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NOVVS

4. Description des emplois et de leur évolution (J.-F. Thomas)

4. 0. Plan

1. Nouus et la nouveauté dans une continuité

2. Nouus qualifiant ce qui apparaît pour la première fois et présente une spécificité propre

3. Autres valeurs de nouus

3. 1. « Surprenant, inattendu »

3. 2. « Moderne »

3. 3. « Récent »

4. La famille morpho-sémantique de nouus

5. Les relations de nouus et de recens

4. 1. Résumé

.

A. Nouus et la nouveauté dans une continuité

Pl. Cap. 362-363 :

… uolt te nouus erus operam dare

tuo ueteri domino, quod is uelit, fideliter.

« Ton nouveau maître t’ordonne d’exécuter les ordres de ton ancien maître, fidèlement … » (trad. A. Ernout)

Liv. 3, 15, 1 : Nihil noui nouus annus attulerat : legis ferendae aut accipiendae cura ciuitatem tenebat.

« Rien de nouveau au nouvel an : proposer ou adopter la loi tenait en souci toute la cité » (trad. G. Baillet)

Se dit aussi des tabellae nouae qui se substituent aux précédentes car elles annulent les dettes (Cic. Att. 10, 8, 2 ; Sen. Ben. 1, 4, 6). galement pour les formes de l’infidélité qui s’enchaînent :

Prop. 1, 8, 29-32 :

Falsa licet cupidus deponat gaudia liuor :

destitit ire nouas Cynthia nostra uias.

Illi carus ego et per me carissima Roma

dicitur, et sine me dulcia regna negat.

« La jalouse envie peut renoncer aux fausses joies, notre Cynthie a cessé d’aller par des voies nouvelles. Je lui suis cher et par moi, dit-elle, Rome lui est la plus chère et, sans moi, elle dit qu’il n’y a pas de doux royaumes » (trad. S. Viarre).

B. Nouus qualifiant ce qui apparaît pour la première fois et présente une spécificité propre

Pl. Amph. 89-90 :

Quid admirati estis, quasi uero nouum

nunc proferatur, Iouem facere histrioniam ?

« Pourquoi cette surprise, comme si vraiment c’était un spectacle nouveau que Jupiter fasse métier d’acteur ? »

Cic. Fin. 3, 5 : … Zenoque, eorum (= Stoicorum) princeps, non tam rerum inuentor fuit quam uerborum nouorum.

« … et Zénon, le chef des Stoïciens, innova moins sur le fond des choses que sur les mots nouveaux. »

Cette idée de rupture explique deux spécialisations du mot, pour l’homo nouus :

Juv. 8, 236-238 (à propos de Cicéron) :

Sed uigilat consul uexillaque uestra coercet ;

hic nouus Arpinas, ignobilis et modo Romae

municipalis eques …

« Mais le consul veille et il arrête vos étendards ; c’est un homme nouveau, d’Arpinum, et qui n’était naguère à Rome qu’un chevalier municipal » (trad. J. Gérard),

et pour les révolutions :

Cic. Agr. 2, 91 : Homines non inerant in urbe qui malis contionibus, turbulentis senatus consultis, iniquis imperiis rem publicam miscerent et rerum nouarum causam aliquam quaererent.

« Mais alors il n’y avait personne dans cette ville qui, par des harangues pernicieuses, par des sénatusconsultes séditieux, par des pouvoirs illégaux, cherchât à bouleverser l’ordre établi et à amener une révolution … » (trad. A. Boulanger) 1).

C. Autres valeurs denouus

C. 1. « Surprenant, inattendu »

Cic. Tusc. 4, 37 : … sapienti … qui semper animo sic excubat, ut ei nihil improuisum accidere possit, nihil inopinatum, nihil omnino nouum.

« … le sage dont l’âme monte une perpétuelle faction, en sorte qu’il ne peut lui arriver rien qu’il n’ait prévu, qu’il n’ait pressenti, en un mot rien qui le surprenne. »

C. 2. « Moderne »

Liv. 8, 33, 13 : Quantum interesse inter moderationem antiquorum et nouam superbiam crudelitatemque !

« Quelle différence entre la modération des anciens et l’orgueil et la cruauté modernes ! » (trad. R. Bloch et Ch. Guittard).

C. 3. « Récent »

Ter. Ad. 751 :

… Et noua nupta eadem haec discet ? …

« Et la jeune femme récemment mariée apprendra tout cela ? »

4. 2. Exposé détaillé

L’OLD ne distingue pas moins de 15 rubriques dont certaines sont très proches, comme « nouveau, existant depuis peu », mais aussi « pas connu auparavant, non familier, non commun, qui s’est produit par surprise, imprévu » et encore « qui vient s’ajouter à ce qui existe déjà, nouveau développement d’une affaire, nouvel aspect d’une chose ». Cette variété, qui témoigne d’un usage très riche, résulte souvent de la multiplicité des applications référentielles et, d’un point de vue sémantique, elle s’organise autour de quelques significations stables. En outre, il s’établit une relation de synonymie avec //recens//.

4. 2. 1. Nouus et la nouveauté dans une continuité

Assez souvent, la nouveauté n’est pas totalement inédite, mais s’intègre dans un ensemble ou dans une série dont elle constitue un élément supplémentaire et différent. Le jeune Philocrate, prisonnier de guerre, a ainsi successivement deux maîtres :

Pl. Cap. 362-363 :

uolt te nouus erus operam dare

tuo ueteri domino, quod is uelit, fideliter.

« Ton nouveau maître t’ordonne d’exécuter les ordres de ton ancien maître, fidèlement … » (trad. A. Ernout)

Sur cette base, l’adjectif a des emplois plus spécialisés. Les tabellae nouae se substituent aux précédentes car elles annulent les dettes (Cic. Att. 10, 8, 2 ; Sen. Ben. 1, 4, 6). L’année qui s’ouvre est aussi qualifiée de nouus annus car elle a une durée identique à celles auxquelles elle succède, en même temps qu’elle laisse attendre d’autres perspectives d’action, comme le montre cette affirmation paradoxale :

Liv. 3, 15, 1 : Nihil noui nouus annus attulerat : legis ferendae aut accipiendae cura ciuitatem tenebat.

« Rien de nouveau au nouvel an : proposer ou adopter la loi tenait en souci toute la cité » (trad. G. Baillet) 2).

L’adjectif est utilisé en particulier chez les poètes de l’amour. Il qualifie les formes de l’infidélité qui s’enchaînent :

Prop. 1, 8, 29-32 :

Falsa licet cupidus deponat gaudia liuor :

destitit ire nouas Cynthia nostra uias.

Illi carus ego et per me carissima Roma

dicitur, et sine me dulcia regna negat.

« La jalouse envie peut renoncer aux fausses joies, notre Cynthie a cessé d’aller par des voies nouvelles. Je lui suis cher et par moi, dit-elle, Rome lui est la plus chère et, sans moi, elle dit qu’il n’y a pas de doux royaumes » (trad. S. Viarre).

4. 2. 2. Nouus qualifiant ce qui apparaît pour la première fois et présente une spécificité propre

Le plus souvent, nouus se dit d’une situation qui n’existe pas antérieurement à un point de repère et qui s’impose à l’observation par son originalité radicale :

Pl. Amph. 89-90 :

Quid admirati estis, quasi uero nouum

nunc proferatur, Iouem facere histrioniam ?

« Pourquoi cette surprise, comme si vraiment c’était un spectacle nouveau que Jupiter fasse métier d’acteur ? »

Cat. Agr. 14, 1 : Villam aedificandam si locabis nouam ab solo, faber haec faciat oportet : parietes omnes, uti iussitur, calce et caementis …

« Si tu fais construire une ferme neuve de bas en haut, voici ce que l’artisan doit faire : tous les murs, comme cela est demandé, en chaux et en moellons … »

Cic. Fin. 3, 5 : … Zenoque, eorum (= Stoicorum) princeps, non tam rerum inuentor fuit quam uerborum nouorum.

« … et Zénon, le chef des Stoïciens, innova moins sur le fond des choses que sur les mots nouveaux »

et leur nouveauté est d’auntant plus une création authentique que les picuriens, eux, n’ont pas besoin d’inuentor étant donné que leur langage traduit les réactions des sens (Cic. Fin. 3, 3).

Lorsqu’née et ses compagnons se trouvent face à la nouam urbem que Didon est en train de construire, ils voient bien sûr une « nouvelle ville » :

Virg. En. 1, 522-526 :

O regina, nouam cui condere Iuppiter urbem

iustitiaque dedit gentis frenare superbas,

Troes te miseri, uentis maria omnia uecti,

oramus : prohibe infandos a nauibus ignis,

parce pio generi et propius res aspice nostras.

« O reine à qui Jupiter a donné de fonder une ville nouvelle et de contenir dans la justice des peuples orgueilleux, nous, Troyens malheureux, traînés par les vents sur toutes les mers, nous te prions : garde nos vaisseaux d’un incendie abominable, épargne une race pieuse et connais mieux ce qu’il en est de nous » (trad. J. Perret).

La place, à la fin de chaque hémistiche, des deux éléments du syntagme nouam urbem ne souligne pas seulement leur cohérence syntaxique, mais lui confère une importance non négligeable. La ville est radicalement nouvelle car elle représente un lieu de justice au milieu de tant de peuples orgueilleux et menaçants, et donc elle est un lieu d’hospitalité (prohibe …, parce …, aspice …). La Carthage de Didon constitue la première terre de paix dans un monde hostile comme le seront ensuite Lavinium, Albe et Rome avec l’asylum romuléen, mais aussi la philanthropia d’Héraclès et l’idéologie impériale de pacification 3).

Même rupture, mais dans le burlesque cette fois, pour des trouvailles vraiment inédites, comme l’emploi de deux eunuques pour compter les points des balles non jouées et tombées à terre, dont le narrateur commente :

Petr. 27, 3 : Notauimus etiam res nouas …

« Nous avons remarqué aussi des innovations … »

Le mode de la rupture contribue à créer la caricature burlesque du ‘nouveau riche’.

Cette idée de rupture explique deux spécialisations du mot, pour l’homo nouus illustré par Cicéron et dont le souvenir demeure bien après lui :

Juv. 8, 236-238 (à propos de Cicéron) :

Sed uigilat consul uexillaque uestra coercet ;

hic nouus Arpinas, ignobilis et modo Romae

municipalis eques …

« Mais le consul veille et il arrête vos étendards ; c’est un homme nouveau, d’Arpinum, et qui n’était naguère à Rome qu’un chevalier municipal » (trad. J. Gérard),

où l’enjambement du v. 237 sur le 238 marque avec sa longueur la monotonie d’une vie ignobilis, alors que la brièveté du hic nouus Arpinas donne tout son éclat au nouveau départ et au changement que constitue le consulat de Cicéron,

et pour les révolutions :

Cic. Agr. 2, 91 : Homines non inerant in urbe qui malis contionibus, turbulentis senatus consultis, iniquis imperiis rem publicam miscerent et rerum nouarum causam aliquam quaererent.

« Mais alors il n’y avait personne dans cette ville qui, par des harangues pernicieuses, par des sénatusconsultes séditieux, par des pouvoirs illégaux, cherchât à bouleverser l’ordre établi et à amener une révolution … » (trad. A. Boulanger) 4).

4. 2. 3. Autres valeurs de nouus.

Assez souvent les contextes actualisent les réactions face à la situation nouvelle qui se crée et l’adjectif signifie « inattendu, surprenant » et « étrange » ainsi que « moderne ».

4. 2. 3. 1. « Surprenant, inattendu »

Chez Cicéron et Sénèque, nouus a un emploi non négligeable pour des aspects importants de la pensée stoïcienne. L’adjectif s’applique à ce qui peut arriver dans l’existence :

Cic. Tusc. 4, 37 : … sapienti … qui semper animo sic excubat, ut ei nihil improuisum accidere possit, nihil inopinatum, nihil omnino nouum.

« … le sage dont l’âme monte une perpétuelle faction, en sorte qu’il ne peut lui arriver rien qu’il n’ait prévu, qu’il n’ait pressenti, en un mot rien qui le surprenne. »

Nouum, parallèle à improuisum et inopinatum, qualifie les événements susceptibles de se produire comme radicalement différents de ce qui précède. En écarter la possibilité (accidere possit nihil omnino nouum), c’est affirmer que pour le sage, la vie est une continuité où rien ne surgit qui puisse le surprendre, nouum. Comme rien ne peut arriver contre son attente en raison de la parfaite maîtrise de lui-même, rien ne lui paraît nouum, c’est-à-dire « nouveau » et même « surprenant » :

Sen Tranq. 2, 15 : Hoc quosdam egit ad mortem : quod, proposita saepe mutando, in eadem reuoluebantur et non reliquerant nouitati locum, fastidio esse illis coepit uita …

« Voilà ce qui a conduit certains à la mort : avec leurs initiatives souvent changeantes, ils tournaient dans le même cercle et n’avaient pas fait de place à la surprise de la nouveauté, la vie commença à leur être un fardeau … ».

4. 2. 3. 2. « Moderne »

Parfois le contexte actualise l’idée que la chose ou l’entité qualifiée de nouus n’est pas seulement nouvelle, mais moderne, car caractéristique de l’époque présente par rapport à un état des choses plus ancien. L’adjectif entre alors dans des énoncés où sont opposées deux périodes :

Liv. 8, 33, 13 : Quantum interesse inter moderationem antiquorum et nouam superbiam crudelitatemque !

« Quelle différence entre la modération des anciens et l’orgueil et la cruauté modernes ! » (trad. R. Bloch et Ch. Guittard).

4. 2. 3. 3. « Récent »

Si le Grand Gaffiot ne donne pas cette valeur, l’OLD indique ‘that has recently become’ « qui est arrivé récemment ». De fait, elle est attestée. Lorsqu’un personnage des Adelphes s’interroge :

Ter. Ad. 751 :

… Et noua nupta eadem haec discet ? …

noua signifie que l’état du mariage est une rupture pour la jeune femme qui doit tout apprendre, mais quand l’apprentissage commence, c’est nécessairement fort peu de temps après le mariage, si bien que la noua nupta est « mariée depuis peu » :

« Et la jeune femme récemment mariée apprendra tout cela ? »

Cet emploi n’a connu aucune extension 5), car le repérage avec la mesure - courte - du temps, exprimé par le sens de « récent », est bien différent de la comparaison implicite dans nouus.

4. 2. 4. La famille morpho-sémantique de nouus

Entre « ce qui apparaît pour la première fois » et « ce qui apparaît pour la première fois et forme la suite de ce qui précède » 6), entre le « surprenant « et le « moderne », l’idée commune est finalement celle d’une entrée dans l’existence. Cette composante sémantique de base, bien actualisée dans les contextes comme on l’a vu, est elle-même au cœur des données morpho-lexicales. Le nouicius est l’esclave dont la servitude commence et l’idée de début radicalement nouveau se retrouve dans le novice. Nouelli est un des noms pour les jeunes gens, issu par substantivation de l’adjectif nouellus et de la même manière le pluriel neutre nouella a été réinterprété comme féminin singulier pour la jeune pousse, le jeune plan d’une part, et d’autre part pour l’annonce d’un événement et des informations jusque-là non diffusées, d’où le fr. mod. nouvelle. Il est possible, mais non certain, que nuntius se rattache à nouus car le messager donne bien des nouvelles. Nouale désigne la nouvelle étape que constitue la jachère pour la terre (Varr. R. 1, 29, 1 ; Pl. l’Ancien 17, 39). La nouerca est la nouvelle femme prise par un veuf, ou la belle-mère pour les enfants du précédent mariage 7). Cette innovation radicale ne connaît pas de degré. Le comparatif nouius n’est guère donné que par Aulu-Gelle (6, 17, 8 ; 10, 21, 2) et, dans un passage connu, Varron montre bien la place particulière de nouissimus:

L. 6, 59 : … extremum nouissimum quoque dici coeptum uolgo, quod mea memoria ut Aelius, sic senes aliquot, nimium nouum uerbum quod esset, uitabant. Cuius origo, ut a uetere uetustius ac ueterrimum, sic ab nouo declinatum nouissimum, quod extremum.

« … l’on s’est mis à dire couramment nouissimum (le plus neuf) pour extremum (le dernier), terme que, de mon temps, quelques vieillards, à l’exemple d’Aelius, évitaient en soutenant qu’il était trop neuf (nouum) ; en voici l’étymologie : de même que uetustius (plus vieux) et ueterrimum (le plus vieux) de uetus (vieux), on a dérivé de nouum (neuf) nouissimum au sens de dernier (extremum) » (trad. P. Flobert).

Varron témoigne de la difficulté de concevoir un degré superlatif pour un adjectif exprimant cette propriété non gradable qu’est justement l’entrée dans l’existence : P. Flobert parle d’un adjectif « exclusif » 8). Si nouissimus existe, son emploi relève du sens 1 de nouus « nouveau dans une suite ». Avec la valeur individualisante du suffixe – mus (cf. decimus « le dixième »), le superlatif désigne, dans la continuité du processus, le moment par excellence qu’est la « dernière » étape qui se manifeste :

Caes. G. 5, 56, 2 : qui ex iis nouissimus conuenit, … necatur

« celui qui arrive le dernier … est tué. »

Virg. En. 4, 650 (à propos de Didon) :

incubuitque toro dixitque nouissima uerba

« … elle se jeta sur le lit et prononça ces ultimes paroles »

Cet emploi du superlatif, en apparence périphérique, renvoie lui aussi à l’idée centrale d’entrée dans l’existence.

4. 2. 5. Les relations de nouus et de recens

Nouus signifie très rarement « récent » et la sticte synonymie avec //recens// reste fort limitée. En revanche s’établit une complémentarité notionnelle car les adjectifs expriment deux aspects de l’idée de nouveauté, l’écart chronologique et le rapport avec ce qui précède.

Il en est ainsi entre nouus « nouveau dans une succession, dernier » et recens « récent » :

Cic. Mur. 86 :… oro atque obsecro, iudices, ut ne hominis miseri et cum corporis morbo tum animi dolore confecti L. Murenae recentem gratulationem noua lamentatione obruatis.

« … je vous prie et je vous demande, juges, pour un homme malheureux et accablé tant par la maladie que par la souffrance morale, de ne pas étouffer les félicitations qu’il vient de recevoir par une nouvelle cause de lamentations. »

Nouus au sens de « radicalement nouveau » entre aussi en relation avec recens « récent »:

Pl. le Jeune, Ep. 6, 27, 5 : Nam recentia opera maximi principis praebent facultatem noua, magna, uera censendi.

« En effet, les actes récents de notre très grand prince offrent l’occasion de propositions neuves, belles, sincères »

Aug. Civ. 1, 7 : Quidquid uastationis, trucidationis … in ista recentissima Romana clade commissum est, fecit hoc consuetudo bellorum ; quod autem nouo more factum est …, quod immanitas barbara tam mitis apparuit, ut amplissimae basilicae implendae populo cui parceretur eligerentur … , hoc Christi nomini … tribuendum est …

« Tout ce qui a été commis de dévastations, de massacres … dans ce désatre tout récent de Rome a été le fait des coutumes de la guerre ; mais ce qui s’est accompli d’une manière nouvelle, cette barbarie sauvage apparue si douce au point de choisir, pour les remplir de peuple, les plus vastes basiliques, où nul ne serait frappé … , cela, c’est au nom du Christ qu’il faut l’attribuer. »

Nouus est aussi en rapport avec recens « frais, dispos, étranger à la fatigue ». Les soldats noui débutent la carrière militaire dans leur vie, par opposition aux ueterani :

Suet. Caes. 29, 3 : … confisus (= Caesar) … facilius se, simul atque libuisset, ueteranos conuocaturum quam Pompeium nouos milites.

« … César était sûr qu’il rassemblerait ses vétérans, dès qu’il le voudrait, plus vite que Pompée de nouveaux soldats »,

tandis que les troupes recentes sont « fraîches, reposées » :

Caes. G. 7, 48, 4 : Erat Romanis nec loco nec numero aequa contentio ; simul et cursu et spatio pugnae defatigati non facile recentes … sustinebant.

« Pour les Romains, la lutte n’était pas égale, ni par la position ni par le nombre ; fatigués en même temps par la course et par la durée de la bataille, il ne leur était pas facile de soutenir le choc des troupes fraîches … »

Même dans un groupe coordonnant, les deux adjectifs peuvent conserver leur valeur respective, comme en :

Cic. Flac. 13 : … ut, si quid ipsi audistis communi fama atque sermone de ui, de manu, de armis, de copiis, memineritis ; quarum rerum inuidia lege hac recenti ac noua certus est inquisitioni comitum numerus constitutus.

« … si par la rumeur publique, ou par des conversations, vous avez eu personnellement connaissance de violences, de voies de fait, d’armes, de troupes, souvenez-vous en ; la réprobation que provoquent de telles pratiques a fait limiter par une loi récente (recenti) et toute nouvelle (noua) l’importance du cortège des enquêteurs » (trad. A. Boulanger) 9).

8. Bibliographie

Novara A., 1982 (t. 1) et 1983 (t. 2) : Les idées romaines de progrès d’après les écrivains de la République : essai sur le sens latin du progrès, Paris, Publications de la Sorbonne.

1) De même Sall. C. 37, 1 ; Liv. 23, 14, 7 ; Vell. 2, 19, 1 ; 2, 129, 2 ; Tac. An. 15, 35, 2.
2) De même Tib. 1, 1, 13 ; Sen. Ep. 87, 3 ; et pour phénomènes cycliques : la nouvelle lune (Varr. L. 6, 28 ; Pl. l’Ancien 18, 167), le lustre (Mart. 4, 45, 3) ; la renaissance de la nature (Ov. Pont. 1, 2, 32 ; Ps. Sen, Oct. 394).
3) Voir Jenkyns R., Virgil’s experience, Clarendon Press, Oxford, 1998, 552-558.
4) De même Sall. C. 37, 1 ; Liv. 23, 14, 7 ; Vell. 2, 19, 1 ; 2, 129, 2 ; Tac. An. 15, 35, 2.
5) De même Tac. H. 1, 4, 3.
6) Sur les conceptions de la nouveauté, voir Novara A., 1982 : 154-170.
7) Sur tout ceci, voir EM, s. v. nouus, nuntius, nouerca.
8) Flobert P., Varron, De lingua latina livre 6, édition de la CUF, Paris, Les Belles lettres, 1985, 130.
9) De même Ov. M. 7, 709 ; Liv. 35, 10, 7 ; Sen. Nat. 7, 10, 2 ; Ben. 4, 14, 3 ; Tac. H. 4, 65, 3 ; D. 6, 5 et 8, 1.