrofa, plus grand et plus apprécié, est le scorpios des Anciens (voir ce nom), à la couleur plus rouge et bigarrée ; le second poisson, plus brun, serait la scorpaena. Le terme est emprunté au grec σκόρπαινα.

121. scorpiō (marinus), -ōnis, scorpios, -ii M. : Ov. Hal. 116 : capitis duro nociturus scorpios ictu. Ce poisson entre comme composante dans des médicaments : Plin. 32,70 : fel… marini scorpionis rufi ; idem 32,128 ; 32,93 ; 32,94 ; 32,127 ; 32,128 ; 32,151.
Lat. scorpiō est emprunté au grec σκορπίος. Mais scorpiō est bien intégré en latin ; le latin a d’ailleurs ajouté au mot grec le suffixe -iō, -iōnis, ce qui montre que le terme n’est pas senti comme d’origine étrangère en synchronie.
Lat. scorpio « le scorpion » dénote l’animal terrestre venimeux ainsi que diverses autres entités : une chenillette (Pline), une plante (Pline), une machine de jet (Vitruve). On peut donc considérer que le nom latin du poisson, lui aussi, résulte d’un transfert métaphorique en latin même à partir de l’animal terrestre : « scorpion » → « poisson qui ressemble à un scorpion ». Pour ce procédé de dénomination, voir Introduction 0.7.2. et 0.7.3. (animal terrestre → poisson).
Voir scorpaena.

122. serra, -ae, F. « la scie » ; Plin. 9,3 pour ce nom de poisson tiré du nom d’un instrument ; Plin. 32,145 ; Isid. Or. 12,6,16 : serra nuncupata quia serratam cristam habet, et subternatans nauem secat. Pline semble distinguer pistrices et serrae (32,144-145), qui dénotent en fait le même poisson. Pour ce procédé de dénomination par transfert métaphorique, voir Introduction 0.7.2. et 0.7.3. (instrument (entité terrestre) → poisson).
Voir pristis, qui est le nom le plus fréquent de ce poisson.

123. silūrus, -i, M. « le silure » (ou « glanis »), gros poisson de mer et de fleuve (Silurus glanis L.). On le trouve dans des fleuves, surtout le Danube, de l’Europe centrale et orientale, de la mer Noire et de la Caspienne : Aus. Mos. 135. Plin. 9,45 en décrit la force. Mais le même nom était donné à des poissons d’autres régions : Plin. 9,44 : silurus in Nilo ; 9,125 : siluri fluuiatilis, qui et alibi quam in Nilo nascitur, carnes ; en 32,145, il est cité parmi les poissons de mer et de fleuve. Pline, 9,58 et 165, d’après Aristote, appelle silurus le poisson qui s’appelle γλάνις.
Le terme est emprunté au grec σίλουρος. Le poisson de Aus. Mos. 135 pour quelques commentateurs (Corpet, De la Ville de Mirmont) c’est le silure, Silurus glanis, pour Pastorino et Marsili, l’esturgeon, mais cf. Green p. 479.
Le silure s’appelle en italien siluro, et en anglais sheat-fish.
Voir glanis.

124. smaris / zmaris, -idis, F. « picarel » (Smaris vulgaris L. ou Spicara v. ou Smaris smaris) ; Ov. Hal. 120 ; Plin. 32,108 ; 32,128 ; 32,151. Nom emprunté au grec σμαρίς.

125. smyrus / zmyrus, -i, M. « murène mâle », Plin. 32, 151. Pline (9,76) attribue à Aristote (H. A. 5,9,4) le nom σμῦρος et la description des caractéristiques par opposition à la femelle : Pline 9,76 : discrimen esse quod murena uaria et infirma sit, zmyrus unicolor et robustus dentesque et extra os habeat.
Pour les naturalistes modernes, c’est une espèce différente (Muraena christini, Russo) de la Muraena helena, la murène commune bien connue des Anciens.
Voir muraena.

126. solea, -ae, F. « la sole » (genre Solea, plusieurs espèces en Méditerranée : Solea solea espèce commune, Solea Kleinii plus petite et moins fréquente, Solea ocellata plus rare, Solea Lascaris fréquente, etc.). Plin. 9,52 ; 9,57 ; 32,102 ; 32,151.
Plaute, Cas. 495, fait un jeu de mots sur le double sens du mot solea : « sole » (poisson) et « chaussure légère ». Ovide (Hal. 124 : fulgentes soleae candore) souligne la couleur de la face aveugle de gauche (cf. passer). Parmi les poissons plats non cartilagineux, Pline (9,72) range les rhombi, soleae et passeres, les mêmes que ceux qui sont mentionnés dans Ov. Hal. 124-125 et Col. 8,16,7. Quintilien (Inst. 8,2,7) cite le terme solea comme exemple de transfert métaphorique (objet concret → poisson), aux côtés de turdus (oiseau → poisson). Isidore fait aussi le rapprochement entre le nom de la chaussure et celui du poisson (Isid. Or. 12,6,6 : solea, quod sit instar calciamentorum soleis).
Pour ce procédé de dénomination par transfert métaphorique fondée sur la ressemblance, voir Introduction 0.7.2. et 0.7.3. (entité terrestre inanimée → poisson).

127. sparus, -i, M. et son diminutif sparulus, « spare », « brème de mer » (Sparus annularis L.). Cels. 2,18 ; petit poisson à la livrée jaune or : Ov. Hal. 106 : super aurata sparulus ceruice refulgens ; Mart. 3,60,6 : res… mihi cum sparulo. Emprunté au grec σπάρος.

128. squalus, -i, M. « le squale ». Varr. R. 3,3,9 et Col. 8,16,1 parlent de squali (?) dans les piscines. Plin. 9,78, parmi les poissons cartilagineux, indique les squali avec les poissons que Graece in uniuersum σελάχη appellauit Aristoteles primus hoc nomine iis imposito. Pline emploie le mot squalus pour traduire τὰ γαλεώδη d’Aristote (H. A. 5,4,2), « les chiens de mer », en latin plus souvent appelés canes marini et caniculae ; voir ces mots.
Pour l’étymologie, E.M. s. v. p. 645 écrit que squalus est « sans doute à rapprocher de squatus et peut-être de squama. ». Il rapproche aussi v.-pr. kalis « wels (silure) » et v.-isl. hualr « baleine », gr. ἅσπαλος « poisson indéterminé » et sk. chāla- « poisson rouge d’eau douce » et ajoute « tout ceci assez vague ».
Mais certains comparatistes estiment nettement que ce terme est hérité par le latin et trouvent des correspondants dans d’autres langues i.-e. : Mallory & Adams (2006, p. 146-147) posent i.-e. *(s)kwálos « sheatfish, wels » et rattachent lat. squalus et angl. whale  « baleine ». Ils précisent que le sens précis de cette forme i.-e. reconstruite à partir de l’italique (latin), du germanique (angl. whale), du baltique (v.-pr.), du grec (dialectal), et de l’iranien n’est pas complètement assuré. Selon eux, le sens de angl. sheatfish (signification attestée en m.-h.-a. et en baltique) est beaucoup plus probable que celui de « baleine ». Pour une éventuelle origine i.-e., voir Introduction § 0.10.
Mais pour les liens entre squalus « squale », squatus « ange » (poisson), squama « écaille » et squalus, -a, -um « couvert d’écailles », voir ci-dessous le terme squatus.

129. squatus, -i, M. « l’ange » (Squalus squatina L.)8), et son « diminutif9) » : squatina. Selon une remarque de Pline (32,150 : rhīnē quem squatum uocamus), lat. rhīnē est un emprunt au grec ῥίνη, qui dénote en grec la lime (instrument pour polir) et de là, par métonymie, le poisson appelé fr. ange, dont la peau, très dure, servait pour le polissage du bois. Le poisson est donc dénommé en grec par sa fonction utilitaire.

Le poisson appelé squatus « ange » en latin est bien le même poisson, puisqu’Isidore nous dit que sa peau remplit la même fonction et rapproche squatus du nom de l’écaille de poisson squāma (Isid. Or. 12,6,37 : squatus dictus, quod sit squamis acutus. Vnde et eius cute lignum politur). Ainsi Isidore rapproche-t-il squatus et squama. Or, squāma « écaille » est en rapport synchronique (et diachronique selon EM 645 s. v. squama) avec l’adjectif squālus, -a, -um10) « couvert de croûtes ou de plaques de boue formant des écailles », « crasseux, sale », attesté chez Ennius (Sc. 311 Vahlen3 = 323 Warmington : strata terrae lauere lacrumis uestem squalam et sordidam) dans un passage de Nonius 172,19 : ‘Squalam’ pro sordidam.

Il s’agit d’une « famille synchronique » de termes contenant le radical latin squāl- et qui comporte : l’adjectif squālus, -a, -um « couvert d’écailles, sale », le verbe d’état squālēre « être couvert d’écailles » et « être rugueux, hérissé » (Virg.), l’adjectif squālidus (Accius 517 R. = 513 W. apud Gell. 2,6,23 : eius serpentis squamae squalido auro et purpura praetextae), le nom de procès squālor, -ōris M. Ces trois derniers termes constituent un triplet bien connu pour les procès relevant du monde physique de la nature (pour les substantifs en -or, voir H. Quellet 1969). Ils dénotent le même procès dans des catégories grammaticales différentes en distribution complémentaire.
Comme on le voit par le passage d’Accius et d’autres auteurs (Nonius11), Aulu-Gelle12), P.F.13)), les auteurs latins mettaient en relation tous ces mots en squāl-, qui dénotent des écailles (soit des écailles animales, soit par métaphore des particules hérissées et rugueuses de saleté), et le substantif squāma « écaille ». Il nous paraît possible de voir également en diachronie un lien entre squama « écaille », squalus, -a, -um « couvert d’écailles » et les deux noms de poisson squalus « squale » et squatus « ange ». Plusieurs arguments vont en ce sens.
Il s’agit en premier lieu de la nature des designata : nous savons par les textes et par l’expérience que l’ange a des écailles si dures qu’on utilisait sa peau pour limer des objets14). Or la peau des squales est également très dure. En second lieu, un certain nombre de linguistes modernes travaillant en diachronie rapprochent ces termes et cela, d’autant plus que la longueur de la voyelle a dans les deux noms de poissons n’est pas assurée. EM (p. 645 s. v. squalus)15) rapproche squalus de squatus et de squama et ajoute que la quantité de la voyelle a de squalus est inconnue, alors que l’on pose souvent un a bref (par exemple P. Flobert 2000 s. v.). Il pourrait donc s’agir de ā dans squālus « squale » comme dans squāma. Squatus « ange » étant peu attesté, nous n’avons aucune preuve qu’il s’agisse d’un ă bref : il peut s’agir également d’un ā long. On aurait alors squātus avec ā comme dans squāma16).
Des liens sont établis par les linguistes modernes entre squalus « squale », squatus, squama, squālus « écailleux, sale ». Comme EM (p. 645), P. Flobert (2000 Le Grand Gaffiot) rapproche squatus « ange » et squalus « squale » (s. v. squatus et squalus), et il rapproche également squāma « écaille » de squalus « squale » (s. v. squāma).
On propose des correspondants dans d’autres langues. EM (p. 645 s. v. squama) rapproche de squama « écaille » avec hésitation le grec dorien παλός, l’ion.-att. πηλός, le v.-sl. kalŭ « boue » en signalant d’autres rapprochements. Le nom de poisson squalus « squale » est considéré comme d’origine i.-e. avec des correspondants sans s- initial dans d’autres langues par Mallory & Adams (2006, p. 146-147). Voir ci-dessus squalus.
En conclusion, il nous paraîtrait peu probable que ces termes n’aient pas entre eux des liens diachroniques. On pourrait faire les hypothèses suivantes :

A) L’adjectif squālus, -a, -um dans ses deux significations principales « écailleux, couvert d’écailles » et « rugueux, plein d’aspérités » pourrait être le même terme diachroniquement que le substantif squālus, -i « squale » (en faisant l’hypothèse d’un a long). On pourrait poser un suffixe *-lo-. Dans les noms des entités naturelles17), le latin offre souvent des formes suffixales en -lus, -ulus qui représentent le suffixe de « diminutif » généralement en emploi métaphorique et parfois redoublé sous la forme -ellus, -illus.

B) Le nom de poisson squatus « ange » pourrait comporter le suffixe *-to- possessif sur un élément squā- (« écaille » ?) qui représenterait l’équivalent sémantique de squāma. On remarque que l’ange est également dénommé par le terme squamatus, -i M. chez Isidore (12,6,37), terme formé sur squāma avec le suffixe *-to- possessif « qui est pourvu d’écailles ». Il s’agirait d’un renouvellement cyclique avec actualisation sur le substantif en usage (squama) de l’adjectif possessif ancien que serait squatus. En outre il existe sur la même base un adjectif poétique squām-eus, -a, -um « écailleux, couvert d’écailles » (Virg. G. 2,154) avec un suffixe -eus de matière (cf. aurum « or » → aur-eus « en or »). La structure lexicale elle-même est donc bien attestée.

C) Cet élément squā- (« écaille » ?) pourrait représenter aussi la base de squāma si ce terme comportait un suffixe en *-mo-, au féminin *--.

130. sūs, suis, M. poisson inconnu ; Ov. Hal. 132 : duri… sues ; le terme est fait à partir du terme générique pour dénoter le porc. Pour ce procédé de dénomination par transfert métaphorique, voir Introduction 0.7.2. et 0.7.3. (animal terrestre (mammifère domestique) → poisson). Il faut distinguer ce poisson du porcus marinus « le marsouin », cétacée semblable au dauphin.

131. synodus, -ontis, M. « spare denté » (Sparus dentex, poisson argenté dont le dos offre des nuances bleuâtres, et Sparus ou Dentex macrophtalmus L.). E. De Saint-Denis propose de l’identifier avec le dentex (voir ce mot). Selon Ovide, la deuxième espèce de ce poisson a une livrée qu’il qualifie de fuluus « fauve, rouge » (Hal. 107 : fului synodontes). Plin. 37,182 : synodontitis e cerebro piscium est, qui synodontes uocantur.
Le terme est emprunté au grec συνόδους (littéralement : « qui a les dents soudées »), auquel paraît correspondre le nom latin dentex.

132. thy̆mallus, -i, M. « l’ombre commun » (Salmo thymallus L.), poisson d’eau douce vivant dans les rivières et les fleuves (fluviatile). Le terme est emprunté au grec θυμάλλος, qui fonctionne déjà en grec comme nom de poisson (peut-être pour l’ombre). Comme dénomination de ce poisson, le terme grec fut intégré en latin.
Le terme thymallus est attesté chez Ambroise et Isidore : Ambr. Hex. 5,6 : neque te…, thymalle, dimittam, cui a flore nomen inoleuit ; Isid. Or. 12,6,29 : thymallus ex flore nomen accepit : thymum quippe flos appellatur.
Dans une réflexion métalinguistique, ces auteurs estiment que le nom de ce poisson provient du nom d’une fleur. Il semble qu’ils aient fait une association synchronique entre thymallus et le nom du thym : thymum, -i Nt. « thym » / thymus, -i M. (plante odoriférante ; J. André 1985, p. 260), terme emprunté au grec θύμος « thym ». Il pourrait s’agir d’une ré-analyse ou ré-interprétation synchronique à l’intérieur du latin même, puisque le nom de la plante était bien intégré en latin. Pour la notion de ré-analyse, voir M. Fruyt 2013.
Voir umbra, 1. Poissons de mer.

133. thunnus / tunnus / thynnus, -i, M. « le thon », « le thon rouge » (« thon commun ») (Thunnus thynnus L.). Le terme est cité plusieurs fois par les auteurs latins, par exemple :
Lucil. 49-50 M. : abdomina thunni ; 938 M. ; Varr. Men. 208 Cèbe ; Hor. Sat. 2,5,44 ; Ov. Hal. 98 : pauidi magno fugientes agmine thynni ; Plin. 9,5 ; 9,44 ; 9,47 ; 9,49 ; 32,76 ; 32,135 ; 32,145 ; Mart. 10,48,12 ; Aus. Epist. 13,61 Green : urentes thynni (salés après la capture).

D’après Plin. 9,47-48, le thon, dont les Romains faisaient une grande consommation, portait en latin trois noms :

- cordyla, tant qu’il n’avait pas encore six mois et ne pouvait pas être mangé ;

- pelamys, lorsqu’il était âgé de six mois à un an ; il était plus cher parce que plus tendre ;

- thynnus, ensuite.

On coupait les pelamydes en apolecti (« morceaux choisis ») et ceux-ci en cybia (cybium / cubium, -i, « thon séché et coupé en morceaux cubiques »). Varron mentionne deux termes latins empruntés au grec et dénotant des morceaux du thon : Varr. L. 5,77 : thynnus, cuius item partes Graecis uocabulis omnes, ut melander (tranches) atque uraeon (la queue). Pline parle également du thon coupé en morceaux (nuque, abdomen, clavicule) : Plin. 9,48 : hi membratim caesi ceruice et abdomine commendantur atque clidio (les clavicules).
On rencontre aussi d’autres noms du thon (par rapport à l’âge ou à la région) : amias ; colias ; orcynus ; sarda. Voir ces noms. Pline en 9,51 et 9,88 dit que le nom pompilus (voir ce nom) est attribué aussi à une espèce de thon.
Le terme thunnus (et ses variantes orthographiques) est un emprunt au grec θύννος ; le dérivé féminin en thynnis, -idis, est attesté en Plin. 32,145 et 151.

134. thursio, tursio, -ōnis, M. nom de poisson (?) inconnu, attesté en Plin. 9,34 : delphinorum similitudinem habent qui uocantur thursiones. Le mot est traduit du latin en grec avec le terme gr. θυρσίων par Athéné (310e), qui en parle comme d’un morceau de choix fourni par le chien de mer (καρχαρίας, lat. carcharus, voir ce terme). Mot dont l’existence est fragile et d’étymologie inconnue.

135. torpēdo, -ĭnis, F. « torpille » (Raia torpedo L.). Le terme est bien attesté en latin parce que la capacité de ce poisson à engourdir ses proies avec des décharges électriques était très célèbre :
Varr. L. 5,77 ; Cic. Nat. 2,127 ; Plin. 9,78 ; 9,143 ; 9,165 ; 32,7 ; 32,105 ; 32,135 ; 32,151 ; Claud. Carm. min. 49,1-2 : quis non indomitam dirae torpedinis artem / audiit et merito signatas nomine uires ?
Pour la formation du mot, l’explication synchronique d’Isidore (Or. 12,6,45 : torpedo uocata, eo quod corpus torpescere faciat, si eam quisque uiuentem tangat) est aussi celle que l’on peut proposer aujourd’hui en diachronie. Le substantif torpedo (-dinis) F. est motivé en latin. Il est bâti sur un radical latin associable au verbe d’état torpeo, torpēre « être engourdi, être dans un état de torpeur ». Il est analysable en torp-ēdō, torp-ēdĭnis avec un suffixe -ēdō, -ēdĭnis ou bien en torpē-dō, torpē-dĭnis avec un suffixe -dō, -dĭnis derrière le thème d’infectum en -ē- de torpē-re. Le suffixe -dō, -dĭnis F. (généralement précédé d’une voyelle longue) est anciennement attesté en latin, même s’il perd sa productivité dès l’époque classique, et il est demeuré dans des termes fondamentaux comme : cupīdō (cupīdĭnis) « désir » à côté du verbe cupio, cupĕre « désirer » (qui offre une variante morphologique archaïque en -ī en Lucr. 1,71: cupīret).
On trouve en grec un parallèle pour le même procédé de dénomination dans le grec νάρκη « torpeur, engourdissement » (associable au verbe ναρκῶ « engourdir, causer de la torpeur »). Il ne s’agit pas d’un calque sémantique du latin sur le grec, mais du même procédé de dénomination dans les deux langues, par sélection du même trait saillant remarquable. Pour ce procédé cognitif de dénomination parallèle en latin et en grec, voir M. Fruyt 1999. Pour ce procédé de dénomination direct par le trait saillant sélectionné, voir M. Fruyt 1989-a, 1989-b. Voir aussi Introduction 0.7.2. et 0.7.3.

136. tragus, -i, M. « mendole » (Maena maena L.) ; Ov. Hal. 112 ; Plin. 32,152 ; emprunt au grec τράγος (« bouc », « petit poisson de mer »).
Voir maena.

137. trichias, -ae, M. « sorte de sardine » ; Plin. 9,52; 9,162 ; emprunt au grec τριχίας « sorte de sardine ».
Voir sarda, sardina.

138. tritomum, -i, « grand thon » (?) ; Plin. 32,149 (à propos de l’orcynus) : similis tritomi ; 32,151 : tritomum pelamydum generis magni. Le terme est d’existence fragile en latin ; il n’y a pas en grec de terme à partir duquel il aurait pu être emprunté.
Voir orcynus et thunnus.

139. trȳgōn, -ŏnis, M. « pastenague », sorte de raie à queue épineuse ; Pl. Capt. 851 ; Plin. 9,155 ; emprunt au grec τρυγών (nom d’oiseau « touterelle » transféré en nom de poisson « pastenague »).
Voir pastinaca.

140. turdus, -i, M. « tourd » (sorte de labre) (Labrus turdus L.). Varr. L. 5,77 ; Plin. 9,52 ; 31,151 ; Col. 8,16,8 ; 8,17,8. Quintilien, Inst. 8,2,8, le cite comme exemple de transfert métaphorique, à côté de solea. Il s’agit, en effet, à l’origine du nom de la grive18). Pour ce procédé de dénomination par transfert métaphorique, voir Introduction 0.7.2. et 0.7.3. (oiseau → poisson).
Voir merula.

141. umbra, -ae, F. dénote deux poissons différents, l’un de mer et l’autre de rivière ; le poisson de mer est « l’ombrine commune », qui est attesté chez : Enn. var. 42 V2 (Hedyph. v. 9) ap. Apulée Apol. 39 ; pour l’interprétation synchronique : Varr. L. 5,77 ; Isid. Or. 12,6,6. Ce nom correspond sémantiquement au grec σκίαινα « ombre » (poisson), adopté par Pline (32,151, scĭaena).
Il faut distinguer :
1°) un poisson de rivière, « l’ombre fluviatile, l’ombre » (Salmo thymallus L.) : Aus. Mos. 90 : effugiens… oculos celeri leuis umbra natatu ; (it. tèmolo, angl. Grayling); voir thymallus.

2°) un poisson de mer, « l’ombrine commune » (Vmbrina cirrhosa L.) : Ov. Hal. 111 : corporis umbrae / liuentis (pour la sorte de raie à queue épineuse de la livrée) ; Col. 8,16,8 : Punicas… et indigenas umbras.

Pour ce procédé de dénomination par l’ombre ou la lumière, entités qui entrent en latin dans le lexique des couleurs, voir Introduction 0.7.2. et 0.7.3.
Voir sciaena et umbra, 2. Poissons de rivière

142. uranoscopos, -i, M. « uranoscope » (Vranoscopus scaber L.). Le terme est attesté chez Pline. Plin. 32,69 (sur les vertus du fiel du callionymus) : idem piscis [32,146 callionymus siue uranoscopos] uocatur ab oculo, quem in capite habet.
Emprunt au grec οὐρανοσκόπος littéralement « qui regarde le ciel ». Cette dénomination grecque provient du fait que la grosse tête du poisson est si aplatie sur le dessus que les yeux sont tournés vers le ciel.
Voir callionymus.

143. uulpes, -is, (marina), F. « le renard marin », « l’alopex » (Squalus vulpes L.). Pline, en 9,145, décrit la façon qu’a ce poisson de se libérer astucieusement de l’hameçon. Cette dénomination à partir du nom du « renard » (animal terrestre → poisson) provient de la voracité et de la ruse de ce poisson, traits considérés comme caractéristiques du renard. Selon une autre explication, la ressemblance avec le renard serait due à la nageoire caudale, très développée (aussi longue ou plus longue que le corps), qui rappellerait la queue du renard.
Pour ce procédé de dénomination par transfert métaphorique, voir Introduction 0.7.2. et 0.7.3. (animal terrestre (mammifère) → poisson).
Voir alopex.

144. xiphias, -ae, M. « l’espadon » ; Ov. Hal. 97 ; Plin. 32,15 ; 32,151 ; emprunt au grec ξιφίας (adjectif « en forme d’épée », substantif « espadon ») ; le terme latin correspondant est gladius (tiré du nom du glaive). Pour ce procédé de dénomination par transfert métaphorique, voir Introduction 0.7.2. et 0.7.3. (instrument → poisson). Les procédés dénominatifs du latin et du grec sont parallèles : voir M. Fruyt 1999.
Voir gladius.

145. zaeus / zeus, -i, M. « la dorée » ; Plin. 9,68 ; 32,148 ; Col. 8,16,9 ; emprunt au grec ζαιός ; le terme correspondant en latin est faber. Voir faber.


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1) Il s’agit du poisson de mer « le scorpion de mer » : J. ANDRE, éd. Caton Agr. p. 318, note 8.
2) Il ne s’agit pas d’une espèce différente, mais d’un poisson différent.
3) Pour cette valeur, voir M. FRUYT 1986.
4) Capito n’est pas mentionné dans le corpus de E. DE SAINT-DENIS 1947, de même que cephalus.
5) Voir DHELL, 2e partie, Botanique, Plantes cultivées dans les jardins et les vergers ; et Arbres.
6) Pour la formation de ce mot voir M. FRUYT 1986, p. 239. De *meuk- / *meug- « être humide » ; mūcēre « être moisi » (pour le vin, Caton Agr. 148), mūcescere « se gâter » (Pline), mūcidus « moisi, morveux » (Pl.), mūcilāgō, -inis F. « mucosité » (Diosc.).
7) Pour les allomorphes de radicaux latins terminés par une alternance entre la sourde c et la sonore correspondante g, cf. pingo « peindre » et les autres termes du même groupement issus de la « racine » i.-e. signifiant « peindre » (*peik-): lat. pic-tūra, pic-tor, etc.
8) Nous remarquons que le terme squatus, contrairement à ce que dit le dictionnaire d’EM, n’est pas attesté dans le passage d’Ovide Hal. 133 et que, contrairement à ce qu’affirme E. de Saint-Denis (1947, s. v. squatus), il n’est pas attesté non plus en Ovide Hal. 123.
9) Le terme est le plus souvent employé sous sa forme diminutive squatina : Plin. 9,40 : aspera cute ut squatina, qua lignum et ebora poliuntur ; 9,78 ; 9,144 : simili modo squatina et rhombus abditi pinnas exertas mouent specie uermiculorum ; 9,161 : piscium diuersa genera non coeunt praeter squatinam et raiam.
10) Comme on le voit dans les deux passages d’Ennius et de Nonius, où il est associé à sordidus « sordide, sale », l’adjectif squālus, -a, -um porte une connotation dépréciative et entre en synchronie dans le groupement des adjectifs de défauts physiques (pour ces adjectifs, voir M. Fruyt 1986, 155-189). Nonius interprète squālus, -a, -um comme la réduction de squālidus, parallèle pour le suffixe -idus à sordidus.
11) Nonius p.452,18 et suiv. : squalere non sordium plenum esse tantummodo … sed et honesta re abundare et refertum esse ueteres honesta auctoritate posuerunt ; ducique hanc significantiam a squamis putant.
12) Gell. 2,10,19 et suiv. avant de citer le texte d’Accius : squalere … dictum a squamarum crebritate asperitateque quae in serpentium pisciumue coriis uisuntur.
13) P. F. 328 (cf. Fest. 329) : squalidum incultum et sordidum quod proxime similitudinem habeat squamae piscium, sic appellatum.
14) Et les rendre lēuis « lisses ». D’où l’opposition faite par Lucrèce 2,425 entre squālor et lēuor, parallèle à l’opposition entre les adjectifs squālus « écailleux, rugueux » et lēuis « lisse ».
15) EM p. 645 s. v. squalus : « Sans doute à rapprocher de squatus et peut-être de squama ».
16) De toute façon, même si la longueur du a n’était pas la même dans squama, squalus, squatus, cela n’infirmerait pas l’idée que les trois termes soient apparentés. En effet, le latin est habitué à avoir des allomorphes du même radical avec des longueurs vocaliques différentes.
17) Voir DHELL, 2e partie, « Botanique » et « Oiseaux ».
18) Voir DHELL, 2e partie, « Oiseaux ».