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dictionnaire:negare4 [2016/05/03 17:48]
ollivier
dictionnaire:negare4 [2016/05/03 19:37] (Version actuelle)
ollivier
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 La même antonymie se retrouve en français entre les descendants (par emprunt savant) des deux adjectifs latins: fr. //négatif// et //affirmatif//.  La même antonymie se retrouve en français entre les descendants (par emprunt savant) des deux adjectifs latins: fr. //négatif// et //affirmatif//. 
  
-Pour ce qui est de l'antonymie entre fr. //négatif// et //positif//, elle renvoie étymologiquement (par emprunt savant) à celle qui existe entre lat. //negatiuus// et //positiuus//. Cette dernière est, cependant, récente : //positiuus//, en effet, signifie d’abord « qui a été posé par une convention » en opposition avec ce qui est naturel, ce qui est fondé en naturel , et n'a donc pas de rapport avec //negatiuus//. //Positiuus// ne devient l’équivalent d’//affirmatiuus// en face de //negatiuus// que chez des auteurs du XIIème s.:+Pour ce qui est de l'antonymie entre fr. //négatif// et //positif//, elle renvoie étymologiquement (par emprunt savant) à celle qui existe entre lat. //negatiuus// et //positiuus//. Cette dernière est, cependant, récente : //positiuus//, en effet, signifie d’abord « qui a été posé par une convention » en opposition avec ce qui est naturel, ce qui est fondé en naturel((Gell. 10, 4 capit. : //Quod P. Nigidius argutissime docuit nomina non **positiua** esse, sed naturalia.// \\ « Que Nigidius a enseigné avec beaucoup de pénétration que les noms n’**étaient** pas **établis** par convention, mais naturels.»)) , et n'a donc pas de rapport avec //negatiuus//. //Positiuus// ne devient l’équivalent d’//affirmatiuus// en face de //negatiuus// que chez des auteurs du XIIème s.:
  
  
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 De Plaute à Tacite et Pline le Jeune, le préverbé en //per-// //pernegare// reste rare  avec 22 occurrences et son emploi n’augmente pas ensuite (5 occurrences chez Augustin). Une partie de ses occurrences se trouve dans la comédie (- Plaute: 2 ; - Térence : 2) et les autres se répartissent entre plusieurs auteurs, mais on rencontre un seul exemple dans la poésie élégiaque (Tib. 1, 6, 7) et l’épopée (Sil. It. 14, 18). Les sens de «nier» et de «refuser» sont attestés dès Plaute et ils se répartissent de manière à peu près équilibrée. Si, en raison de sa moindre fréquence, //pernegare// apparaît comme le terme marqué par rapport à //negare//, cela tient à ce qu’il exprime une négation et un refus plus accentués que le verbe simple. C’est ce que montrent les passages où sont employés les deux verbes, qu’il s’agisse de nier une affirmation:  De Plaute à Tacite et Pline le Jeune, le préverbé en //per-// //pernegare// reste rare  avec 22 occurrences et son emploi n’augmente pas ensuite (5 occurrences chez Augustin). Une partie de ses occurrences se trouve dans la comédie (- Plaute: 2 ; - Térence : 2) et les autres se répartissent entre plusieurs auteurs, mais on rencontre un seul exemple dans la poésie élégiaque (Tib. 1, 6, 7) et l’épopée (Sil. It. 14, 18). Les sens de «nier» et de «refuser» sont attestés dès Plaute et ils se répartissent de manière à peu près équilibrée. Si, en raison de sa moindre fréquence, //pernegare// apparaît comme le terme marqué par rapport à //negare//, cela tient à ce qu’il exprime une négation et un refus plus accentués que le verbe simple. C’est ce que montrent les passages où sont employés les deux verbes, qu’il s’agisse de nier une affirmation: 
  
-Tér., Eun. 30-35 :   +    * Tér., //Eun.//, 30-35:\\ //Colax Menandri est; in ea est parasitus colax \\ et miles gloriosus; eas se non **negat** \\ personas transtulisse in Eunuchum suam \\ ex graeca; sed eas fabulas factas prius \\ Latinas scisse esse, id uero **pernegat**.// \\ «Il existe de Ménandre un Flatteur, où figurent un flatteur parasite et un soldat fanfaron. L’auteur ne **nie** pas (//non negat//) qu’il ait transporté ces personnages de la pièce grecque dans son Eunuque; mais qu’il ait su que ces pièces avaient été avant lui traitées en latin, voilà ce qu’il **nie absolument** (//pernegat//).» 
- Colax Menandri est ; in ea est parasitus colax + 
- et miles gloriosus ; eas se non negat +
- personas transtulisse in Eunuchum suam +
-ex graeca ; sed eas fabulas factas prius  +
- Latinas scisse esse, id uero pernegat. +
-« Il existe de Ménandre un Flatteur, où figurent un flatteur parasite et un soldat fanfaron. L’auteur ne nie pas (non negat) qu’il ait transporté ces personnages de la pièce grecque dans son Eunuque ; mais qu’il ait su que ces pièces avaient été avant lui traitées en latin, voilà ce qu’il nie absolument (pernegat). »+
  
 ou d’exprimer un refus :  ou d’exprimer un refus : 
  
-Sén., Ben. 5, 17, 2 : Catoni populus Romanus praeturam negauit, consulatum pernegauit. +    * Sén., //Ben.//, 5, 17, 2: //Catoni populus Romanus praeturam **negauit**, consulatum pernegauit.// \\ «À Caton le peuple romain **refusa** (//negauit//) la préture une fois, le consulat plusieurs fois (//pernegauit//).» \\ (trad. Fr. Préchac).
-« À Caton le peuple romain refusa (negauit) la préture une fois, le consulat plusieurs fois (pernegauit). » (trad. Fr. Préchac).+
  
-Il est encore possible de retrouver une insistance particulière sur la négation et le refus lorsque le verbe est employé seul, sans parallèle avec negare . +Il est encore possible de retrouver une insistance particulière sur la négation et le refus lorsque le verbe est employé seul, sans parallèle avec //negare//((Au sens de « nier » : - Cic., //Cael.//, 65 ; - Val. Max. 8, 4, 2; - Suét., //Ner.//, 35, 2. Au sens de « refuser » : - Cic., //Verr.//, II, 4, 76 ; - Mart. 4, 81, 4 ; - Lact.,  //Diu.//, 1, 17, 17.))
  
- À l’inverse, le refus gêné s’exprime par subnegare, attesté par une seule occurrence : +À l’inverse, le refus gêné s’exprime par //subnegare//, attesté par une seule occurrence: 
  
-Cic., Fam. 7, 19 : Quod praesenti tibi subnegaram, non tribueram certe, id absenti debere non potui ; itaque, ut primum Velia nauigare coepi, institui Topica Aristotelea conscribere. +    * Cic., //Fam.//, 7, 19: //Quod praesenti tibi **subnegaram**, non tribueram certe, id absenti debere non potui; itaque, ut primum Velia nauigare coepi, institui Topica Aristotelea conscribere.// \\ «Le cadeau que je t’**ai pour ainsi dire refusé** en ta présence, que je ne t’ai, en tout cas, pas réservé, je n’ai pu me résigner à te le devoir en ton absence; aussi, dès que mon bateau eut quitté Velia, j’ai commencé à rédiger des //Topiques// dans le genre d’Aristote.» \\ (trad. J. Beaujeu).
-« Le cadeau que je t’ai pour ainsi dire refusé en ta présence, que je ne t’ai, en tout cas, pas réservé, je n’ai pu me résigner à te le devoir en ton absence ; aussi, dès que mon bateau eut quitté Velia, j’ai commencé à rédiger des Topiques dans le genre d’Aristote. » (trad. J. Beaujeu).+
  
-Les valeurs prises par les préverbés sont conformes aux valeurs des préverbes : un degré supérieur pour per-  et l’atténuation pour sub- .+Les valeurs prises par les préverbés sont conformes aux valeurs des préverbes: un degré supérieur pour //per-//((Voir VAN LAER, 2010, p.246-249.)) et l’atténuation pour //sub-//((Voir GARCIA-HERNANDEZ, 1995, p.308.)).
  
  
- 4.3. 2. Denegare+==== 4.3.2. Denegare ====
  
- Denegare, formé sur negare avec le préverbe de-, est, durant la période considérée, mieux attesté que pernegare, avec environ 70 occurrences, qui se répartissent chez des auteurs bien différents. On notera l’extrême rareté dans le style noble de l’épopée (Ov. M. 4, 368 ; 13, 186 ; Val. Flac. 7, 315). Si les deux sens de « nier » et de « refuser » sont attestés dès Plaute, c’est le second qui est le plus fréquent et qui est encore celui du fr. dénier.  +//Denegare//, formé sur //negare// avec le préverbe //de-//, est, durant la période considérée, mieux attesté que //pernegare//, avec environ 70 occurrences, qui se répartissent chez des auteurs bien différents. On notera l’extrême rareté dans le style noble de l’épopée (Ov. //M.//, 4, 368; 13, 186; Val. Flac. 7, 315). Si les deux sens de «nier» et de «refuser» sont attestés dès Plaute, c’est le second qui est le plus fréquent et qui est encore celui du fr. //dénier//. 
- Lorsque le verbe denegare signifie « nier », le contexte souligne assez souvent la force avec laquelle est exprimée cette opposition. Elle est en contradiction totale avec ce que pense l’interlocuteur :+  
 +Lorsque le verbe //denegare// signifie «nier», le contexte souligne assez souvent la force avec laquelle est exprimée cette opposition. Elle est en contradiction totale avec ce que pense l’interlocuteur:
  
-Pl., Amph. 849-851 :  +    * Pl., //Amph.//, 849-851: \\ //Quid si adduco tuum cognatum huc ab naui Naucratem, \\ qui mecum una uectust una naui, atque is si **denegat** \\ facta quae tua facta dicis, quid tibi aequum est fieri?// \\  «Si je t’amène ici du bateau ton cousin Naucratès, qui a fait la traversée avec moi sur le même navire, et s’il **affirme** que ce que tu dis **n’est pas vrai**, que mérites-tu?» \\  (trad. P. Grimal, Plaute – Théâtre complet I, Gallimard, 1991).
-Quid si adduco tuum cognatum huc ab naui Naucratem,  +
-qui mecum una uectust una naui, atque is si denegat +
-facta quae tua facta dicis, quid tibi aequum est fieri ?  +
-« Si je t’amène ici du bateau ton cousin Naucratès, qui a fait la traversée avec moi sur le même navire, et s’il affirme que ce que tu dis n’est pas vrai, que mérites-tu ? » (trad. P. Grimal, Plaute – Théâtre complet I, Gallimard, 1991).+
  
-Ailleurs, la personne qui nie, nie envers et contre tout :  
  
-Tac. Ann. 15, 57, 1: At illam non uerbera, non ignes, non ira eo acrius torquentium, ne a femina spernerentur, peruicere, quin obiecta denegaret. 
-« … mais elle, ni le fouet, ni le feu, ni la colère des bourreaux, qui redoublaient d’acharnement pour ne pas être bravés par une femme, ne purent triompher d’elle dans son obstination à nier. » (trad. P. Wuilleumier). 
  
- L’emploi de denegare « refuser » est mieux représenté en nombre d'occurrences. Par comparaison avec le verbe simpledenegare s’applique à un refus difficile à accepter ou à comprendre +Ailleursla personne qui nie, nie envers et contre tout
  
-Cic., Att61Si praefecturam negotiatori denegatam quereturquod ego Torquatio nostro … negaui. +    * Tac//Ann.//1557, 1//At illam non uerberanon ignes, non ira eo acrius torquentium, ne a femina spernerentur, peruicere, quin obiecta **denegaret**.// \\ «… mais elleni le fouet, ni le feu, ni la colère des bourreaux, qui redoublaient d’acharnement pour ne pas être bravés par une femme, ne purent triompher d’elle dans son obstination **à nier**.» \\ (trad. PWuilleumier).
-« S’il se plaint de ce que j’ai refusé une préfecture (denegatam) à un homme d’affairesquand j’ai opposé (negaui) le même refus … à notre cher Torquatus. » (trad. L.-AConstans et J. Bayet) +
  
-Il en est de même chez les auteurs chrétiens +L’emploi de //denegare// «refuser» est mieux représenté en nombre d'occurrences. Par comparaison avec le verbe simple, //denegare// s’applique à un refus difficile à accepter ou à comprendre
  
-Hil., Trin. 6, 50à propos de la nature du Christ comme corps  … et qua tandem, rogo, tu istud fide denegas, quod ne ipsi quidem negant qui nesciunt ? +    * Cic., //Att.//, 6, 16//Si praefecturam negotiatori **denegatam** queretur, quod ego Torquatio nostro … **negaui**.// \\ «S’il se plaint de ce que **j’ai refusé** une préfecture (denegatam) à un homme d’affaires, quand **j’ai opposé** (negaui) le même refus … à notre cher Torquatus.» \\ (tradL.-A. Constans et J. Bayet) 
-« … et enfin, je te le demande, en fonction de quelle foi nies-tu (denegas) ce que ne nient (negantmême pas ceux qui le méconnaissent ? »   .+
  
-En dehors de tout parallèle avec negare, les contextes de denegare mettent souvent en évidence le refus comme étant au cœur d’un enjeu, car il est plus ou moins justifiable en fonction des attentes des acteurs . Si le verbe negare paraît avoir, par rapport au simple negare, une valeur ‘intensive’, elle s’explique à partir de la valeur directive et perfective de de- pour un procès mené à son terme . +Il en est de même chez les auteurs chrétiens: 
  
 +    * Hil., //Trin.//, 6, 50, à propos de la nature du Christ comme corps: //… et qua tandem, rogo, tu istud fide denegas, quod ne ipsi quidem **negant** qui nesciunt?// \\ «… et enfin, je te le demande, en fonction de quelle foi nies-tu (//denegas//) ce que ne **nient** (//negant//) même pas ceux qui le méconnaissent?»((De même Hier, //Epist.//, 42, 2.)).
  
- 4.3.3Abnegare+En dehors de tout parallèle avec //negare//, les contextes de //denegare// mettent souvent en évidence le refus comme étant au cœur d’un enjeu, car il est plus ou moins justifiable en fonction des attentes des acteurs((- Varr., //RR.//, 2, 10, 9, mœurs en Illyrie: //Nec non etiam hoc, quas uirgines ibi appellant, non numquam annorum uiginti, quibus mos eorum non **denegauit**, ante nuptias ut succumberent quibus uellent et incomitatis ut uagari liceret et filios habere.// \\ «J’ajoute que celles que là-bas on appelle vierges, parfois âgées de vingt ans, se donnent avant leur mariage à qui leur plaît - la coutume du pays ne le leur //défend// pas – et elles ont le droit d’aller et de venir sans être accompagnées et d’avoir des enfants.» \\ (trad. Ch. Guiraud). \\  - Liv. 44, 22, 13: //Si quis est, qui, quod e re publica sit, suadere se mihi in eo bello, quod gesturus sum, confidat, is ne **deneget** operam rei publicae et in Macedoniam mecum ueniat.// \\  «S’il est quelqu’un qui s’assure d’être en mesure de me donner des conseils utiles à l’État dans la guerre que je vais faire, qu’il ne **refuse** pas ses services à l’État et qu’il vienne avec moi en Macédoine.» \\ (trad. P. Jal). \\ - Tert., //Ad. Marc.//, 4, 28:  //Christus uero postulatus a quodam ut inter et fratrem ipsius de diuidenda hereditate componeret, operam suam, et quidem tam probae causae, **denegauit**.// \\ «Le Christ, lui, sollicité par quelqu’un pour régler un différend entre lui et son frère sur le partage d’un héritage, **refusa** son concours quand il s’agissait d’une cause si honnête.»))Si le verbe //denegare// paraît avoir, par rapport au simple //negare//, une valeur ‘intensive’, elle s’explique à partir de la valeur directive et perfective de //de-// pour un procès mené à son terme((Voir BRACHET, 2000, 82-83.))
  
- Abnegare (préverbé en ab- sur negare) est lui aussi rare à l’époque classique. Il n’est pas attesté avant Virgile et Horace, et il est attesté surtout en poésie, y compris dans l’épopée .  
- Il est d’abord employé au sens de « refuser ». Les contextes laissent entendre que le refus a des conséquences majeures et qu’il est paradoxal, comme le refus d’Anchise de quitter Troie en flammes :  
  
-VirgEn2, 634-638 :  +==== 4.3.3. Abnegare ==== 
- Atque ubi iam patriae peruentum ad limina sedis + 
- antiquasque domos, genitor, quem tollere in altos + 
- optabam primum montis primumque petebam, +//Abnegare// (préverbé en //ab-// sur //negare//) est lui aussi rare à l’époque classique. Il n’est pas attesté avant Virgile et Horace, et il est attesté surtout en poésie, y compris dans l’épopée((- Virgile: 4 occurrences; - Horace, 1; - Lucain: 1; - Stace: 1; - Valérius Flaccus: 1; - Columelle: 1; - Sénèque: 1; - Quintilien: 1; - Pline le Jeune: 1.)). 
- abnegat excisa  uitam producere Troia +
- exsiliumque pati …  +
-« Mais dès que je fus arrivé au seuil de la demeure paternelle, notre antique maison, mon père que je voulais avant tout autre emmener dans les hautes montagneslui l’objet premier de mon retour, refuse, après Troie retranchée, de prolonger sa vie et d’endurer l’exil … » (tradJ. Perret+
    
-et la position d’abnegat au premier dactyle est, bien sûr, marquéeIl en est de même pour la situation, à première vue paradoxaled’un poète à qui l’on refuse de payer en partie l’œuvre +Il est d’abord employé au sens de «refuser»Les contextes laissent entendre que le refus a des conséquences majeures et qu’il est paradoxalcomme le refus d’Anchise de quitter Troie en flammes
  
- QuintInst11, 2, 11, à propos de Simonide Cum pugili coronato carmen, quale componi uictoribus solet, mercede pactascripsissetabnegatam ei pecuniae partem quod more poetis frequentissimo degressus in laudes Castoris ac Pollucis exierat. +    * Virg., //En.//, 2, 634-638\\  //Atque ubi iam patriae peruentum ad limina sedis \\ antiquasque domosgenitorquem tollere in altos \\ optabam primum montis primumque petebam\\ **abnegat** excisa  uitam producere Troia \\ exsiliumque pati …// \\  «Mais dès que je fus arrivé au seuil de la demeure paternellenotre antique maisonmon père que je voulais avant tout autre emmener dans les hautes montagnes, lui l’objet premier de mon retour**refuse**après Troie retranchéede prolonger sa vie et d’endurer l’exil …» \\ (trad. J. Perret)((De même - Virg., //En.// 7, 423; - Luc. 3, 262.)).  
-« Moyennant une somme convenueil avait écritpour un athlète qui avait été couronnéun de ces poèmes qu’il est usuel de composer pour les vainqueursmais on avait refusé de lui payer une partie de l’argentparce queselon la coutume très fréquente chez les poètesil avait fait des digressions et célébré Castor et Pollux. » (trad. J. Cousin) .+  
 +et la position d’//abnegat// au premier dactyle est, bien sûr, marquée. Il en est de même pour la situation, à première vue paradoxale, d’un poète à qui l’on refuse de payer en partie l’œuvre: 
  
-À partir de Sénèqueabnegare signifie aussi « renier (un dépôt) ». Negare estbien sûrégalement attesté dans ce sens : +    * Quint. Inst. 11, 2, 11, à propos de Simonide: //Cum pugili coronato carmenquale componi uictoribus solet, mercede pacta, scripsisset, **abnegatam** ei pecuniae partem quod more poetis frequentissimo degressus in laudes Castoris ac Pollucis exierat.// \\ «Moyennant une somme convenue, il avait écrit, pour un athlète qui avait été couronné, un de ces poèmes qu’il est usuel de composer pour les vainqueurs, mais on **avait refusé** de lui payer une partie de l’argent, parce que, selon la coutume très fréquente chez les poètes, il avait fait des digressions et célébré Castor et Pollux.» \\ (tradJ. Cousin)((De même Pline le Jeune//Epist.//10, 96, 7.)).
  
-Sén., Ben. 4, 10, 1 : Intuebor utilitatem eius, cui redditurus sum, et nociturum illi depositum negabo. 
-« Je regarderai l’intérêt de celui à qui j’ai l’intention de restituer, et si le dépôt doit lui faire tort, je le nierai. » 
  
-mais avec abnegare la négation du dépôt est mise en valeur à travers ses implications qui dépassent la situation factuelleCette négation est, en effetune pratique récurrente, telle celle d’un professionnel de la faillite +À partir de Sénèque, //abnegare// signifie aussi «renier (un dépôt//Negare// est, bien sûrégalement attesté dans ce sens
  
-Sén. Ben. 4, 26… non magis dabit beneficiumquam decoctori pecuniam credet aut depositum committet ei, qui iam pluribus abnegauit  +    * Sén., //Ben.//, 4, 101//Intuebor utilitatem eiuscui redditurus sum, et nociturum illi depositum **negabo**.// \\ «Je regarderai l’intérêt de celui à qui j’ai l’intention de restituer, et si le dépôt doit lui faire tort, je le **nierai**
-« … il n’ira pas faire plus de bien qu’il ne prêtera de l’argent à un professionnel de la faillite ou qu’il ne confiera un dépôt à celui qui en a nié plusieurs. » (trad. Fr. Préchac)+
  
-Elle est un engagement virulent que rien ne saurait ébranler :  
  
-Juv. 13, 92-94 :  
-Decernat quodcumque uolet de corpore nostro 
-Isis et irato feriat mea lumina sistro, 
-dummodo uel caecus teneam quos abnego nummos. 
-« Qu’Isis décide de mon corps ce qu’elle voudra, que sa colère frappe mes yeux de son sistre pourvu que, même aveugle, je puisse garder les écus dont je nie le dépôt. » (trad. P. Labriolle), 
  
-où la place d’abnegat au dactyle cinquième n’est pas due au hasard.+mais avec //abnegare// la négation du dépôt est mise en valeur à travers ses implications qui dépassent la situation factuelleCette négation est, en effet, une pratique récurrente, telle celle d’un professionnel de la faillite: 
  
- L’on ne s’étonnera pas que chez les auteurs chrétiens abnegare équivaille à negare « renier » avec, comme complément, une proposition ou un substantif désignant Dieu, la foi ou un élément de doctrine pour signifier « renier dieu / la foi » . En revanche, il faut souligner une innovation majeure : la construction d’abnegare avec un réfléchi afin d’exprimer une idée nouvelle, le renoncement à soi. Deux structures existent, illustrées par deux traductions d’un même passage des Évangiles, qui signifie : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même et prenne sa croix et qu’il me suive »   :+    * Sén., //Ben.,// 4, 26, 3: //… non magis dabit beneficium, quam decoctori pecuniam credet aut depositum committet ei, qui iam pluribus **abnegauit**.// \\   «… il n’ira pas faire plus de bien qu’il ne prêtera de l’argent à un professionnel de la faillite ou qu’il ne confiera un dépôt à celui qui en **a nié** plusieurs.» \\ (trad. Fr. Préchac) 
 + 
 +Elle est un engagement virulent que rien ne saurait ébranler:  
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 +    * Juv. 13, 92-94: \\  //Decernat quodcumque uolet de corpore nostro \\ Isis et irato feriat mea lumina sistro, \\ dummodo uel caecus teneam quos **abnego** nummos.// \\ «Qu’Isis décide de mon corps ce qu’elle voudra, que sa colère frappe mes yeux de son sistre pourvu que, même aveugle, je puisse garder les écus dont je **nie** le dépôt.» \\ (trad. P. Labriolle), 
 + 
 +où la place d’//abnegat// au dactyle cinquième n’est pas due au hasard. 
 + 
 +L’on ne s’étonnera pas que chez les auteurs chrétiens //abnegare// équivaille à //negare// «renier» avec, comme complément, une proposition ou un substantif désignant Dieu, la foi ou un élément de doctrine pour signifier «renier dieu / la foi((Ambr., //Off.//, 1, 49, à propos de ceux qui estiment que Dieu n’a pas le souci du monde: //Quod si aut Deum creatorem suum **abnegant** aut ferarum et bestiarum se haberi numero censent, quid de illis dicamus qui hac se condemnant iniuria?// \\ «S’ils **renient** Dieu leur créateur, ou s’ils estiment qu’ils sont comptés au nombre des bêtes sauvages et des animaux, que dire des gens qui se condamnent par cet outrage?» \\ (trad. M. Testard); \\ de même, - Tert., //Fug.//,12; - Nouat., //Trin.//, 11, 10; - Lact., //Div//, 7, 27, 6; - Arn., //Adu. Nat.//, 2, 51.))». En revanche, il faut souligner une innovation majeure: la construction d’//abnegare// avec un réfléchi afin d’exprimer une idée nouvelle, le renoncement à soi. Deux structures existent, illustrées par deux traductions d’un même passage des Évangiles, qui signifie : «Si quelqu’un veut venir à ma suite, **qu’il se renie lui-même** et prenne sa croix et qu’il me suive»:
    
- Vetus Latina, Matth. 16, 24 : si quis uult post me uenire, abneget se sibi et tollat crucem suam cotidie  et sequatur me. +    * Vetus Latina, //Matth.//, 16, 24: //si quis uult post me uenire, **abneget** se sibi et tollat crucem suam cotidie  et sequatur me.// \\ et: \\  Vulgate, //Matth.// 16, 24 : //si quis uult uenire post me, **abneget** semet ipsum.//
-et :  +
- Vulgate, Matth. 16, 24 : si quis uult uenire post me, abneget semet ipsum.+
  
-Les deux structures abneget se sibi / abneget semet ipsum constituent le calque du grec ἀπαρνησάσθω ἑαυτόν, qui donne au verbe latin  le sens de « se renier pour suivre Dieu » . Le calque  ἀπo - / ab- souligne l’éloignement de l'être humain sujet par rapport à lui-même, avec ce que cela implique de rapprochement à un autre niveau, celui de Dieu. Dans le groupe morpho-sémantique de negare, cet emploi d’abnegare est, assurément, le cas où l’association entre le verbe simple servant de base et le préverbe va le plus loin dans la création d’une nouvelle valeur. Cette structure avec réfléchi passe des traductions de la Bible aux textes d’analyse :  
  
-Ambr., Off. 1, 142 : Fides enim omnium Christus ; Ecclesia autem quaedam forma iustitiae est : commune ius omnium, in commune orat, in commune operatur, in commune temptatur ; denique qui seipsum sibi abnegat, ipse iustus, ipse dignus est Christo. 
-« La foi de tous en effet est le Christ. Or l’Église est comme la forme de la justice ; droit commun de tous, elle prie en commun, agit en commun, est tentée en commun ; ainsi celui qui renonce à soi-même est lui-même juste, est lui-même digne du Christ. » (trad. M. Testard). 
  
-Cet emploi est assez fréquentce qui explique que negare développe par analogie la même structure : +Les deux structures //abneget se sibi// / //abneget semet ipsum// constituent le calque du grec ἀπαρνησάσθω ἑαυτόν, qui donne au verbe latin  le sens de «se renier pour suivre Dieu((Le datif //sibi// à la place d’//ipsum// s’analyse comme un «écho au sujet»: voir SERBAT, 1996, p.579.))». Le calque  ἀπo - / //ab-// souligne l’éloignement de l'être humain sujet par rapport à lui-même, avec ce que cela implique de rapprochement à un autre niveau, celui de Dieu. Dans le groupe morpho-sémantique de //negare//, cet emploi d’//abnegare// est, assurément, le cas où l’association entre le verbe simple servant de base et le préverbe va le plus loin dans la création d’une nouvelle valeur. Cette structure avec réfléchi passe des traductions de la Bible aux textes d’analyse
  
-Ambr., Psalm11811… qui se ipsum negatut adhaereat Christo.  +    * Ambr., //Off.//1142//Fides enim omnium Christus ; Ecclesia autem quaedam forma iustitiae est: commune ius omnium, in commune orat, in commune operatur, in commune temptatur; denique qui seipsum sibi **abnegat**ipse iustus, ipse dignus est Christo.// \\ «La foi de tous en effet est le Christ. Or l’Église est comme la forme de la justice ; droit commun de tous, elle prie en commun, agit en commun, est tentée en commun ; ainsi celui qui **renonce** à soi-même est lui-même juste, est lui-même digne du Christ.» \\ (trad. M. Testard).
-« … celui qui renonce à soi-même pour aller avec le Christ. »+
  
-Le syntagme verbal se abnegare a son correspondant nominal, certes plus rare, sui abnegatio : 
  
-Hier., Epist., 121, 3 : ‘Si quis uult uenire post me, abneget se ipsum’ … Quae est sui abnegatio ? … Qui in me credit, debet suum sanguinem fundere.  
-« ‘Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il se renonce’ Qu’est-ce que cette renonciation de soi  ?  …. Qui croit en moi doit verser son sang. » (trad. J. Labourt),  
  
-qui est à l’origine (par emprunt savant) de fr. abnégation, lequel signifie justement « renoncement ou sacrifice volontaire, consenti dans un intérêt supérieur et portant sur une partie de soi-même » .  +Cet emploi est assez fréquent, ce qui explique que //negare// développe par analogie la même structure:  
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 +    * Ambr., //Psalm.//, 118, 11, 5: //… qui se ipsum **negat**, ut adhaereat Christo.// \\  «… celui qui **renonce** à soi-même pour aller avec le Christ.» 
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 +Le syntagme verbal //se abnegare// a son correspondant nominal, certes plus rare, //sui abnegatio//: 
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 +    * Hier., //Epist.//, 121, 3: //‘Si quis uult uenire post me, abneget se ipsum’ … Quae est **sui abnegatio**? … Qui in me credit, debet suum sanguinem fundere.// \\  «‘Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il se renonce’ Qu’est-ce que cette **renonciation de soi** ? …. Qui croit en moi doit verser son sang.» \\ (trad. J. Labourt), 
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 +qui est à l’origine (par emprunt savant) de fr. //abnégation//, lequel signifie justement «renoncement ou sacrifice volontaire, consenti dans un intérêt supérieur et portant sur une partie de soi-même»((Définition empruntée au //Trésor de la Langue Française//, s. v. //Abnégation//, vol. 1.)).   
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 +«Dire que ne ... pas, nier l’existence de» relève de la prise de position sur ce qui est, tnadis que «refuser quelque chose à quelqu’un, refuser de, refuser que» est une prise de position contre ce qui pourrait se produire. Ces deux valeurs ont pour point commun le fait que la persone en fonction de sujet n’intègre pas dans son univers de croyance une donnée présentée comme réelle ou possible. //Negare// est le seul élément du groupe morpho-sémantique à développer les deux valeurs: en effet, dans les autres termes, c'est seulement l'une de ces valeurs qui existe seule ou prédomine largement. 
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 +Cette double orientation sémantique de la négation et du refus est à la base de développements sémantiques. Plusieurs nuances sont ainsi significatives: des préverbés ont un usage récurrent pour dénoter la force avec laquelle sont exprimés la négation et le refus (//pernegare//, //denegare//), mais ils marquent aussi l’insistance sur les enjeux de la négation et du refus par rapport aux présupposés et aux attentes des autres acteurs (//denegare//, //abnegare//). D’autres emplois s’inscrivent dans une évolution plus longue: ils sont liés à la pensée chrétienne (//negare, negatio, negator// et le reniement de la foi, //abnegare// et l’abnégation) et à la philosophie, avec //negatiuus// qui désigne le négatif par opposition à l’affirmatif et au  positif. La négation et le refus ne sont pas de simples assertions, mais visent à produire un effet sur l’autre pour le convaincre. 
  
-  « Dire que ne ... pas, nier l’existence de » relève de la prise de position sur ce qui est, tnadis que « refuser quelque chose à quelqu’un, refuser de, refuser que » est une prise de position contre ce qui pourrait se produire. Ces deux valeurs ont pour point commun le fait que la persone en fonction de sujet n’intègre pas dans son univers de croyance une donnée présentée comme réelle ou possible. Negare est le seul élément du groupe morpho-sémantique à développer les deux valeurs en effet, dans les autres termes, c'est seulement l'une de ces valeurs qui existe seule ou prédomine largement.  +\\ 
- Cette double orientation sémantique de la négation et du refus est à la base de développements sémantiques. Plusieurs nuances sont ainsi significatives des préverbés ont un usage récurrent pour dénoter la force avec laquelle sont exprimés la négation et le refus (pernegare, denegare), mais ils marquent aussi l’insistance sur les enjeux de la négation et du refus par rapport aux présupposés et aux attentes des autres acteurs (denegare, abnegare). D’autres emplois s’inscrivent dans une évolution plus longue ils sont liés à la pensée chrétienne (negare, negatio, negator et le reniement de la foi, abnegare et l’abnégation) et à la philosophie, avec negatiuus qui désigne le négatif par opposition à l’affirmatif et au  positif. La négation et le refus ne sont pas de simples assertions, mais visent à produire un effet sur l’autre pour le convaincre.+\\ 
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