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dictionnaire:potentia4detaille [2012/04/16 16:55]
garrido
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desiderio
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-<html><div class="titre">potentia, -ae (f.) substantif</div></html> +<html><class="lestitres">potentia, -ae (f.)</p></html><html><center><big><big>(substantif)</big></big></center></html>  
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-  *Cic. //Amer//. 36((Voir aussi Cic.  Caecin . 22 :  //periculosas hominum potentias// (seule occurrence du lexème au pluriel chez Cicéron).)) : //Ego crimen oportet diluam, uos et audaciae resistere et hominum eius modi **perniciosam atque** **intolerandam potentiam** primo quoque tempore exstinguere atque opprimere debetis//.\\« Moi, il me faut démonter le grief tandis que vous, vous devez faire obstacle à l’audace, éteindre et écraser, à la première occasion, la **puissance néfaste et intolérable** d’individus de cette engeance. » (traduction F. Hinard, 2006, CUF)+  *Cic. //Amer//. 36((Voir aussi Cic.  Caecin . 22 :  //periculosas hominum potentias// (seule occurrence du lexème au pluriel chez Cicéron).)) : //Ego crimen oportet diluam, uos et audaciae resistere et hominum eius modi **perniciosam atque** **intolerandam potentiam** primo quoque tempore exstinguere atque opprimere debetis//.\\ « Moi, il me faut démonter le grief tandis que vous, vous devez faire obstacle à l’audace, éteindre et écraser, à la première occasion, la **puissance néfaste et intolérable** d’individus de cette engeance. » (traduction F. Hinard, 2006, CUF)
  
  
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-Cic. //Amer//. 122((Voir aussi Cic.  Caecin . 71 ;  Rep. I, 68.)) : **//Nimiam// ** //gratiam **potentiam**que Chrysogoni dicimus et nobis obstare et perferri nullo modo posse et a uobis, quoniam potestas data est, non modo infirmari uerum etiam uindicari oportere//.\\ « L’influence et la **puissance excessive**s de Chrysogonus, j’ai dit qu’elles nous faisaient obstacle et étaient insupportables, et qu’il vous fallait, puisque le pouvoir vous en est donné, non seulement les réduire, mais encore les châtier. » (traduction F. Hinard, 2006, CUF)+  *Cic. //Amer//. 122((Voir aussi Cic.  Caecin . 71 ;  Rep. I, 68.)) : **//Nimiam// ** //gratiam **potentiam**que Chrysogoni dicimus et nobis obstare et perferri nullo modo posse et a uobis, quoniam potestas data est, non modo infirmari uerum etiam uindicari oportere//.\\ « L’influence et la **puissance excessive**s de Chrysogonus, j’ai dit qu’elles nous faisaient obstacle et étaient insupportables, et qu’il vous fallait, puisque le pouvoir vous en est donné, non seulement les réduire, mais encore les châtier. » (traduction F. Hinard, 2006, CUF)
  
  
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-Cic. //Phil//. II, 26 : //Quid ? C. Cassius, in ea familia natus quae non modo dominatum, sed ne **potentiam** quidem cuiusquam **ferre** potuit, me auctorem, credo, desiderauit.// +  *Cic. //Phil//. II, 26 : //Quid ? C. Cassius, in ea familia natus quae non modo dominatum, sed ne **potentiam** quidem cuiusquam **ferre** potuit, me auctorem, credo, desiderauit.//\\ « Quoi ? C. Cassius, né dans une famille qui n’a jamais pu **supporter**, je ne dis pas la tyrannie, mais même l’**autorité** de qui que ce soit, a eu, j’imagine, besoin d’être inspiré par moi ! » (traduction A. Boulanger et P. Wuilleumier, 1959, CUF)
  
  
-« Quoi ? CCassiusné dans une famille qui n’a jamais pu **supporter**, je ne dis pas la tyrannie, mais même l’**autorité** de qui que ce soit, a euj’imagine, besoin d’être inspiré par moi ! » (traduction A. Boulanger et P. Wuilleumier, 1959, CUF)+  *Cic//Phil//. VII17 : //Quis huius **potentiam** poterit **sustinere**, praesertim cum eosdem in agros etiam deduxerit ?//\\ « Qui pourra **résister à ** sa [Marc-Antoine] **puissance**, surtout quand il aura encore donné des terres à ces mêmes gens ? » (traduction P. Wuilleumier, 1960, CUF)
  
  
-Cic. //Phil//. VII, 17 : //Quis huius **potentiam** poterit **sustinere**, praesertim cum eosdem in agros etiam deduxerit ?//  
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-« Qui pourra **résister à ** sa [Marc-Antoine] **puissance**, surtout quand il aura encore donné des terres à ces mêmes gens ? » (traduction P. Wuilleumier, 1960, CUF) 
 === A.1.3. Terme non connoté ou connoté positivement sur l’échelle axiologique === === A.1.3. Terme non connoté ou connoté positivement sur l’échelle axiologique ===
  
  
-Mais, avec l’évolution et les transformations du régime républicain, et notamment la possibilité pour les plébéiens d’accéder aux plus hautes magistratures (à partir de 367 av. J.-C.), la //potentia// +Mais, avec l’évolution et les transformations du régime républicain, et notamment la possibilité pour les plébéiens d’accéder aux plus hautes magistratures (à partir de 367 av. J.-C.), la //potentia// n’est plus strictement rattachée à des caractéristiques sociales, mais peut aussi s’appliquer à des personnages charismatiques ayant acquis une importance particulière au sein de la cité, soit par leurs victoires à la guerre, soit par leurs actions lorsqu’ils étaient en charge du consulat, comme Pompée sous la plume de Cicéron ; dans le passage suivant, //potentia// se trouve ainsi, exceptionnellement, marqué positivement sur l’échelle axiologique :
  
  
-n’est plus strictement rattachée à des caractéristiques socialesmais peut aussi s’appliquer à des personnages charismatiques ayant acquis une importance particulière au sein de la citésoit par leurs victoires à la guerresoit par leurs actions lorsqu’ils étaient en charge du consulatcomme Pompée sous la plume de Cicéron ; dans le passage suivant, //potentia// se trouve ainsiexceptionnellementmarqué positivement sur l’échelle axiologique :+  *Cic. //Fam.// I911 ://Cum autem in re publica Cn. Pompeius princeps esset uiris qui hanc **potentiam** et gloriam maximis in rem publicam meritis praestantissimisque rebus gestis esset consecutuscuiusque ego dignitatis ab adulescentia fautorin praetura autem et in consulatu adiutor etiam extitissem.//\\ « Mais c’était Pompée qui occupait le premier rang dans l’EtatPompée qui devait sa **puissance** et sa gloire actuelles aux plus éminents services et aux plus belles actionsPompée, dont je m’étais montré partisan dès ma jeunesse, dont je m’étais même fait, pendant ma préture et pendant mon consulat, l’auxiliaire. » (traduction L.-A. Constans, 1950, CUF)
  
  
-Cic. 
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-Fam 
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-. I, 9, 11 : 
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-Cum autem in re publica Cn. Pompeius princeps esset uir, is qui hanc **potentiam** et gloriam maximis in rem publicam meritis praestantissimisque rebus gestis esset consecutus, cuiusque ego dignitatis ab adulescentia fautor, in praetura autem et in consulatu adiutor etiam extitissem. 
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-« Mais c’était Pompée qui occupait le premier rang dans l’Etat, Pompée qui devait sa **puissance** et sa gloire actuelles aux plus éminents services et aux plus belles actions, Pompée, dont je m’étais montré partisan dès ma jeunesse, dont je m’étais même fait, pendant ma préture et pendant mon consulat, l’auxiliaire. » (traduction L.-A. Constans, 1950, CUF) 
 === A.1.4. De la République à l’Empire : évolution de la valeur référentielle === === A.1.4. De la République à l’Empire : évolution de la valeur référentielle ===
  
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-Cic. //Leg//. III, 34 : //Quis autem non sentit omnem **auctoritatem optimatium** tabellariam legem abstulisse ? Quam populus liber numquam desiderauit, idem oppressus dominatu ac **potentia principum** flagitauit. //  +  *Cic. //Leg//. III, 34 : //Quis autem non sentit omnem **auctoritatem optimatium** tabellariam legem abstulisse ? Quam populus liber numquam desiderauit, idem oppressus dominatu ac **potentia principum** flagitauit. //\\ « Qui donc ne se rend pas compte que toute **l’autorité des nobles** a été détruite par la loi des suffrages ? Loi dont le peuple, tant qu’il a été libre, n’a jamais éprouvé le besoin, mais qu’il a exigée quand il s’est trouvé accablé par la tyrannie et **les abus de pouvoir des grands**. » (traduction G. de Plinval, 1959, CUF)
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-« Qui donc ne se rend pas compte que toute **l’autorité des nobles** a été détruite par la loi des suffrages ? Loi dont le peuple, tant qu’il a été libre, n’a jamais éprouvé le besoin, mais qu’il a exigée quand il s’est trouvé accablé par la tyrannie et **les abus de pouvoir des grands**. » (traduction G. de Plinval, 1959, CUF)+
  
  
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-** +Lorsque //potentia// en vient à être orienté vers le haut également sur l’échelle axiologique, c’est encore sa valeur référentielle qui est en jeu : ce marquage positif survient en effet seulement une fois que la puissance est dissociée de ses fondements purement sociaux et qu’elle s’appuie plutôt sur les hauts faits, militaires ou politiques, de « grands hommes » (tel Pompée ci-dessus en Cic. //Fam//. I, 9, 11).
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-Lorsque //potentia// en vient à être orienté vers le haut également sur l’échelle axiologique, c’est encore sa valeur référentielle qui est en jeu : ce marquage positif survient en effet seulement une fois que la puissance est dissociée de ses fondements purement sociaux et qu’elle s’appuie plutôt sur les hauts faits, militaires ou politiques, de « grands hommes » +
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-(tel Pompée ci-dessus en Cic. //Fam//. I, 9, 11). +
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-Fondée sur la haute naissance, la richesse et les appuis, la puissance dénotée par //potentia// est, dans les premiers temps de la République, l’apanage de la classe des //nobiles// (« nobles »), c’est-à-dire des vieilles familles patriciennes parmi lesquelles les différents magistrats sont élus. Or,**** cette //potentia nobilitatis// **** était jugée excessive par les plébéiens ; c’est pourquoi, au terme de luttes contre le patriciat, ils obtinrent la création du tribunat de la plèbe, qui visait à la limiter. Ainsi, dans le //De legibus//, Cicéron condamne la //potentia principum// pour ses abus et l’oppose à l’//auctoritas optimatium//, versant positif de la même réalité extralinguistique, la puissance de fait des nobles :  +
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-Cic. //Leg//. III, 34 : //Quis autem non sentit omnem **auctoritatem optimatium** tabellariam legem abstulisse ? Quam populus liber numquam desiderauit, idem oppressus dominatu ac **potentia principum** flagitauit. //  +
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-« Qui donc ne se rend pas compte que toute **l’autorité des nobles** a été détruite par la loi des suffrages ? Loi dont le peuple, tant qu’il a été libre, n’a jamais éprouvé le besoin, mais qu’il a exigée quand il s’est trouvé accablé par la tyrannie et **les abus de pouvoir des grands**. » (traduction G. de Plinval, 1959, CUF) +
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-Cette application référentielle explique à la fois le marquage évaluatif positif du lexème – la puissance, caractéristique de la classe dominante, est digne d’envie par ce fait même – et son marquage axiologique majoritairement négatif – la puissance, du point de vue de la classe dominée, se traduit par des abus et des injustices.  +
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-Lorsque //potentia// en vient à être orienté vers le haut également sur l’échelle axiologique, c’est encore sa valeur référentielle qui est en jeu : ce marquage positif survient en effet seulement une fois que la puissance est dissociée de ses fondements purement sociaux et qu’elle s’appuie plutôt sur les hauts faits, militaires ou politiques, de « grands hommes » +
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-(tel Pompée ci-dessus en Cic. //Fam//. I, 9, 11). +
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-Ce changement au sein de la valeur référentielle de //potentia// prépare celui qui accompagne le passage de la République à l’Empire. Chez Tacite et Sénèque, //potentia// est employé à propos de l’empereur lui-même, mais aussi des hommes politiques – souvent des affranchis – et des femmes qui l’entourent et exercent sur lui leur influence. De ce fait, ce sont moins les richesses, la haute naissance ou les appuis que la proximité avec la personne même de l’empereur qui fonde la puissance de ces personnages. Là encore, //potentia// est connoté péjorativement dans la majorité de ses occurrences et employé pour disqualifier une puissance perçue non seulement comme excessive et violente, mais, surtout, comme « anormale(( +
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-Terme employé par I. COGITORE (1991, 158-171). +
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-» car non définie et limitée par le droit. +Ce changement au sein de la valeur référentielle de //potentia// prépare celui qui accompagne le passage de la République à l’Empire. Chez Tacite et Sénèque, //potentia// est employé à propos de l’empereur lui-même, mais aussi des hommes politiques – souvent des affranchis – et des femmes qui l’entourent et exercent sur lui leur influence. De ce fait, ce sont moins les richesses, la haute naissance ou les appuis que la proximité avec la personne même de l’empereur qui fonde la puissance de ces personnages. Là encore, //potentia// est connoté péjorativement dans la majorité de ses occurrences et employé pour disqualifier une puissance perçue non seulement comme excessive et violente, mais, surtout, comme « anormale((Terme employé par I. COGITORE (1991, 158-171).))» car non définie et limitée par le droit. 
  
  
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-Tac. +  *Tac. //An.// I, 1, 1 : //Non Cinnae, non Sullae longa dominatio ; et Pompei Crassique 
 +**potentia** cito in Caesarem, Lepidi atque Antonii arma in Augustum cessere, qui cuncta, discordiis ciuilibus fessa, nomine principis sub imperium accepit.//\\ « Ni la domination de Cinna ni celle de Sylla ne furent durables ; de même, **la puissance** de Pompée et de Crassus passa bientôt à César, les armes de Lépide et d’Antoine à Auguste, qui recueillit le monde, fatigué des discordes civiles, sous son pouvoir suprême, en prenant le nom de prince. » (traduction Wuilleumier, 1974, CUF)
  
  
-An+  *Tac. //H.// I, 1, 1 ://Postquam bellatum apud Actium atque **omnem potentiam** ad unum conferri pacis interfuit, magna illa ingenia cessere.//\\ « Mais quand on eut livré la bataille d’Actium et qu’il fallut, dans l’intérêt de la paix, concentrer **tout le pouvoir** sur un seul homme, ces grands génies [les historiens qui ont précédé Tacite] disparurent. » (traduction Wuilleumier, 1974, CUF)
  
  
-I11 : +Dans ces deux passages, //potentia// paraît faire référence au pouvoir officiel du prince, pouvoir qui se transmet d’un dirigeant à l’autreEn réalitél’emploi de //potentia// à la place d’un lexème comme //potestas// est une manière pour Tacite de critiquer la légitimité de ce pouvoir confié aux mains d’un seul homme et fondé sur la violence et la guerre. C’est bien parce quepar ailleurs, //potentia// dénote une puissance non institutionnelle et amorale qu’il peut remplir cette fonction critique ici((Voir I. COGITORE (1991, 158-171).)). 
  
  
-Non Cinnaenon Sullae longa dominatio ; et Pompei Crassique **potentia** +Sénèque emploie également //potentia// à propos du princeen particulier dans le //De clementia//, traité sur la vertu de la clémence dédié à Néron. Il met en avant la //potentia// comme moyen d’action, subordonné à un exercice, comme le signale à quatre reprises l’emploi de //potentia// avec le verbe //exercere// ((Sén. //Clem//. I, 13, 3 et 4 ; //Ir.// III, 16, 2 ; //Helv//. XIV, 2.)). Cela l’amène à employer //potentia// de manière axiologiquement neutre : afin de démontrer à Néron qu’il dépend uniquement de lui de faire un usage juste ou injuste de la puissance, c’est-à-dire de protéger (//seruare//) les citoyens, ou de les faire mettre à mort (//occidere//), il oppose les deux modèles de la puissance divine, toujours bénéfique, et de la puissance de l’incendie et de la destruction, toujours maléfique : 
  
 +  *Sén. //Clem.// I, 26, 5 ://**Haec diuina** potentia est gregatim ac publice seruare ; multos quidem occidere et indiscretos **incendi ac ruinae potentia** est.//\\ « Voici ce qui est une **puissance de marque divine**: sauver en masse et collectivement ; tandis que mettre à mort sans distinction nombre de gens, c’est la **puissance de l’incendie et de la destruction**. » (Traduction Chaumartin, CUF, 2005)
  
-cito in Caesarem, Lepidi atque Antonii arma in Augustum cessere, qui cuncta, discordiis ciuilibus fessa, nomine principis sub imperium accepit. 
  
 +Cependant, cette insistance sur le caractère potentiellement positif de la puissance du prince relève en grande partie de la stratégie discursive, dans le //De clementia//. L’objectif de ce traité est en effet de démontrer à Néron qu’il peut faire un usage juste de la puissance de fait, absolue, qu’il a entre les mains : il aurait été maladroit, dans ces conditions, de condamner sans appel cette puissance. Mais, dans ses autres écrits, lorsque Sénèque emploie //potentia// à propos d’autres personnages, il en fait un usage tout aussi négatif que Tacite.
  
-« Ni la domination de Cinna ni celle de Sylla ne furent durables ; de même, **la puissance** de Pompée et de Crassus passa bientôt à César, les armes de Lépide et d’Antoine à Auguste, qui recueillit le monde, fatigué des discordes civiles, sous son pouvoir suprême, en prenant le nom de prince. » (traduction Wuilleumier, 1974, CUF) 
  
 +-la puissance des éminences grises : « (…) puisque //potentia// désigne une puissance détachée de toute fonction précise, et donc sujette à un développement illimité, ce terme convenait particulièrement pour désigner l’influence anormale de divers personnages agissant en sous-main et imprimant leur marque à l’Empire((I. COGITORE (1991, 165).))», parmi lesquels figurent en bonne place des affranchis assoiffés de puissance((Par exemple Milichus, en Tac. //An//. XV, 54, 4.)), fait nouveau et surprenant pour des hommes habitués aux valeurs et aux hiérarchies républicaines. Selon I. Cogitore, tous les hommes politiques influents auxquels Tacite attribue une //potentia//, les affranchis, mais aussi les chevaliers, ont un lien avec l’empereur, que ce soit par compagnonnage militaire, par des liens familiaux créés par des alliances ou encore par des relations d’adultère((I. COGITORE (1991, 168) : Caius Silius tient sa puissance de sa place dans le lit de Messaline, de même que Macron, qui pousse son épouse dans le lit de Caligula.)). Mais en premier lieu, c’est de leur autorité (//auctoritas//) sur l’empereur qu’ils tiennent cette puissance de fait. 
  
-Tac.  
  
- +-la puissance des femmes : le substantif dénote alors un pouvoir complètement anormal dans la mentalité romaine, une femme n’étant juridiquement pas habilitée à détenir un pouvoir. Chez Tacite, ces femmes sont Livie((Tac. An. IV, 12, 4 ; IV, 21, 1.)), Agrippine l’Aînée((Tac. An. II, 72, 2.)), Messaline((Tac. An. XI, 26, 2.)), Agrippine la Jeune((Tac. An. XII, 3, 1 ; XIV, 1, 3 ; XIV, 2, 1.))ou encore Urgulanie, l’épouse de M. Plautius. Cette puissance leur vient à toutes de leur statut de mère ou d’épouse de l’empereur, ou encore, pour Urgulanie, d’amie de Livie, devenue Julia grâce au testament d’Auguste((Voir I. COGITORE (1991, 165 sqq).)). Pour toutes, potentia est connoté négativement. 
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-Postquam bellatum apud Actium atque **omnem potentiam** ad unum conferri pacis interfuit, magna illa ingenia cessere. +
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-« Mais quand on eut livré la bataille d’Actium et qu’il fallut, dans l’intérêt de la paix, concentrer **tout le pouvoir** sur un seul homme, ces grands génies [les historiens qui ont précédé Tacite] disparurent. » (traduction Wuilleumier, 1974, CUF) +
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-Dans ces deux passages, //potentia// paraît faire référence au pouvoir officiel du prince, pouvoir qui se transmet d’un dirigeant à l’autre. En réalité, l’emploi de //potentia// à la place d’un lexème comme //potestas// est une manière pour Tacite de critiquer la légitimité de ce pouvoir confié aux mains d’un seul homme et fondé sur la violence et la guerre. C’est bien parce que, par ailleurs, //potentia// dénote une puissance non institutionnelle et amorale qu’il peut remplir cette fonction critique ici(( +
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-Voir I. COGITORE (1991, 158-171). +
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-Sénèque emploie également //potentia//  +
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-à propos du prince, en particulier dans le //De clementia//, traité sur la vertu de la clémence dédié à Néron. Il met en avant la //potentia// comme moyen d’action, subordonné à un exercice, comme le signale à quatre reprises l’emploi de //potentia// avec le verbe //exercere//  +
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-Sén. //Clem//. I, 13, 3 et 4 ; //Ir.// III, 16, 2 ; //Helv//. XIV, 2. +
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-. Cela l’amène à employer //potentia// de manière axiologiquement neutre : afin de démontrer à Néron qu’il dépend uniquement de lui de faire un usage juste ou injuste de la puissance, c’est-à-dire de protéger (//seruare//) les citoyens, ou de les faire mettre à mort (//occidere//), il oppose les deux modèles de la puissance divine, toujours bénéfique, et de la puissance de l’incendie et de la destruction, toujours maléfique :  +
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-Cependant, cette insistance sur le caractère potentiellement positif de la puissance du prince relève en grande partie de la stratégie discursive, dans le //De clementia//. L’objectif de ce traité est en effet de démontrer à Néron qu’il peut faire un usage juste de la puissance de fait, absolue, qu’il a entre les mains : il aurait été maladroit, dans ces conditions, de condamner sans appel cette puissance. Mais, dans ses autres écrits, lorsque Sénèque emploie //potentia//  +
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-I. COGITORE (1991, 168) : Caius Silius tient sa puissance de sa place dans le lit de Messaline, de même que Macron, qui pousse son épouse dans le lit de Caligula. +
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--la puissance des femmes  +
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-: le substantif dénote alors un pouvoir complètement anormal dans la mentalité romaine, une femme n’étant juridiquement pas habilitée à détenir un pouvoir. Chez Tacite, ces femmes sont  +
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-((Tac. An. IV, 12, 4 ; IV, 21, 1.)) +
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-((Tac. An. XII, 3, 1 ; XIV, 1, 3 ; XIV, 2, 1.)) +
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-ou encore Urgulanie, l’épouse de M. Plautius. Cette puissance leur vient à toutes de leur statut de mère ou d’épouse de l’empereur, ou encore, pour Urgulanie, d’amie de Livie, devenue Julia grâce au testament d’Auguste +
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-Voir I. COGITORE (1991, 165 sqq). +
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-. Pour toutes, potentia est connoté négativement. +
  
  
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-Attribut jugé sévèrement lorsqu’elle est considérée sous l’angle des relations internes à la cité, la //potentia//  +Attribut jugé sévèrement lorsqu’elle est considérée sous l’angle des relations internes à la cité, la //potentia// constitue en revanche une valeur positive lorsqu’elle s’applique à une cité ou un tat, en particulier à la cité romaine. C’est le cas dans le //De republica// où Cicéron loue Romulus pour avoir avantageusement choisi le site de Rome : 
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-//  +  *Cic. //Rep.// II, 10 : […] //ut mihi iam tum diuinasse ille uideatur hanc urbem sedem aliquando et domum summo esse imperio praebituram ; nam hanc rerum **tantam** **potentiam** non ferme facilius alia ulla in parte Italiae posita urbs tenere potuisset.//\\ « Romulus a donc, me semble-t-il, prévu alors déjà que notre ville serait un jour le centre et le foyer du plus grand des empires ; car il n’y avait guère d’emplacement, dans une autre région de l’Italie, où une ville pût aisément conserver **une telle hégémonie**. » (traduction E. Bréguet, 1980, CUF) 
-constitue en revanche une valeur positive lorsqu’elle s’applique à une cité ou un tat, en particulier à la cité romaineC’est le cas dans le //De republica// où Cicéron loue Romulus pour avoir avantageusement choisi le site de Rome : +
  
  
-Cic. //Rep.// II10 : […] //ut mihi iam tum diuinasse ille uideatur hanc urbem sedem aliquando et domum summo esse imperio praebituram ; nam hanc rerum **tantam** **potentiam** non ferme facilius alia ulla in parte Italiae posita urbs tenere potuisset.// +Dans le //De inuentione//, il définit plus précisément ce qu’il entend par //potentia// lorsque le lexème est appliqué à une //ciuitas//: 
  
  
-« Romulus a doncme semble-t-il, prévu alors déjà +  *Cic. //Inu.// II, 56, 169 : //Quibus rebus non illud solum conficitur, ut saluae et incolumes, uerum etiam ut amplae atque potentes sint ciuitates. Quare utilitatis duae partes uidentur esse, incolumitas et **potentia**. Incolumitas est salutis tuta atque integra conseruatio ; **potentia** est ad sua conseruanda et alterius adtenuanda idonearum rerum facultas.//\\ « Tous ces avantages aboutissent non seulement à protéger et à sauvegarder les tatsmais aussi à les rendre grands et puissants. Aussi il semble qu’il y ait deux parties dans l’utile : la sécurité et **la puissance**. La sécurité consiste à garantir d’une manière sûre et complète notre salut ; **la puissance** est la possibilité de disposer des moyens suffisants pour conserver nos biens et diminuer ceux des autres. » (traduction G. Achard, 1994CUF)
  
  
-que notre ville serait un jour le centre et le foyer du plus grand des empires ; car il n’y avait guère d’emplacement, dans une autre région de l’Italieoù une ville pût aisément conserver **une telle hégémonie**. » (traduction EBréguet1980CUF) +La //potentia// est définie comme une //facultas//c’est-à-dire une « faculté » ou une « possibilité ». Cette définition met en valeur la dimension conquérante de la puissance : elle s’exerce toujours sur un autre tatou du moins dans sa direction. En celaelle est l’envers de l’//incolumitas //: la sécurité constitue en quelque sorte une force de résistance contre une force antagoniste venant de l’extérieur, alors que la puissance est une force venue de l’intérieur qui s’exerce vers l’extérieur. 
  
  
-Dans le //De inuentione//il définit plus précisément ce qu’il entend par //potentia// +Plus haut dans le texte, Cicéron définit les « moyens suffisants (//idoneae res//) » 
 +qui constituent concrètement la puissance d’un tat : il s’agit d’éléments « extérieurs » tels que « la beauté et la grandeur exceptionnelle d’une ville » (//urbis egregia exornatio atque amplitudo//), « une richesse extraordinaire » (//excellens pecuniae magnitudo quaedam//), « un grand nombre d’amis et d’alliés » (//amicitiarum ac societatum multitudo//)((Cic. //Inu//. II, 56, 168.)). 
  
  
-lorsque le lexème est appliqué à une //ciuitas//+Ces éléments ne sont pas sans rapport avec ceux qui fondent la puissance d’un individu, et qui ont été décrits précédemment : nous retrouvons notamment les richesses (//diuitiae, pecunia//) et les appuis (//opes//). Quant au premier élément, qui se résume en fait au prestige d’une cité, il correspond au niveau individuel au prestige social lié à une haute naissance (//genus//, //cognatio//). 
  
  
-Cic. +//Potentia// continue de dénoter la puissance de Rome chez les auteurs de l’époque impériale : on trouve ainsi le syntagme //potentia Romana// chez Virgile (1 occ.), Ovide (3 occ.), Lucain (1 occ.), ou encore Tacite (3 occ.). 
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-Quibus rebus non illud solum conficitur, ut saluae et incolumes, uerum etiam ut amplae atque potentes sint ciuitates. Quare utilitatis duae partes uidentur esse, incolumitas et **potentia**  +
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-. Incolumitas est salutis tuta atque integra conseruatio ; **potentia** est ad sua conseruanda et alterius adtenuanda idonearum rerum facultas +
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-« Tous ces avantages aboutissent non seulement à protéger et à sauvegarder les tats, mais aussi à les rendre grands et puissants. Aussi il semble qu’il y ait deux parties dans l’utile : la sécurité et **la puissance**. La sécurité consiste à garantir d’une manière sûre et complète notre salut ; **la puissance** est la possibilité de disposer des moyens suffisants pour conserver nos biens et diminuer ceux des autres. » (traduction G. Achard, 1994, CUF) +
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-est définie comme une //facultas//, c’est-à-dire une « faculté » ou une « possibilité ». Cette définition met en valeur la dimension conquérante de la puissance : elle s’exerce toujours sur un autre tat, ou du moins dans sa direction. En cela, elle est l’envers de l’//incolumitas //: la sécurité constitue en quelque sorte une force de résistance contre une force antagoniste venant de l’extérieur, alors que la puissance est une force venue de l’intérieur qui s’exerce vers l’extérieur.  +
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-d’éléments « extérieurs » tels que « la beauté et la grandeur exceptionnelle d’une ville » (//urbis egregia exornatio atque amplitudo//  +
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-Ces éléments ne sont pas sans rapport avec ceux qui fondent la puissance d’un individu, et qui ont été décrits précédemment : nous retrouvons notamment les richesses (//diuitiae//  +
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-//Potentia// continue de dénoter la puissance de Rome chez les auteurs de l’époque impériale : on trouve ainsi le syntagme //potentia//  +
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 Dans les textes poétiques notamment, //potentia// est souvent usité à propos de dieux ou de déesses ; dans l’exemple suivant, il s’agit de Junon : Dans les textes poétiques notamment, //potentia// est souvent usité à propos de dieux ou de déesses ; dans l’exemple suivant, il s’agit de Junon :
- +Ov. //M. // II, 520-523 : //O ego quantum egi ! Quam uasta **potentia nostra** est ! esse hominem uetui : facta est dea. Sic ego poenas sontibus inpono, sic est mea magna potestas !//\\ « Ah ! Qu’ai-je fait ? Que **ma puissance** est donc grande ! Je n’ai pas voulu qu’elle restât une créature humaine et elle est devenue déesse ! Voilà comment je châtie les coupables, voilà jusqu’où va mon pouvoir ! » (traduction G. Lafaye, 1992, Gallimard)
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-Ov. //M. // II, 520-523 :  +
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-« Ah ! Qu’ai-je fait ? Que **ma puissance** est donc grande ! Je n’ai pas voulu qu’elle restât une créature humaine et elle est devenue déesse ! Voilà comment je châtie les coupables, voilà jusqu’où va mon pouvoir ! » (traduction G. Lafaye, 1992, Gallimard)+
  
  
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-//Potentia// est employé également dans la //Bible// pour dénoter la puissance de Dieu. Dans la //Vulgate//, il traduit alors le lexème grec  +//Potentia// est employé également dans la //Bible// pour dénoter la puissance de Dieu. Dans la //Vulgate//, il traduit alors le lexème grec κράτος, tandis que lat. //omnipotens// sert à rendre gr. παντοκράτωρ : les dix occurrences de l’adjectif grec qui figurent dans le //Nouveau Testament // – dont neuf dans l’//Apocalypse// – sont rendues par //omnipotens//, qui ne traduit pas d’autre terme grec. Cet emploi de //potentia// et de sa famille est aussi celui des auteurs chrétiens, comme Tertullien dans ce passage du //Contre Marcion//:
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-ont rendues par //omnipotens//, qui ne traduit pas d’autre terme grec. Cet emploi de //potentia// et de sa famille est aussi celui des auteurs chrétiens, comme Tertullien dans ce passage du //Contre Marcion//: +
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-Tert. //Marc//. 2, 5, 3 (éd. Braun) : //Opera Creatoris utrumque testantur, et bonitatem eius, qua bona, sicut ostendimus, et **potentiam**, qua tanta, et quidem ex nihilo. // […]//Postremo uel sic magna, dum bona, uel sic Deus **potens**, dum omnia ipsius, unde et **omnipotens** //.+
  
  
-« Les œuvres du Créateur attestent tout ensemble et sa bonté, puisqu’elles sont bonnes comme nous l’avons montré, et sa **puissance**, puisqu’elles sont si grandes, étant même produites de rien. […] Et enfin aussi, elles sont grandes en ce sens qu’elles sont bonnes, et Dieu est **puissant** en ce sens que tout lui appartient, d’où son nom de **Tout-Puissant**. » (traduction R. Braun, 1991, Cerf-Sources chrétiennes)+  *Tert. //Marc//. 2, 5, 3 (éd. Braun) : //Opera Creatoris utrumque testantur, et bonitatem eius, qua bona, sicut ostendimus, et **potentiam**, qua tanta, et quidem ex nihilo. // […]//Postremo uel sic magna, dum bona, uel sic Deus **potens**, dum omnia ipsius, unde et **omnipotens** //.\\ « Les œuvres du Créateur attestent tout ensemble et sa bonté, puisqu’elles sont bonnes comme nous l’avons montré, et sa **puissance**, puisqu’elles sont si grandes, étant même produites de rien. […] Et enfin aussi, elles sont grandes en ce sens qu’elles sont bonnes, et Dieu est **puissant** en ce sens que tout lui appartient, d’où son nom de **Tout-Puissant**. » (traduction R. Braun, 1991, Cerf-Sources chrétiennes)
  
  
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-// +//Potentia//fait aussi référence à la puissance divine qui, contrairement à la puissance des hommes, est, selon Sénèque, toujours bénéfique :
-Potentia +
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-fait aussi référence à la puissance divine qui, contrairement à la puissance des hommes, est, selon Sénèque, toujours bénéfique :+
  
  
-Sén.+  *Sén. //Ben.// VII, 31, 4 : //Nihilo minus tamen more optimorum parentium, qui maledictis suorum infantium adrident, non cessant di beneficia congerere de beneficiorum auctore dubitantibus, sed aequali tenore bona sua per gentes populosque distribuunt, **unam potentiam**, prodesse, sortiti.//\\ « Néanmoins et malgré tout, à la manière des parents excellents qui accueillent par un sourire les paroles injurieuses de leurs petits enfants, les dieux ne s’arrêtent pas de faire pleuvoir les bienfaits sur ceux qui mettent en doute l’existence du bienfaiteur ; ils continuent régulièrement la distribution de leurs trésors aux nations et aux peuples, n’ayant reçu en partage que **le seul pouvoir** d’être utiles. » (traduction Préchac, 1961, CUF)
  
  
-Ben. +Chez Sénèque et plus généralement chez les stoïciens, les dieux ou le dieu sont immanents et se confondent avec la nature (//natura//), mais aussi avec le destin (//fatum//) et la fortune (//fortuna//) (voir Sén. //Ben//. IV, 8, 2-3)Les occurrences de //potentia// faisant référence à la puissance des dieux, de la fortune ou de la nature représentent une bonne partie des occurrences du lexème chez les stoïciens Sénèque et Pline l’Ancien (9 sur 26 chez ce dernier) :
  
  
-VII31+  *Plin. //Nat.// IIV (8)27 //Per quae declaratur haud dubie **naturae potentia** idque esse quod deum uocemus.//\\ « Tout cela montre sans aucun doute **la puissance de la nature** et son identité avec ce que nous appelons ‘Dieu’. » (traduction Beaujeu, 1950, CUF)
  
  
-Nihilo minus tamen more optimorum parentium, qui maledictis suorum infantium adrident, non cessant di beneficia congerere de beneficiorum auctore dubitantibus, sed aequali tenore bona sua per gentes populosque distribuunt, **unam potentiam**, prodesse, sortiti.  +Dans cet emploi, la nature faisant continuellement l’objet de l’émerveillement du naturaliste((Voir par exemple Plin. //Nat. // XXXII, 6, où la nature est dite « admirable » : //spectabili naturae potentia//.)), //potentia// n’a plus aucune valeur péjorative et ne réfère qu’à la toute-puissance de la nature, qui agit et qui se manifeste à l’intérieur du monde et dans tous les éléments qui le composent. 
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-« Néanmoins et malgré tout, à la manière des parents excellents qui accueillent par un sourire les paroles injurieuses de leurs petits enfants, les dieux ne s’arrêtent pas de faire pleuvoir les bienfaits sur ceux qui mettent en doute l’existence du bienfaiteur ; ils continuent régulièrement la distribution de leurs trésors aux nations et aux peuples, n’ayant reçu en partage que **le seul pouvoir** d’être utiles. » (traduction Préchac, 1961, CUF) +
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-Chez Sénèque et plus généralement chez les stoïciens, les dieux ou le dieu sont immanents et se confondent avec la nature (//natura//  +
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-), mais aussi avec le destin (//fatum//) et la fortune (//fortuna//) (voir Sén. //Ben//. IV, 8, 2-3). Les occurrences de //potentia//  +
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-faisant référence à la puissance des dieux, de la fortune ou de la nature représentent une bonne partie des occurrences du lexème chez les stoïciens Sénèque et Pline l’Ancien (9 sur 26 chez ce dernier) : +
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-Per quae declaratur haud dubie **naturae potentia**  +
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-idque esse quod deum uocemus.  +
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-« Tout cela montre sans aucun doute **la puissance de la nature** et son identité avec ce que nous appelons ‘Dieu’. » (traduction Beaujeu, 1950, CUF) +
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-Dans cet emploi, la nature faisant continuellement l’objet de l’émerveillement du naturaliste +
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-Voir par exemple Plin. //Nat. // XXXII, 6, où la nature est dite « admirable » : //spectabili naturae potentia//  +
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-Sén.+  *Sén. //Nat.// II, 31, 1 : //Ceterum mira fulminis, si intueri uelis, opera sunt nec quicquam dubii relinquentia quin **diuina** sit illius **ac subtilis potentia**.//\\ « Les effets de la foudre, si l’on veut bien y prendre garde, sont surprenants ; ils ne permettent pas de douter qu’il n’y ait en elle **une subtile et merveilleuse puissance**. » (traduction P. Oltramare, 1929, CUF)
  
  
-Nat. +//Potentia// fait aussi référence à la puissance des astres, des quatre éléments, des végétaux, des minéraux et des animaux, dont les hommes peuvent tirer des substances susceptibles d’avoir une efficacité :
  
  
-II, 31, 1 +-les astres (//potentia// est alors complété par un syntagme prépositionnel introduit par //ad// pour indiquer ce sur quoi la puissance est exercée) :
  
  
-Ceterum mira fulminissi intueri uelisopera sunt nec quicquam dubii relinquentia quin **diuina** sit illius **ac subtilis potentia** +  *Plin. //Nat.// I//libro II cont.//CII-CIII ://Quae **potentia** lunae **ad** terrena et marina. Quae solis.//\\ « Quelle est **l’influence** de la lune **sur** terre et dans la mer ? Quelle est celle du soleil ? » (traduction Beaujeu, CUF, 1950)
  
  
-+-l’air ; dans cet exemple, le « contenu » de la puissance de l’air qui se trouve dans la terre, vicié par les séismes, est développé par une proposition au subjonctif introduite par //ut//Cette occurrence constitue en cela un cas limite entre le sens A et le sens B de « capacité intrinsèque de »: 
  
  
-« Les effets de la foudre, si l’on veut bien y prendre garde, sont surprenants ; ils ne permettent pas de douter qu’il n’y ait en elle **une subtile et merveilleuse puissance**. » (traduction P. Oltramare, 1929, CUF) +  *Sén. //Nat.// VI, 28, 2 : //Hic spiritus, quamdiu terra se continet, tenui foramine fluens non plus **potentiae** habet quam ut despectantia et ultro sibi illata conficiat.//\\ « Ce souffle, tant que la terre se maintient, s’écoulant par une ouverture étroite, n’a pas plus de**puissance** que <celle qu’il faut> pour tuer les animaux qui regardent vers le bas et qui d’eux-mêmes ont avancé jusqu’à lui. » (traduction P. Lecaudé)
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-fait aussi référence à la puissance des astres, des quatre éléments, des végétaux, des minéraux et des animaux, dont les hommes peuvent tirer des substances susceptibles d’avoir une efficacité : +
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-est alors complété par un syntagme prépositionnel introduit par //ad// pour indiquer ce sur quoi la puissance est exercée) : +
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-« Quelle est **l’influence** de la lune **sur** terre et dans la mer ? Quelle est celle du soleil ? » (traduction Beaujeu, CUF, 1950) +
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--l’air ; dans cet exemple, le « contenu » de la puissance de l’air qui se trouve dans la terre, vicié par les séismes, est développé par une proposition au subjonctif introduite par //ut//. Cette occurrence constitue en cela un cas limite entre le sens A et le sens B de « capacité intrinsèque de »////:  +
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-Hic spiritus, quamdiu terra se continet, tenui foramine fluens non plus **potentiae** habet quam ut despectantia et ultro sibi illata conficiat. +
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-« Ce souffle, tant que la terre se maintient, s’écoulant par une ouverture étroite, n’a pas plus de**puissance** que <celle qu’il faut> pour tuer les animaux qui regardent vers le bas et qui d’eux-mêmes ont avancé jusqu’à lui. » (traduction P. Lecaudé)+
  
  
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-Plin. Mai.,  +  *Plin. Mai., //Nat. Hist.// XXXII, 5 : //Nos plurium opiniones posuimus in natura aquatilium, cum de eo diceremus, nec dubitamus idem ualere omnia ea genera, cum celebri et consecrato etiam exemplo apud Cnidiam Venerem conchas quoque esse **eiusdem potentiae** credi necesse sit.//\\ « Nous avons inséré l’opinion de plusieurs personnes dans l’étude des bêtes aquatiques, quand nous avons parlé de ce poisson ; et nous ne doutons pas que toutes les bêtes de cette sorte n’aient le même pouvoir, puisqu’un autre exemple célèbre, celui des coquillages consacrés dans le temple de Vénus à Cnide, nous oblige à leur attribuer **la même puissance**. » (traduction E. Saint-Denis, 1966, CUF)
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-aquatilium, cum de eo diceremus, nec dubitamus idem ualere omnia ea genera, cum celebri et consecrato etiam exemplo apud Cnidiam Venerem conchas quoque esse **eiusdem potentiae** credi necesse sit.  +
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-« Nous avons inséré l’opinion de plusieurs personnes dans l’étude des bêtes aquatiques, quand nous avons parlé de ce poisson ; et nous ne doutons pas que toutes les bêtes de cette sorte n’aient le même pouvoir, puisqu’un autre exemple célèbre, celui des coquillages consacrés dans le temple de Vénus à Cnide, nous oblige à leur attribuer **la même puissance**. » (traduction E. Saint-Denis, 1966, CUF) **** +
  
  
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-Plin.  +  *Plin. //Nat.// XXV, 53, 94 : //**Potentia** **earum** per quadripedes etiamnum duobus claris exemplis manifesta fit. Circa Abderam et limitem qui Diomedis uocatur, equi pasti inflammantur rabie, circa Potnias uero et asini.//\\ « **La puissance des herbes** se manifeste encore par les quadrupèdes dans deux exemples frappants : aux environs d’Abdère et de l’endroit appelé ‘Sentier de Diomède’, les chevaux, après la pâture, deviennent enragés ; aux environs de Potniae, ce sont aussi les ânes. » (traduction J. André, 1974, CUF)
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-**earum** per quadripedes etiamnum duobus claris exemplis manifesta fit. Circa Abderam et limitem qui Diomedis uocatur, equi pasti inflammantur rabie, circa Potnias uero et asini.  +
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-« **La puissance des herbes** se manifeste encore par les quadrupèdes dans deux exemples frappants : aux environs d’Abdère et de l’endroit appelé ‘Sentier de Diomède’, les chevaux, après la pâture, deviennent enragés ; aux environs de Potniae, ce sont aussi les ânes. » (traduction J. André, 1974, CUF)+
  
  
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-Plin.  +  *Plin. //Nat.// XXXVII, 10, 142 : //Aliae apud Magos differentiae sunt in iis : quae leoninis pellibus similes reperiuntur, **potentiam** habere **contra** scorpiones dicunt.//\\ « Dans les écrits des Mages, il y a d’autres distinctions : d’après eux celles qu’on trouve ressemblant à des peaux de lions ont de **l’efficacité contre** les scorpions. » (traduction E. Saint-Denis, CUF, 1972)
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-XXXVII, 10, 142 :  +
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-Aliae apud Magos differentiae sunt in iis : quae leoninis pellibus similes reperiuntur, **potentiam** habere **contra** scorpiones dicunt.  +
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-« Dans les écrits des Mages, il y a d’autres distinctions : d’après eux celles qu’on trouve ressemblant à des peaux de lions ont de **l’efficacité contre** les scorpions. » (traduction E. Saint-Denis, CUF, 1972)+
  
  
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-Plin. +  *Plin. //Nat.// XXV, 53, 93 : //Minoris effectus statim intelligitur ; dictamnum enim minima portione accendit os. Qui legere eas, in ferula aut harundine condunt praeligantque, nen **potentia** euanescat.//\\ « On reconnaît dès l’abord qu’il est moins efficace, car la moindre partie du vrai dictame enflamme la bouche. Ceux qui l’[le dictame] ont cueilli, le placent dans une férule ou un roseau et l’enferment de peur que **sa propriété** s’évanouisse. » (traduction J. André, 1974, CUF)
  
  
-Nat+Pline distingue ici l’efficacité (//effectus//) de la plante, qui est moindre que celle du dictame, et sa propriété intrinsèque, imperceptible, mais responsable de son efficacité, //potentia//.
  
  
-XXV53, 93 +Dans l’exemple suivant de Sénèque//potentia// est qualifié par //medicata// et dénote expressément la puissance médicinale 
  
  
-Minoris effectus+  *Sén. //Nat.// III, 20, 2 : //Hae causae saporem dant aquis uarium, hae **medicatam potentiam**, hae grauem spiritum odoremque pestiferum grauitatemque, <hae> aut calorem nimium aut rigorem.//\\ « Ces causes donnent aux eaux leur saveur variée, leur **puissance médicinale**, leur exhalaison désagréable, leur odeur infecte et leur densité, ainsi que leur chaleur ou leur fraîcheur excessive. » (traduction P. Lecaudé) 
  
  
-statim intelligitur ; dictamnum enim minima portione accendit os. Qui legere easin ferula aut harundine condunt praeligantque, ne **potentia**  +Le sème /médicinal/ est également actualisé par le cotexte dans un texte qui relève pourtant d’un autre genre littéraireles //Métamorphoses// d’Ovide : dans les vers suivantsApollon, l’inventeur de la médecine, déplore de ne pas pouvoir se servir de la puissance médicinale des plantes pour son propre mal. L’isotopie((L’isotopie est définie par F. RASTIER (1991, 248 (glossaire)) comme « l’effet de la récurrence syntagmatique d’un même sème ».))du sème /médicinal/ au sein des lexèmes //medicina//, //sanabilis//, //prosunt// et //artes//, par propagation((F. RASTIER, CAVAZZA, ABEILLE (1994, 89) considèrent la « propagation » de sèmes afférents contextuels comme une des trois « opérations interprétatives », avec l’ « actualisation » de sèmes afférents et la « virtualisation » de sèmes inhérents.)), l’actualise pour //potentia// :
-**+
  
  
-**  +Ov. //M.// I, 521-524 : //Inuentum medicina meum est, opiferque per orbem dicor, et **herbarum** subiecta **potentia** nobis : ei mihi, quod nullis amor est sanabilis herbis, nec prosunt domino, quae prosunt omnibus, artes !//\\ « J’ai inventé la médecine et l’on parle de mes bienfaits par le monde / Et **le pouvoir des plantes** est soumis à ma loi. / Hélas pour moi ! Aucune plante ne peut guérir cet amour / Et l’art si efficace pour tous est inefficace pour son maître. » (traduction Robert, 2001, Actes Sud)
-euanescat +
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-« On reconnaît dès l’abord qu’il est moins efficace, car la moindre partie du vrai dictame enflamme la bouche. +
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-Ceux qui l’[le dictame] ont cueilli, le placent dans une férule ou un roseau et l’enferment de peur que **sa propriété** s’évanouisse. » (traduction J. André, 1974, CUF) +
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-Pline distingue ici l’efficacité (//effectus//  +
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-) de la plante, qui est moindre que celle du dictame, et sa propriété intrinsèque, imperceptible, mais responsable de son efficacité, //potentia//  +
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-Dans l’exemple suivant de Sénèque, //potentia//  +
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-est qualifié par //medicata// et dénote expressément la puissance médicinale :  +
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-Nat.  +
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-III, 20, 2 :  +
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-Hae causae saporem dant aquis uarium, hae **medicatam potentiam**, hae grauem spiritum odoremque pestiferum grauitatemque, <hae> aut calorem nimium aut rigorem.  +
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-« Ces causes donnent aux eaux leur saveur variée, leur **puissance médicinale**, leur exhalaison désagréable, leur odeur infecte et leur densité, ainsi que leur chaleur ou leur fraîcheur excessive. » (traduction P. Lecaudé)  +
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-Le sème /médicinal/ est également actualisé par le cotexte dans un texte qui relève pourtant d’un autre genre littéraire, les //Métamorphoses// d’Ovide : dans les vers suivants, Apollon, l’inventeur de la médecine, déplore de ne pas pouvoir se servir de la puissance médicinale des plantes pour son propre mal. L’isotopie +
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-L’isotopie est définie par F. RASTIER (1991, 248 (glossaire)) comme « l’effet de la récurrence syntagmatique d’un même sème ». +
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-du sème /médicinal/ au sein des lexèmes //medicina//, //sanabilis//, //prosunt// et //artes//, par propagation +
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-F. RASTIER, CAVAZZA, ABEILLE (1994, 89) considèrent la « propagation » de sèmes afférents contextuels comme une des trois « opérations interprétatives », avec l’ « actualisation » de sèmes afférents et la « virtualisation » de sèmes inhérents. +
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-, l’actualise pour //potentia//  +
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-ei mihi, quod nullis amor est sanabilis herbis,  +
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-« J’ai inventé la médecine et l’on parle de mes bienfaits par le monde / Et **le pouvoir des plantes** est soumis à ma loi. / Hélas pour moi ! Aucune plante ne peut guérir cet amour / Et l’art si efficace pour tous est inefficace pour son maître. » (traduction Robert, 2001, Actes Sud)+
  
  
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-Des différents emplois précédents, où //potentia// est caractérisé par son « incomplétude référentielle » ou sa « syncatégorématicité » +Des différents emplois précédents, où //potentia// est caractérisé par son « incomplétude référentielle » ou sa « syncatégorématicité »((Cf. R. MARTIN (1996, 45) : « Les substantifs syncatégorématiques sont le lieu d’une incomplétude référentielle. Substantifs ‘prédicatifs’ [nous dirions plutôt ‘noms de procès’], et en ce sens référentiellement dépendants, ils sont en attente d’application (la tristesse est forcément celle de quelqu’un), même en emploi absolu (//Il ne faut pas cultiver la tristesse //: cela est supposé vrai de n’importe qui). »)), dérivent, par métonymie, plusieurs emplois où le lexème est au contraire « catégorématique », où il n’est plus la caractéristique //de// quelqu’un ou //de// quelque chose, mais réfère en lui-même à une entité autonome. 
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-Cf. R. MARTIN (1996, 45) : « Les substantifs syncatégorématiques sont le lieu d’une incomplétude référentielle. Substantifs ‘prédicatifs’ [nous dirions plutôt ‘noms de procès’], et en ce sens référentiellement dépendants, ils sont en attente d’application (la tristesse est forcément celle de quelqu’un), même en emploi absolu (//Il ne faut pas cultiver la tristesse //: cela est supposé vrai de n’importe qui). » +
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-, dérivent, par métonymie, plusieurs emplois où le lexème est au contraire « catégorématique », où il n’est plus la caractéristique //de// quelqu’un ou //de// quelque chose, mais réfère en lui-même à une entité autonome. +
  
  
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-Virg. //En//. I, 664 :  +  *Virg. //En//. I, 664 : (//Venus apud Amorem//) //Nate, meae uires, **mea magna potentia** // […]\\ « [Vénus à l’Amour] Mon fils, lui-dit-elle, toi qui es ma force et **ma grande puissance** […] » (traduction A. Bellesort, 1925, CUF)
- +
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-(//Venus apud Amorem//) //Nate, meae uires, **mea magna potentia** // […] +
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-« [Vénus à l’Amour] Mon fils, lui-dit-elle, toi qui es ma force et **ma grande puissance** […] » (traduction A. Bellesort, 1925, CUF)+
  
  
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-// +  *//Ps.// 135, 15 (cod. 400) : //Et excussit Pharaonem et omnem **potentiam** eius in mari rubro//\\ « Y [dans la mer des Joncs] culbutant Pharaon et son **armée** » (traduction Bible de Jérusalem, 1973, Cerf)
-Ps. +
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-135, 15 (cod. 400) : //Et// //excussit Pharaonem et omnem **potentiam** eius in mari rubro//  +
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-« Y [dans la mer des Joncs] culbutant Pharaon et son **armée** » (traduction Bible de Jérusalem, 1973, Cerf) +
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-Tac. //An//. 13, 34, 2 : //Eius anni principio, mollibus adhuc initiis prolatatum inter Parthos Romanosque de obtinenda Armenia, bellum acriter sumitur, quia nec Vologaeses sinebat fratrem Tiridaten dati a se regni expertem esse aut **alienae ** id  +  *Tac. //An//. 13, 34, 2 : //Eius anni principio, mollibus adhuc initiis prolatatum inter Parthos Romanosque de obtinenda Armenia, bellum acriter sumitur, quia nec Vologaeses sinebat fratrem Tiridaten dati a se regni expertem esse aut **alienae ** id **potentiae** donum habere// […].\\ « Au début de cette année, la guerre, jusqu’ici mollement engagée et traînée en longueur entre les Parthes et les Romains pour la possession de l’Arménie, est menée avec vigueur, parce que, d’une part, Vologèse n’admettait pas que son frère Tiridate fût privé d’un royaume qu’il tenait de lui ou qu’il le dût à la générosité d’une **puissance étrangère** [= Néron ou, plus largement, l’empire romain] […]. » (traduction P. Wuilleumier, 1978, CUF)
-**potentiae** donum habere  +
-//  +
-[…] +
-. +
- +
- +
-« Au début de cette année, la guerre, jusqu’ici mollement engagée et traînée en longueur entre les Parthes et les Romains pour la possession de l’Arménie, est menée avec vigueur, parce que, d’une part, Vologèse n’admettait pas que son frère Tiridate fût privé d’un royaume qu’il tenait de lui ou qu’il le dût à la générosité d’une **puissance étrangère** [= Néron ou, plus largement, l’empire romain] […]. » (traduction P. Wuilleumier, 1978, CUF)+
  
  
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-Sén.  +  *Sén. //Nat.//II, 13, 3 : //Non eunt tamen, sed feruntur ; aliqua illos **potentia** deprimit.//\\ « Cependant ces feux sont entraînés, ils ne vont pas d’eux-mêmes. Ils subissent une **force** qui les oblige à descendre. » (Traduction P. Oltramare, 1929, CUF)
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-Non eunt tamen, sed feruntur ; aliqua illos **potentia**  +
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-« Cependant ces feux sont entraînés, ils ne vont pas d’eux-mêmes. Ils subissent une **force** qui les oblige à descendre. » (Traduction P. Oltramare, 1929, CUF)+
  
  
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-Arn. //Nat//. I, 42, 3 :  +  *Arn. //Nat//. I, 42, 3 : //Deus, respondebimus, et **interiorum potentiarum** deus et//   
-// +[…] //rei maximae causa a summo rege ad nos missus//.\\ « Oui, Dieu, répondrons-nous, et Dieu des **puissances intérieures** et […] c’est pour la mission la plus importante qu’il nous a été envoyé par le Roi suprême. » (traduction H. Le Bonniec, 1982, CUF)
-Deus, respondebimus, et **interiorum potentiarum** deus et  +
-//  +
-[…] //rei maximae causa a summo rege ad nos missus//.+
  
  
-« Oui, Dieu, répondrons-nous, et Dieu des **puissances intérieures** et […] c’est pour la mission la plus importante qu’il nous a été envoyé par le Roi suprême. » (traduction H. Le Bonniec, 1982, CUF)+• le résultat de la puissancepar exemple les miracles accomplis par Dieu dans l’une des anciennes versions latines de la //Bible// (où la Vulgate traduit par //uirtus//:
  
  
-• le résultat de la puissancepar exemple les miracles accomplis par Dieu +  *//Ps//. 2014 (cod. 136 Cas.) : //psallimus **potentias ** tuas // (source : //TLL//)\\ « Nous chanterons tes **miracles**. »
  
  
-dans l’une des anciennes versions latines de la //Bible// (où la Vulgate traduit par //uirtus//) :+• le lieu de la puissance, par exemple le paradis, lieu où la puissance de Dieu se manifeste, comme dans cette phrase extraite d’une Passion de martyrs 
  
  
-//Ps//. 20, 14 (cod. 136 Cas.) : //psallimus **potentias ** tuas // (source : //TLL//) +  *//Pass. Prim. Felician// (//BHL// 6922) 6 p.153f : //mereberis introire **in potentias** domini.// \\ « Tu seras digne d’entrer **là où règne la puissance** du seigneur. » (traduction P. Lecaudé)
- +
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-« Nous chanterons tes **miracles**. » +
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-• le lieu de la puissance, par exemple le paradis, lie +
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-u où la puissance de Dieu se manifeste, comme dans cette phrase extraite d’une Passion de martyrs :  +
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-Pass. Prim. Felician +
-//  +
-(//BHL// 6922) 6 p.153f : //mereberis introire **in potentias** domini.//  +
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-« Tu seras digne d’entrer **là où règne la puissance** du seigneur. » (traduction P. Lecaudé)+
  
  
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-Bien qu’il n’emploie guère //potentia// +Bien qu’il n’emploie guère //potentia//, Tite-Live présente la première occurrence du substantif complété par un syntagme au génitif objectif constitué par un substantif et un adjectif verbal : 
  
  
-Tite-Live présente la première occurrence du substantif complété par un syntagme au génitif objectif constitué par un substantif et un adjectif verbal : +  *Liv. XXI54, 9 : //Vt uero refugientes Numidas insequentes aquam ingressi sunt – et erat pectoribus tenus aucta nocturno imbri – tum utique egressis rigere omnibus corpora ut **uix** **armorum tenendorum potentia** esset, et simul lassitudine et procedente iam die fame etiam deficere.//\\ « Dès que, poursuivant les Numides qui fuyaient, ils entrèrent dans l’eau – celle-ci leur montait jusqu’à la poitrine, car la pluie de la nuit avait grossi le débit – et, en tout cas, quand ils en sortirent, tous furent transis au point **qu’ils pouvaient à peine tenir leurs armes**; en même temps,  ils défaillaient de fatigue et même, car le jour s’avançait, de faim. » (traduction P. Jal, 1988, CUF)
  
  
-Liv. XXI, 54, 9 :  +Plus littéralement, //ut uix armorum tenendorum potentia esset// se traduirait par « de sorte qu’ils avaient à peine la capacité de tenir leurs armes » : la construction est similaire à celle de //[[potestas]]// lorsqu’il est complété par un gérondif au génitif et sujet d’//esse//, avec un complément d’attribution au datif. Mais alors que //[[potestas]]// dénote principalement une possibilité d’agir octroyée par un tiers ou fondée sur des circonstances extérieures au sujet, //potentia// fait référence à une capacité intrinsèque, qui est ici une capacité physique. 
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-Vt uero refugientes Numidas insequentes aquam ingressi sunt – et erat pectoribus tenus aucta nocturno imbri – tum utique egressis rigere omnibus corpora ut **uix** **armorum tenendorum potentia**  +
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-esset, et simul lassitudine et procedente iam die fame etiam deficere.  +
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-« Dès que, poursuivant les Numides qui fuyaient, ils entrèrent dans l’eau – celle-ci leur montait jusqu’à la poitrine, car la pluie de la nuit avait grossi le débit – et, en tout cas, quand ils en sortirent, tous furent transis au point **qu’ils pouvaient à peine tenir leurs armes**; en même temps,  ils défaillaient de fatigue et même, car le jour s’avançait, de faim. » ( +
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-traduction P. Jal, 1988, CUF) +
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-Plus littéralement, //ut uix armorum tenendorum potentia//  +
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-se traduirait par « de sorte qu’ils avaient à peine la capacité de tenir leurs armes » : la construction est similaire à celle de [[//potestas//]] +
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-lorsqu’il est complété par un gérondif au génitif et sujet d’//esse//, avec un complément d’attribution au datif. Mais alors que [[//potestas//]] dénote principalement une possibilité d’agir octroyée par un tiers ou fondée sur des circonstances extérieures au sujet, //potentia// fait référence à une capacité intrinsèque, qui est ici une capacité physique. +
  
  
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-Tac.+  *Tac. //An.// VI, 8, 4 : //Spectamus porro quae coram habentur, cui ex te opes, honores, quis plurima **iuuandi nocendiue** **potentia**, quae Seiano fuisse nemo negauerit.//\\ « De plus, nous voyons ce qui frappe nos yeux, à qui tu dispenses richesses et honneurs, lesquels possèdent le plus de pouvoir pour servir ou pour nuire, avantages dont nul ne saurait nier que Séjan les ait eus. » (traduction P. Wuilleumier, 1975, CUF)
  
  
-An+Les sens de « puissance sur » et « puissance de » se superposent ici : la puissance politique, en tant que puissance amorale fondée sur des éléments purement sociaux, dont certains sont rappelés ici – //opes// et //honores// – est un moyen d’action qui peut, en théorie, être utilisé en vue du bien ou en vue du mal : c’est la possibilité de cette double orientation qui est exprimée par les deux gérondifs ici. Comme dans l’exemple précédent, //potentia// dénote un état de puissance, qui est cette fois non pas physique, mais politique, et, de là, une capacité intrinsèque d’agir.
  
  
-VI, 8, 4 : +De même, lorsque Sénèque emploie //potentia// complété par un gérondif au génitif, c’est pour dénoter la propriété intrinsèque d’une entité : la puissance de trancher propre au fer (//potentia secandi//)((Sén. //Marc//. VII, 4, 1.)), la « puissance d’ébranler les terres » (//mouendi terras potentia//) attribuée à Neptune((Sén. //Nat. // VI, 23, 4.)) ou la puissance des maladies et des affections du corps, qui sont comparées alors à la puissance tyrannique que l’on peut subir :
  
  
-Spectamus porro quae coram habentur, cui ex te opes +  *Sén. //Luc.// XIV, 92, 20 : //Nam quibus **potentia** non est in peiorem **transferendi** statum, ne **interpellandi ** quidem optimum.//\\ « Car ce qui n’a pas la capacité de me faire passer en un état pire n’a pas non plus celle de me barrer l’accès du meilleur état. » (traduction Noblot, Bouquins, 1993)
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-, honores, quis plurima **iuuandi nocendiue** **potentia**  +
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-, quae Seiano fuisse nemo negauerit.  +
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-« De plus, nous voyons ce qui frappe nos yeux, à qui tu dispenses richesses et honneurs, lesquels possèdent le plus de pouvoir pour servir ou pour nuire, avantages dont nul ne saurait nier que Séjan les ait eus. » ( +
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-traduction P. Wuilleumier, 1975, CUF) +
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-Les sens de « puissance sur » et « puissance de » se  +
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-superposent ici : la puissance politique, en tant que puissance amorale fondée sur des éléments purement sociaux, dont certains sont rappelés ici – //opes//  +
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-et //honores// – est un moyen d’action qui peut, en théorie, être utilisé en vue du bien ou en vue du mal : c’est la possibilité de cette double orientation qui est exprimée par les deux gérondifs ici. Comme dans l’exemple précédent, //potentia// dénote un état de puissance, qui est cette fois non pas physique, mais politique, et, de là, une capacité intrinsèque d’agir. +
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-De même, lorsque Sénèque emploie //potentia//  +
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-complété par un gérondif au génitif, c’est pour dénoter la propriété intrinsèque d’une entité : la puissance de trancher propre au fer (//potentia secandi//) +
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-Sén. //Marc//VII, 4, 1. +
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-, la « puissance d’ébranler les terres » (//mouendi terras potentia//) attribuée à Neptune +
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-Sén. //Nat. // VI, 23, 4. +
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-)) +
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-ou la puissance des maladies et des affections du corps, qui sont comparées alors à la puissance tyrannique que l’on peut subir : +
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-Sén. +
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-Luc.  +
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-XIV, 92, 20 :  +
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-Nam quibus **potentia**  +
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-**  +
-non est in peiorem **transferendi** statum, ne **interpellandi ** quidem optimum.  +
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-« Car ce qui n’a pas la capacité de me faire passer en un état pire n’a pas non plus celle de me barrer l’accès du meilleur état. » (traduction Noblot, Bouquins, 1993)+
  
  
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-Sén. //Nat//. V, 5, 1 : //Ceterum illa est longe ualentior ueriorque, //  +  *Sén. //Nat//. V, 5, 1 : //Ceterum illa est longe ualentior ueriorque, habere aera naturalem uim mouendi se, nec aliunde concipere, sed et inesse illi, ut **aliarum rerum**, ita **huius potentiam**//.\\ « Mais il en est une autre [une cause du vent], bien plus certaine et bien plus puissante, c’est que l’air a naturellement la force de se mouvoir, qu’il ne reçoit pas du dehors le **principe du mouvement**, mais l’a en lui-même, ainsi que **d’autres propriétés**. » (traduction P. Oltramare, 1929, CUF)
-// +
-habere aera naturalem uim mouendi se, nec aliunde concipere, sed et inesse illi, ut **aliarum rerum**, ita **huius potentiam**  +
-//  +
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-« Mais il en est une autre [une cause du vent], bien plus certaine et bien plus puissante, c’est que l’air a naturellement la force de se mouvoir, qu’il ne reçoit pas du dehors le **principe du mouvement**, mais l’a en lui-même, ainsi que **d’autres propriétés**. » (traduction P. Oltramare, 1929, CUF) +
- +
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-Mar. Vict. +
- +
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-Ar. +
- +
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-I, 40, 2-28 : […]  +
-** +
-uisionis potentia +
-**  +
- +
- +
-in se habet uisionem, tunc foris exsistentem, cum operatur **potentia uisionis**  +
- +
- +
-[…].+
  
  
-« […] **la puissance de vision** possède en elle la vision ; cette vision s’extériorise lorsque **la puissance de vision** passe à l’acte […]. » (traduction P. Hadot, 1960, Cerf)+  *Mar. Vict. //Ar.// I, 40, 2-28 : […] //**uisionis potentia** in se habet uisionem, tunc foris exsistentem, cum operatur **potentia uisionis**// […].\\ « […] **la puissance de vision** possède en elle la vision ; cette vision s’extériorise lorsque **la puissance de vision** passe à l’acte […]. » (traduction P. Hadot, 1960, Cerf)
  
  
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-**+  *Boet. //Cat//. 8 (Arist. lat.) 9a14-27 :\\ -//Non enim quoniam sunt affecti aliquo modo, unumquodque huiusmodi dicitur, sed quod habeant **potentiam** naturalem uel **facere** quid facile uel nihil **pati**; //\\ « En effet chacun de ces termes se dit, non parce que l’on est disposé de telle ou telle façon, mais parce que l’on possède une certaine **capacité** naturelle **de faire** quelque chose facilement, ou **de n’être ** nullement**affecté** <par quelque chose>. »\\ -//ut pugillatores uel cursores dicuntur non quod sint affecti, sed quod habeant **potentiam** hoc facile **faciendi**, //\\ « Ainsi, on dit que certains sont doués pour le pugilat ou la course, non parce qu’ils sont dans une certaine disposition, mais parce qu’ils ont la capacité naturelle de faire facilement une certaine chose, »\\ -//salubres autem dicuntur eo quod habeant **potentiam** naturalem **ut nihil a quibuslibet accidentibus patiantur**,//\\ « et on dit que certains sont bien-portants parce qu’ils ont une capacité naturelle de n’être affectés en rien par les circonstances qui se présentent,»\\ -//insalubres uero quod habeant **impotentiam ** nihil **patiendi**.//\\ « et d’autres maladifs parce qu’ils ont une incapacité à n’être affecté en rien. » (traduction du texte grec M. Crubellier, P. Pellegrin, 2007, GF, modifiée pour la traduction du texte latin)
  
  
-**  +Dans cet extrait comme ailleurs au sein des traductions boéciennes de l’//Organon// d’Aristote, //potentia// est employé comme une variante de //[[potestas]]// pour traduire δύναμις, lorsque le lexème grec dénote plus concrètement une compétence particulière, comme la médecine ou la rhétorique, ou lorsque le concept est considéré par rapport à une mise en œuvre impliquant une décision volontaire. Le choix de //potentia// peut s’expliquer aussi ici par la présence d’ἀδυναμία, traduit par //impotentia//, et par un souci de cohérence sur le plan des signifiants dans la traduction des deux antonymes.
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-Boet. //Cat//. 8 (Arist. lat.) 9a14-27 :  +
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--//Non enim quoniam sunt affecti aliquo modo, unumquodque huiusmodi dicitur, sed quod habeant **potentiam** naturalem uel **facere** quid facile uel nihil **pati**; //  +
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-«  +
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-En effet chacun de ces termes se dit, non parce que l’on est disposé de telle ou telle façon, mais parce que l’on possède une certaine **capacité** naturelle **de faire** quelque chose facilement, ou **de n’être ** nullement**affecté** <par quelque chose>. » +
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--//ut pugillatores uel cursores dicuntur non quod sint affecti, sed quod habeant **potentiam** hoc facile **faciendi**, //  +
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-« Ainsi, on dit que certains sont doués pour le pugilat ou la course, non parce qu’ils sont dans une certaine disposition, mais parce qu’ils ont la capacité naturelle de faire facilement une certaine chose, » +
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--//salubres autem dicuntur eo quod habeant **potentiam** naturalem **ut nihil a quibuslibet accidentibus patiantur**, //  +
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-et on dit que certains sont bien-portants parce qu’ils ont une capacité naturelle de n’être affectés en rien par les circonstances qui se présentent, » +
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--//insalubres uero quod habeant **impotentiam ** nihil **patiendi**. //  +
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-« et d’autres maladifs parce qu’ils ont une incapacité à n’être affecté en rien. » (traduction du texte grec  +
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-M. Crubellier, P. Pellegrin, 2007, GF, modifiée pour la traduction du texte latin) +
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-Dans cet extrait comme ailleurs au sein des traductions boéciennes de l’//Organon// d’Aristote, //potentia// est employé comme une variante de [[//potestas//]] pour traduire δύναμις, lorsque le lexème grec dénote plus concrètement une compétence particulière, comme la médecine ou la rhétorique, ou lorsque le concept est considéré par rapport à une mise en œuvre impliquant une décision volontaire. Le choix de //potentia// peut s’expliquer aussi ici par la présence d’ἀδυναμία, traduit par //impotentia//, et par un souci de cohérence sur le plan des signifiants dans la traduction des deux antonymes.+
  
  
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-==== C.1.  +==== C.1. Chez Calcidius traducteur du Timée de Platon====
-Chez Calcidius traducteur du //Timée // de Platon +
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-Calc. +  *Calc. //Comm. in Tim.// 1, 21, 26 : //Dixit enim, si meminimus, similitudinem non solum in formis et figuris sed etiam **in potentiis et qualitatibus** quaeri oportere, cum ita dixit : ‘Cum in tribus siue numeris seu molibus seu **potentiis** perinde erit medietas imo, quem ad modum summitas medio.’ Quare si inter ignem et terram nulla est in specie et uelut in uultu similitudo, quaerenda erit **in naturis ac qualitatibus** ipsorum elementorum iuxta quas faciunt aliquid aut patiuntur et in his proprietatibus ex quibus utriusque elementi uis et germanitas apprime designatur.//\\ « Il a dit en effet, si nous avons bonne mémoire, qu’il faut chercher la similitude non seulement dans les aspects et les formes, mais aussi **dans les vertus et les propriétés**, quand il parla ainsi : ‘Quand de trois nombres, masses ou **forces**, le moyen est au premier ce que le dernier est au moyen…’ C’est pourquoi, si entre le feu et la terre il n’y a aucune similitude dans leur représentation ou leur apparence pour ainsi dire, il faudra la chercher **dans l’ensemble des qualités et des propriétés** des éléments eux-mêmes, en vertu desquelles ces mêmes éléments exercent ou subissent une action, et dans les caractères spécifiques à partir desquels s’exprime avant tout la véritable essence des deux éléments. » (traduction B. Bakhouche, 1986)
  
  
-Comm. in Tim +Ce rapprochement de //potentia//, //qualitas// et //natura// montre que Calcidius comprend δύναμις au sens philosophique que lui assigne Platon et qu’il a déjà parfois en médecine, à savoir celui de « propriété essentielle » d’un être qui le définit et qui le révèle à la connaissance. Par opposition, φύσις ou οὐσία dénotent ce qui, dans l’être, demeure inaccessible et caché. Ici, même si la terre et le feu n’ont aucun point commun pour leur forme, ils possèdent des propriétés essentielles apparentées. Calcidius fonde l’ensemble de son argumentation sur cette distinction entre l’aspect extérieur (//formis//, //figuris//, //specie//, //uultu//) de l’élément, qui ne le caractérise pas en propre, et ses propriétés essentielles, qui le définissent réellement. Il oppose alors très clairement deux groupes de lexèmes dénotant respectivement ces deux facettes des éléments. Or, parmi les lexèmes utilisés pour faire référence aux propriétés essentielles, à savoir //qualitas//, //natura//, puis //proprietas//, //uis// et //germanitas//, se trouve en premier lieu //potentia//, au pluriel. Cet emploi du mot, dans le sens de « propriété essentielle », pourrait surprendre, si on ne le rattachait pas à la définition que donne Calcidius de ces propriétés, dans deux relatives : //iuxta quas faciunt aliquid aut patiuntur // « en vertu desquelles ces mêmes éléments exercent ou subissent une action » et //ex quibus utriusque elementi uis et germanitas apprime designatur// « à partir desquel[le]s s’exprime avant tout la véritable essence des deux éléments. » Ces deux relatives renvoient à deux définitions de δύναμις chez Platon, celle que l’on trouve dans le //Sophiste// (247d8-e4), selon laquelle l’être est puissance d’agir (//facere//) ou de « pâtir (ou subir) » (//pati//) – définition qui préfigure la notion aristotélicienne de puissance – et la définition plus courante selon laquelle δύναμις est ce qui se manifeste de la nature d’un être. 
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-Dixit enim, si meminimus, similitudinem non solum in**** formis et figuris sed etiam **in potentiis et qualitatibus** quaeri oportere, cum ita dixit : ‘Cum in tribus siue numeris seu molibus seu **potentiis** perinde erit medietas imo, quem ad modum summitas medio.’ Quare si inter ignem et terram nulla est in specie et uelut in uultu similitudo, quaerenda erit **in naturis ac qualitatibus** ipsorum elementorum iuxta quas faciunt aliquid aut patiuntur et in his proprietatibus ex quibus utriusque elementi uis +
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-et germanitas apprime designatur.  +
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-« Il a dit en effet, si nous avons bonne mémoire, qu’il faut chercher la similitude non seulement dans les aspects et les formes, mais aussi **dans les vertus et les propriétés**, quand il parla ainsi : ‘Quand de trois nombres, masses ou **forces**, le moyen est au premier ce que le dernier est au moyen…’ C’est pourquoi, si entre le feu et la terre il n’y a aucune similitude dans leur représentation ou leur apparence pour ainsi dire, il faudra la chercher **dans l’ensemble des qualités et des propriétés** des éléments eux-mêmes, en vertu desquelles ces mêmes éléments exercent ou subissent une action, et dans les caractères spécifiques à partir desquels s’exprime avant tout la véritable essence des deux éléments. » (traduction B. Bakhouche, 1986) +
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-Ce rapprochement de //potentia//, //qualitas// et //natura// montre que Calcidius comprend δύναμις au sens philosophique que lui assigne Platon et qu’il a déjà parfois en médecine, à savoir celui de « propriété essentielle » d’un être qui le définit et qui le révèle à la connaissance. Par opposition, φύσις ou οὐσία dénotent ce qui, dans l’être, demeure inaccessible et caché. Ici, +
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-ême si la terre et le feu n’ont aucun point commun pour leur forme, ils possèdent des propriétés essentielles apparentées. Calcidius fonde l’ensemble de son argumentation sur cette distinction entre l’aspect extérieur (//formis//, //figuris//, //specie//, //uultu//) de l’élément, qui ne le caractérise pas en propre, et ses propriétés essentielles, qui le définissent réellement. Il oppose alors très clairement deux groupes de lexèmes dénotant respectivement ces deux facettes des éléments. Or, parmi les lexèmes utilisés pour faire référence aux propriétés essentielles, à savoir //qualitas//, //natura//  +
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-//proprietas//, //uis// et //germanitas//, se trouve en premier lieu //potentia//  +
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-, au pluriel. Cet emploi du mot, dans le sens de « propriété essentielle », pourrait surprendre, si on ne le rattachait pas à la définition que donne Calcidius de ces propriétés, dans deux relatives : //iuxta quas faciunt aliquid aut patiuntur // « en vertu desquelles ces mêmes éléments exercent ou subissent une action » et //ex quibus utriusque elementi uis et germanitas apprime designatur// « à partir desquel[le]s s’exprime avant tout la véritable essence des deux éléments. » Ces deux relatives renvoient à deux définitions de δύναμις chez Platon, celle que l’on trouve dans le //Sophiste// (247d8-e4), selon laquelle l’être est puissance d’agir (//facere//) ou de « pâtir (ou subir) » (//pati//) – définition qui préfigure la notion aristotélicienne de puissance – et la définition plus courante selon laquelle δύναμις est ce qui se manifeste de la nature d’un être. +
  
  
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-==== C.2.  +==== C.2. Chez Marius Victorinus héritier de Plotin====
-Chez Marius Victorinus héritier de Plotin +
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-C’est chez Marius Victorinus+C’est chez Marius Victorinus((Marius Victorinus est un professeur de rhétorique du IV<sup>e</sup>siècle de notre ère, converti au christianisme. Il traduit et commente l’//Organon // d’Aristote et l’//Isagoge// de Porphyre, ainsi que les //pîtres// de saint Paul. Mais au-delà de ces traductions, perdues pour nous pour la plupart, la pensée de Marius Victorinus est imprégnée de celle du philosophe grec néo-platonicien Plotin, dont Porphyre est le disciple.)) que l’on trouve pour la première fois de manière très nette le sens philosophique de //potentia// hérité de celui de δύναμις, à savoir « capacité / de X / de s’actualiser ». En effet, il est le premier auteur à opposer clairement //potentia// (ainsi que //[[potestas]]//, qu’il emploie comme variante de //potentia// cf. § [[dictionnaire:potentia5#5.4. Associations synchroniques avec d’autres lexèmes|5.4.]]) à //actus//, //actio//, //operatio // (ou encore //effectus // et //effectio//) traductions respectives du couple conceptuel élaboré par Aristote, δύναμις / ἐνέργεια, comme le montrent par exemple les passages suivants : 
  
  
-((+  *Mar. Vict. //Gen.// 14 (éd. Henry) : //Absconditi uero manifestatio generatio est, siquidem et **potentiā** ὂν **operatione** ὂν generat.//\\ « Mais la manifestation de ce qui est caché, c’est cela la génération, s’il est vrai, de plus, que l’existant **en puissance** engendre l’existant **en acte**. » (traduction P. Hadot, 1960, Cerf)
  
  
-Marius Victorinus est un professeur de rhétorique du IV<sup>e</sup>siècle de notre ère, converti au christianismeIl traduit et commente l’//Organon // d’Aristote et l’//Isagoge// de Porphyre, ainsi que les //pîtres// de saint PaulMais au-delà de ces traductions, perdues pour nous pour la plupart, la pensée de Marius Victorinus est imprégnée de celle du philosophe grec néo-platonicien Plotin, dont Porphyre est le disciple. +  *MarVict. //Gen.// 17 (éd. Henry) : //Quid est λόγος? Dico, quoniam patrica actiua quaedam potentia et quae in motu sit et quae se ipsa constituat, ut sit **in actu**, non **in potentiā** (…). Λόγος igitur actiua potentia est et in motu et quae constituat, ut sit **actione**, quod fuit **potentiā**.//\\ « Qu’est-ce que le //Logos //? Je dis que c’est une certaine puissance paternelle et actuante qui se meut et se pose elle-même de telle sorte qu’elle soit **en acte** et non plus **en puissance**. (…) Le //Logos// est donc la puissance actuante qui se meut pour faire que soit **en acte** ce qui était **en puissance**. » (traduction P. Hadot, 1960, Cerf)
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-que l’on trouve pour la première fois de manière très nette le sens philosophique de //potentia// hérité de celui de δύναμις, à savoir « capacité / de X / de s’actualiser »En effet, il est le premier auteur à opposer clairement //potentia// (ainsi que [[//potestas//]], qu’il emploie comme variante de //potentia// cf. § [[5.4.]]) à //actus//, //actio//, //operatio // (ou encore //effectus // et //effectio//) traductions respectives du couple conceptuel élaboré par Aristote, δύναμις /  +
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-« Mais la manifestation de ce qui est caché, c’est cela la génération, s’il est vrai, de plus, que l’existant **en puissance** engendre l’existant **en acte**. » (traduction P. Hadot, 1960, Cerf) +
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-igitur actiua potentia est et in motu et quae constituat, ut sit **actione**, quod fuit **potentiā**.  +
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-« Qu’est-ce que le //Logos //? Je dis que c’est une certaine puissance paternelle et actuante qui se meut et se pose elle-même de telle sorte qu’elle soit **en acte** et non plus **en puissance**. (…) Le //Logos// est donc la puissance actuante qui se meut pour faire que soit **en acte** ce qui était **en puissance**. » (traduction P. Hadot, 1960, Cerf)+
  
  
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-Cette transformation conceptuelle considérable a pu être favorisée par le contexte chrétien dans lequel Marius Victorinus écrit et par un phénomène linguistique qui lui est lié : la polysémie de //potentia//. En effet, chez les auteurs chrétiens, //potentia // dénote la puissance de Dieu, voire Dieu lui-même (cf. [[ci-dessus]]). Or, dans son effort pour faire la synthèse entre la philosophie grecque et le christianisme, Marius Victorinus établit une analogie entre la puissance du système aristotélicien et Dieu comme puissance, analogie favorisée par la possibilité de rapprocher, en grec comme en latin, +Cette transformation conceptuelle considérable a pu être favorisée par le contexte chrétien dans lequel Marius Victorinus écrit et par un phénomène linguistique qui lui est lié : la polysémie de //potentia//. En effet, chez les auteurs chrétiens, //potentia // dénote la puissance de Dieu, voire Dieu lui-même (cf. [[ci-dessus]]). Or, dans son effort pour faire la synthèse entre la philosophie grecque et le christianisme, Marius Victorinus établit une analogie entre la puissance du système aristotélicien et Dieu comme puissance, analogie favorisée par la possibilité de rapprocher, en grec comme en latin, δύναμις–//potentia// (ou //potestas//)–puissance de Dieu et δύναμις–//potentia// (ou //potestas//)–potentialité. De là, //potentialiter//, qui avait été créé de manière parallèle à l’emploi de //potentia// dans le sens aristotélicien, et avait le sens de « en puissance », « potentiellement », est employé chez les auteurs chrétiens pour caractériser l’action de Dieu, au sens de « par sa puissance » ou « puissamment ». 
  
  
-δύναμις +Enfin, si Boèce emploie bien //potentia// à plusieurs reprises pour traduire δύναμις dans sa traduction de l’//Organon//, il ne le fait jamais lorsque δύναμις est explicitement opposé à ἐνέργεια et lorsqu’il dénote la potentialité ou l’être en puissance, le réservant aux cas où le lexème grec dénote une compétence plus concrète, nécessitant une mise en exercice (cf. [[dictionnaire:potentia4detaille#B.La puissance comme capacité intrinsèque d’effectuer une action déterminée|sens B]]).
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-–//potentia// (ou //potestas//)–potentialité. De là, //potentialiter//  +
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-, qui avait été créé de manière parallèle à l’emploi de //potentia// dans le sens aristotélicien, et avait le sens de « en puissance », « potentiellement », est employé chez les auteurs chrétiens pour caractériser l’action de Dieu, au sens de « par sa puissance » ou « puissamment ».  +
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-Enfin, si Boèce emploie bien //potentia// à plusieurs reprises pour traduire δύναμις dans sa traduction de l’//Organon//, il ne le fait jamais lorsque δύναμις est explicitement opposé à  +
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-et lorsqu’il dénote la potentialité ou l’être en puissance, le réservant aux cas où le lexème grec dénote une compétence plus concrète, nécessitant une mise en exercice (cf. [[sens B]]).+
  
  
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-Le lexème grec  +Le lexème grec δύναμις fut employé en mathématiques sans qu’il soit toujours aisé d’en définir la référence exacte. Chez Euclide, plus particulièrement au livre X des //Eléments//, le mot est systématiquement au datif et doit être compris dans le sens de « au carré », comme la définition inaugurale du livre X l’indique : « Des droites sont commensurables en puissance (δυνάμει)lorsque les carrés <construits> sur elles sont mesurés par la même aire, et incommensurables lorsque aucune aire, commune mesure aux carrés <construits> sur elles, ne peut exister. »
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-δύναμις fut employé en mathématiques sans qu’il soit toujours aisé d’en définir la référence exacte. Chez Euclide, plus particulièrement au livre X des //Eléments//, le mot est systématiquement au datif et doit être compris dans le sens de « au carré », comme la définition inaugurale du livre X l’indique :  +
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-« Des droites sont commensurables en puissance ( +
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-lorsque les carrés <construits> sur elles sont mesurés par la même aire, et incommensurables lorsque aucune aire, commune mesure aux carrés <construits> sur elles, ne peut exister. » +
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-Martianus Capella se réfère implicitement à cette définition d’Euclide dans les //Noces de Philologie et Mercure// et traduit  +
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-δύναμις par //potentia//:+
  
  
-Capel. 6, 719 : //Lineas autem quae sibi consentiunt //  +Martianus Capella se réfère implicitement à cette définition d’Euclide dans les //Noces de Philologie et Mercure// et traduit δύναμις par //potentia//:
-συμμέτρους +
-//dicimus, quae non consentiunt ametras. Et non mensura sola, sed et **potentia ** //  +
-συμμέτρους +
-//facit, et dicuntur//  +
-**δυνάμει** σύμμετροι +
-//; in  +
-mensura****  +
-autem pares //  +
-μήκει//// σύμμετροι//appellantur. Ergo cum tam mensurā quam potentiā conferantur, omnes quae uel **potentiā** uel mensurā discrepant // ἀσύμμετροι +
-//sunt//.+
  
  
-« Quant aux lignes, celles qui sont de même longueur, nous disons qu’elles sont  +  *Capel. 6, 719 : //Lineas autem quae sibi consentiunt // συμμέτρους //dicimus, quae non consentiunt ametras. Et non mensura sola, sed et **potentia ** //συμμέτρους// facit, et dicuntur// **δυνάμει** σύμμετροι//; in mensura autem pares // μήκει σύμμετροι// appellantur. Ergo cum tam mensurā quam potentiā conferantur, omnes quae uel **potentiā** uel mensurā discrepant // ἀσύμμετροι //sunt//.\\ « Quant aux lignes, celles qui sont de même longueur, nous disons qu’elles sont σύμμετροι, celles qui ne sont pas de la même longueur, qu’elles sont incommensurables. Et c’est non seulement la mesure (= l’action de mesurer), mais aussi la **puissance** qui les rendent σύμμετροι, et on dit qu’elles sont **δυνάμει** σύμμετροι ; quant à celles qui sont égales dans la mesure, on les appelle μήκει σύμμετροι. Donc lorsqu’elles sont comparées aussi bien selon la mesure que selon la puissance, toutes celles qui diffèrent soit **selon la puissance**, soit selon la mesure, sont ἀσύμμετροι.
-σύμμετροι +
-, celles qui ne sont pas de la même longueur, qu’elles sont incommensurables. Et c’est non seulement la mesure (= l’action de mesurer), mais aussi la **puissance** qui les rendent  +
-σύμμετροι +
-, et on dit qu’elles sont ** +
-δυνάμει +
-**  +
-σύμμετροι +
-; quant à celles qui sont égales dans la mesure, on les appelle  +
-μήκει//// σύμμετροι +
-. Donc lorsqu’elles sont comparées aussi bien selon la mesure que selon la puissance, toutes celles qui diffèrent soit **selon la puissance**, soit selon la mesure, sont  +
-ἀσύμμετροι +
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