Distributivité

(A. Bertocchi, B. Bortolussi, M. Maraldi, A. Orlandini)



La quantification distributive est une partie de la quantification universelle. Au cours de l’évolution du latin et de son passage aux langues romanes, certaines formes exprimant la quantification universelle tendent à se confondre avec certaines formes exprimant la quantification distributive. C’est pourquoi il apparaît nécessaire d’avoir à l’esprit certaines définitions théoriques relatives à la quantification universelle: voir pour cela l’article « Quantification universelle et totalité ».

Après avoir mis au jour les caractéristiques de la distributivité (1), on se concentrera sur la distributivité en latin (2), en particulier à travers l’analyse de singuli (2.2), d’abord en emploi isolé, puis lorsqu’il est employé avec d’autres quantifieurs numéraux distributifs, et du pronom indéfini distributif quisque (2.3). Enfin, on envisagera brièvement le devenir de la distributivité dans les langues romanes (3).

1. Définition (B. Bortolussi)

La distributivité est initialement une notion mathématique; elle apparaît en linguistique dans les composantes logico-interprétatives des théories. Un constituant désignant une pluralité d’éléments définit un ensemble à parcourir (groupe d’)élément(s) par (groupe d’)élément(s): les éléments de cet ensemble sont «distribués».

Dans la théorie de Jackendoff (1990), la distributivité établit une relation conceptuelle entre entités; ces entités peuvent être réalisées en langue sous des formes très diverses: catégories lexicales, propositions, prédication; les entités d’un domaine sont appariées avec les entités d’un co-domaine. Le terme déclenchant l’interprétation distributive (par exemple chaque, every, quisque) fonctionne comme un opérateur doté d’une portée. Les distributifs relèvent donc du phénomène général de la quantification linguistique.

La relation sémantico-logique peut se trouver exprimée – mais pas nécessairement – au niveau syntaxique; l’opérateur distributif s’adjoint alors au co-domaine:

  • Les enfants ont reçu chacun [un ballon]

(Junker 1995)

Un grand nombre d’énoncés sont ambigus, induisant une interprétation soit distributive, soit globalisante (Mari 2006). Soit l’énoncé suivant :

  • Tous mes amis sont venus me voir

L’ensemble des amis peut être considéré soit en bloc (interprétation globalisante), soit individu par individu (interprétation distributive). Dans l’interprétation globalisante, l’énoncé est équivalent à L’ensemble de mes amis est venu me voir; dans l’interprétation distributive, chacun des amis satisfait individuellement la prédication P «venir me voir», ce qui produit une itération de l’événement lui-même. Seule l’interprétation distributive est compatible avec l’adjonction d’adverbes comme successivement, séparément.



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