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dictionnaire:pax5 [2013/04/05 14:41]
vandaele [5.4.2. La paix extérieure]
dictionnaire:pax5 [2014/12/17 18:46] (Version actuelle)
desiderio
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-<html><div class="titre"> pāx, pācis f. (substantif) </div></html> +<html><class="lestitres">pāx, pācis f.</p></html><html><center><big><big>(substantif)</big></big></center></html> 
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 ====== 5. Place dans le lexique latin ====== ====== 5. Place dans le lexique latin ======
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-À  l’inverse, pax est rare pour la paix civile, tandis que concordia et  consensus sont usuels. Ils ont des traductions identiques : accord,  unanimité, assentiment général, concorde, et ils ont une formation  analogue : ce sont des dérivés de préverbés qui comportent un premier  élément exprimant la cohésion et un second dénotant la vie de la pensée  dans sa conception la plus large (cor, sensus – sentire), pour exprimer  l’accord sur une même vision des choses. Cependant, des différences  existent, dont l’essentiel a été bien mis en évidence par  J.Hellegouarc’h<sup>((6)))</sup>. Consensus met l’accent sur l’accord dans la conduite  d’une action. Il s’agit le plus souvent d’une prise de décision très  large de portée politique :+À  l’inverse, //pax// est rare pour la paix civile, tandis que concordia et  consensus sont usuels. Ils ont des traductions identiques : accord,  unanimité, assentiment général, concorde, et ils ont une formation  analogue : ce sont des dérivés de préverbés qui comportent un premier  élément exprimant la cohésion et un second dénotant la vie de la pensée  dans sa conception la plus large (cor, sensus – sentire), pour exprimer  l’accord sur une même vision des choses. Cependant, des différences  existent, dont l’essentiel a été bien mis en évidence par  J.Hellegouarc’h((J. HELLEGOUARC’H (1972, 124-127).))Consensus met l’accent sur l’accord dans la conduite  d’une action. Il s’agit le plus souvent d’une prise de décision très  large de portée politique :
  
  
-    * Cic. Mil. 25 (à propos de Clodius) : […] eum (= Milonem) porro summo consensu populi Romani consulem fieri uidebat. \\  « […] Clodius voyait que Milon était en train de devenir consul par l’accord unanime du peuple romain »((De même Pis. 7 ; Tusc. 1, 35 ; Phil. 5, 30 ; 8, 4.)).+    * Cic.//Mil.// 25 (à propos de Clodius) : […] //eum (= Milonem) porro summo consensu populi Romani consulem fieri uidebat.// \\  « […] Clodius voyait que Milon était en train de devenir consul par l’accord unanime du peuple romain »((De même //Pis.// 7 ; //Tusc.// 1, 35 ; //Phil.// 5, 30 ; 8, 4.)).
  
  
-En  revanche, concordia fait davantage porter l’information sur la  compatibilité des attentes et des états d’esprit non seulement dans la  famille (Pl. Amph. 841), mais aussi chez les citoyens :+En  revanche, concordia fait davantage porter l’information sur la  compatibilité des attentes et des états d’esprit non seulement dans la  famille (Pl. //Amph.// 841), mais aussi chez les citoyens :
  
  
-    * Cic. Rep. 1, 49 : […] facillimam autem in ea re publica esse concordiam, in qua idem conducat omnibus. \\  « […] cette bonne entente est le plus aisément réalisée dans un tat où les intérêts de tous sont les mêmes. »+    * Cic. //Rep.// 1, 49 : […] //facillimam autem in ea re publica esse concordiam, in qua idem conducat omnibus.// \\  « […] cette bonne entente est le plus aisément réalisée dans un tat où les intérêts de tous sont les mêmes. »
  
  
-En  somme, le consensus est l’accord positif qui prend souvent la forme de  l’unanimité ou de la quasi-unanimité, la concordia est une harmonie  reposant sur la volonté d’entente. Cela est lié à la valeur de cor («  cœur, esprit, intelligence ») et à l’influence du grec homonoia, comme  l’ont bien montré J. Hellegouarc’h et P. Jal, alors que la pax-accord  correspond pour l’essentiel au grec eirènè<sup>((8)))</sup>.+En  somme, le consensus est l’accord positif qui prend souvent la forme de  l’unanimité ou de la quasi-unanimité, la concordia est une harmonie  reposant sur la volonté d’entente. Cela est lié à la valeur de cor («  cœur, esprit, intelligence ») et à l’influence du grec homonoia, comme  l’ont bien montré J. Hellegouarc’h et P. Jal, alors que la pax-accord  correspond pour l’essentiel au grec eirènè((J. HELLEGOUARC’H (1972, 126; P. JAL  (1961, 221-222)).
  
 +Une certaine  évolution des emplois se fait jour dès les débuts de l’époque impériale.  Si consensus désigne toujours l’accord positif aboutissant à une prise  de décision commune (Tac. //H.// 1, 90, 2), deux innovations apparaissent.  Le consensus est l’unanimité dans la vie politique locale, et surtout il  marque l’attachement commun au pouvoir impérial, comme l’a bien montré  Fr. Hurlet((Fr. HURLET (2002, 168-171).))La concordia reste la valeur de l’harmonie civique, mais  alors que le consensus est l’adhésion globale à l’empire, la concordia  unit les parties constitutives de l’empire entre elles, c’est-à-dire  qu’elle s’établit entre les membres de la famille impériale, entre les  ordres institutionnels (armée et sénat), entre Rome et les provinces  (Tac. //H.// 2, 6, 1), entre les cités, comme en témoignent les dédicaces à  la déesse Concordia en Occident((Voir Fr. HURLET (2002, 173-175).)).
  
-Une certaine  évolution des emplois se fait jour dès les débuts de l’époque impériale.  Si consensus désigne toujours l’accord positif aboutissant à une prise  de décision commune (Tac. H. 1, 90, 2), deux innovations apparaissent.  Le consensus est l’unanimité dans la vie politique locale, et surtout il  marque l’attachement commun au pouvoir impérial, comme l’a bien montré  Fr. Hurlet<sup>((9)))</sup>. La concordia reste la valeur de l’harmonie civique, mais  alors que le consensus est l’adhésion globale à l’empire, la concordia  unit les parties constitutives de l’empire entre elles, c’est-à-dire  qu’elle s’établit entre les membres de la famille impériale, entre les  ordres institutionnels (armée et sénat), entre Rome et les provinces  (Tac. H. 2, 6, 1), entre les cités, comme en témoignent les dédicaces à  la déesse Concordia en Occident<sup>((10)))</sup>. +Au-delà de cette  évolution, le consensus est l’unanimité visée dans le processus de  décision politique, tandis que la concordia est la valeur du vouloir  vivre ensemble présupposant une représentation des facteurs d’unité  qu’il faut savoir préserver ou retrouver. Cela ne peut pas exister entre  des peuples qui affirment leurs différences jusqu’à l’affrontement. Le  processus psycho-politique animant la volonté de concordia doit alors  être remplacé par l’accord proprement construit, sans base préexistante,  la //pax//. Voilà pourquoi //concordia// et //consensus// n’ont pas d’emploi pour la paix entre Etats.
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-Au-delà de cette  évolution, le consensus est l’unanimité visée dans le processus de  décision politique, tandis que la concordia est la valeur du vouloir  vivre ensemble présupposant une représentation des facteurs d’unité  qu’il faut savoir préserver ou retrouver. Cela ne peut pas exister entre  des peuples qui affirment leurs différences jusqu’à l’affrontement. Le  processus psycho-politique animant la volonté de concordia doit alors  être remplacé par l’accord proprement construit, sans base préexistante,  la pax. Voilà pourquoi concordia et consensus n’ont pas d’emploi pour  la paix entre tats.+
  
  
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-Pax  a un emploi assez rare et de ce fait plus marqué. Pax est lié à la  description de la tranquillité de l’âme comme combat contre les passions  et les coups du sort. Il retrouve donc sa valeur première pour la paix  après une guerre<sup>((11)))</sup>:+//Pax//  a un emploi assez rare et de ce fait plus marqué. Pax est lié à la  description de la tranquillité de l’âme comme combat contre les passions  et les coups du sort. Il retrouve donc sa valeur première pour la paix  après une guerre((C’est la présence virtuelle du champ sémasiologique : voir Cl. MOUSSY (2010-a, 50).)):
  
  
-    * Sen. Ep. 78, 16 : Nos quoque  euincamus omnia, quorum praemium non corona nec palma est … sed uirtus  et firmitas animi et pax in ceterum parta, si semel in aliquo certamine  debellata fortuna est. \\  « Nous aussi, ayons une victoire totale,  dont la récompense n’est pas une couronne ni une palme …, mais la vertu,  la fermeté d’âme, la paix pour toujours assurée, si une fois, en  quelque rencontre, nous avons mis la fortune hors de combat »((De même Sen. Ep. 66, 46 ; 73, 6.)).+    * Sen. //Ep.// 78, 16 : //Nos quoque  euincamus omnia, quorum praemium non corona nec palma est … sed uirtus  et firmitas animi et pax in ceterum parta, si semel in aliquo certamine  debellata fortuna est.// \\  « Nous aussi, ayons une victoire totale,  dont la récompense n’est pas une couronne ni une palme …, mais la vertu,  la fermeté d’âme, la paix pour toujours assurée, si une fois, en  quelque rencontre, nous avons mis la fortune hors de combat »((De même Sen. //Ep.// 66, 46 ; 73, 6.)).
  
  
-En revanche, quies-quietus et tranquillitas-tranquillus ont un usage plus habituel et sont même très proches :+En revanche, //quies-quietus// et //tranquillitas-tranquillus// ont un usage plus habituel et sont même très proches :
  
  
-    * Cic.  Fin. 1, 46 : […] sapientiam esse solam,  quae nos a libidinum impetu   et a formidinum terrore uindicet et ipsius fortunae modice ferre doceat  iniurias et omnis monstret uias, quae ad quietem et ad tranquillitatem  ferant […]. \\  « […] la sagesse est la seule chose qui nous défende  contre l’élan de nos désirs et l’effroi des craintes, et  nous apprenne  à supporter avec calme des injustices du sort, qui nous fasse connaître  toutes les routes conduisant au repos et à la tranquillité […] ».+    * Cic.  //Fin.// 1, 46 : […] //sapientiam esse solam,  quae nos a libidinum impetu   et a formidinum terrore uindicet et ipsius fortunae modice ferre doceat  iniurias et omnis monstret uias, quae ad quietem et ad tranquillitatem  ferant// […]. \\  « […] la sagesse est la seule chose qui nous défende  contre l’élan de nos désirs et l’effroi des craintes, et  nous apprenne  à supporter avec calme des injustices du sort, qui nous fasse connaître  toutes les routes conduisant au repos et à la tranquillité […] ».
  
  
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-Sénèque  met tranquillitas en rapport avec le grec euthumia qu’il emprunte à  Démocrite (Tranq. 2, 3) ; ce que le mot  dénote alors, c’est un  équilibre intérieur : +Sénèque  met //tranquillitas// en rapport avec le grec //euthumia// qu’il emprunte à  Démocrite (//Tranq.// 2, 3) ; ce que le mot  dénote alors, c’est un  équilibre intérieur :
  
-    * Sen. Tranq. 2, 4 : Ergo quaerimus  quomodo animus semper aequali secundoque cursu eat propitiusque sibi sit  et sua laetus aspiciat et hoc gaudium non interrumpat, sed placido  statu maneat, nec attollens se umquam nec deprimens. Id tranquillitas  erit. \\  « Nous allons chercher comment il est possible à l’âme de  se mouvoir d’une allure toujours égale et aisée, en se souriant à  elle-même, en se plaisant à son propre spectacle et en prolongeant  indéfiniment cette agréable sensation, sans se départir jamais de son  calme, s’exalter ni se déprimer. Cet état sera la tranquillité »  (traduction R. Waltz, 1970, CUF). 
  
 +    * Sen. //Tranq.// 2, 4 : //Ergo quaerimus  quomodo animus semper aequali secundoque cursu eat propitiusque sibi sit  et sua laetus aspiciat et hoc gaudium non interrumpat, sed placido  statu maneat, nec attollens se umquam nec deprimens. Id tranquillitas  erit.// \\  « Nous allons chercher comment il est possible à l’âme de  se mouvoir d’une allure toujours égale et aisée, en se souriant à  elle-même, en se plaisant à son propre spectacle et en prolongeant  indéfiniment cette agréable sensation, sans se départir jamais de son  calme, s’exalter ni se déprimer. Cet état sera la tranquillité »  (traduction R. Waltz, 1970, CUF).
  
-Les syntagmes propitius  sibi sit et  nec attollens se umquam nec deprimens mettent en évidence  la spécificité de cet équilibre : il n’est pas seulement absence de  douleur, mais il repose sur une action, sur une reconquête de soi-même  par des objectifs raisonnables, bien analysée par J. Pigeaud<sup>((13)))</sup>. 
  
 +Les syntagmes propitius  sibi sit et  nec attollens se umquam nec deprimens mettent en évidence  la spécificité de cet équilibre : il n’est pas seulement absence de  douleur, mais il repose sur une action, sur une reconquête de soi-même  par des objectifs raisonnables, bien analysée par J. Pigeaud((J. PIGEAUD (1989, 505 et 511).)).
  
-Quies connaît lui aussi une spécialisation : 
  
 +//Quies// connaît lui aussi une spécialisation :
  
-    * Sen,  Ep. 92, 6 : Si non es sola honestate contentus, necesse est aut quietem  adici uelis, quam Graeci aochlèsian uocant, aut uoluptatem. Horum  alterum utcumque recipi potest : uacat enim animus molestia liber ad  inspectum uniuersi nihilque illum auocat a contemplatione naturae.  Alterum illud, uoluptas, bonum pecoris est […]. \\  « Si tu ne te  contentes pas des seuls principes moraux, tu voudras inévitablement que  s’y joignent ou le repos que les Grecs appellent aochlèsia, ou le  plaisir. À la rigueur le premier peut s’admettre : en effet l’âme,  exempte de tracas, a librement tout loisir pour étudier l’univers et  rien ne l’enlève à la contemplation de la nature. Quant à l’autre, le  plaisir, c’est le bonheur de l’animal. » 
  
 +    * Sen,  //Ep.// 92, 6 : //Si non es sola honestate contentus, necesse est aut quietem  adici uelis, quam Graeci aochlèsian uocant, aut uoluptatem. Horum  alterum utcumque recipi potest : uacat enim animus molestia liber ad  inspectum uniuersi nihilque illum auocat a contemplatione naturae.  Alterum illud, uoluptas, bonum pecoris est// […]. \\  « Si tu ne te  contentes pas des seuls principes moraux, tu voudras inévitablement que  s’y joignent ou le repos que les Grecs appellent aochlèsia, ou le  plaisir. À la rigueur le premier peut s’admettre : en effet l’âme,  exempte de tracas, a librement tout loisir pour étudier l’univers et  rien ne l’enlève à la contemplation de la nature. Quant à l’autre, le  plaisir, c’est le bonheur de l’animal. »
  
-Ce que recouvre  l’aochlèsia-quies, c’est l’absence de peine durable, par opposition à la  uoluptas qui débouche sur un tourment plus long car, mettant fin à la  souffrance par manque, elle ne dure que le temps de la satisfaction. 
  
 +Ce que recouvre  l’//aochlèsia-quies//, c’est l’absence de peine durable, par opposition à la  //uoluptas// qui débouche sur un tourment plus long car, mettant fin à la  souffrance par manque, elle ne dure que le temps de la satisfaction.
  
-Quant  à concordia, il est appliqué par Sénèque à l’animus encore plus  rarement que pax, avec semble-t-il deux seules occurrences (Vit. 3, 4 ;  8, 6). 
  
 +Quant  à //concordia//, il est appliqué par Sénèque à l’//animus// encore plus  rarement que //pax//, avec semble-t-il deux seules occurrences (//Vit.// 3, 4 ;  8, 6).
  
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