Différences

Cette page vous donne les différences entre la révision choisie et la version actuelle de la page.

dictionnaire:negare4 [2016/05/03 11:27]
ollivier
dictionnaire:negare4 [2016/05/03 19:37] (Version actuelle)
ollivier
Ligne 157: Ligne 157:
  
  
-    * Nep., //Dion.//, 2, 2, à propos de Denys: //Qui quidem, cum Platonem Tarentum uenisse fama in Siciliam esset perlata, adulescenti **negare** non potuerit quin eum accerseret, cum Dion eius audiendi cupiditate flagraret.// \\ «Aussi quand se fut répandu dans toute la Sicile que Platon était arrivé à Tarente, il ne put refuser au jeune homme de l’appeler à le voir, Dion brûlant du désir de l’entendre.((De même Liv. 40, 36, 2.))»+    * Nep., //Dion.//, 2, 2, à propos de Denys: //Qui quidem, cum Platonem Tarentum uenisse fama in Siciliam esset perlata, adulescenti **negare** non potuerit quin eum accerseret, cum Dion eius audiendi cupiditate flagraret.// \\ «Aussi quand se fut répandu dans toute la Sicile que Platon était arrivé à Tarente, il ne put **refuser** au jeune homme de l’appeler à le voir, Dion brûlant du désir de l’entendre.((De même Liv. 40, 36, 2.))»
      
  
-mais cet emploi reste très rare et il est dû à l’influence de //non recusare quin//((Voir FLECK, 2008, 287 et 379 et, dans le //DHELL//, 1ère partie "Lexique latin", 1ère sous-partie "Dictionnaire" : s.v. //quin// § 4. 2. B. 1. Cf. ORLANDINI, 2001, p.89-93. .+mais cet emploi reste très rare et il est dû à l’influence de //non recusare quin//((Voir FLECK, 2008, 287 et 379 et, dans le //DHELL//, 1ère partie "Lexique latin", 1ère sous-partie "Dictionnaire" : s.v. //quin// § 4. 2. B. 1. Cf. ORLANDINI, 2001, p.89-93.)).
  
  
Ligne 194: Ligne 194:
    
  
-    * Tac., //Hist.//, 4, 65, 4: //Sic lenitis Tencteris legati ad Ciuilem ac Veledam missi cum donis cuncta  ex uoluntate Agrippinensium perpetrauere; sed coram adire adloquique Veledam **negatum**.// \\  «Les Tenctères ainsi calmés, une délégation fut envoyée à Civilis et à Véléda avec des présents, et elle obtint tout ce que souhaitaient les habitants de Cologne, mais //on// lui //refusa//  d’être reçue par Véléda et de lui parler.» \\ (trad. J. Hellegouarc’h).+    * Tac., //Hist.//, 4, 65, 4: //Sic lenitis Tencteris legati ad Ciuilem ac Veledam missi cum donis cuncta  ex uoluntate Agrippinensium perpetrauere; sed coram adire adloquique Veledam **negatum**.// \\  «Les Tenctères ainsi calmés, une délégation fut envoyée à Civilis et à Véléda avec des présents, et elle obtint tout ce que souhaitaient les habitants de Cologne, mais on lui **refusa**  d’être reçue par Véléda et de lui parler.» \\ (trad. J. Hellegouarc’h).
  
  
Ligne 201: Ligne 201:
  
  
- 4.1. 3. La polysémie de negare +==== 4.1.3. La polysémie de negare ==== 
 + 
  
- La validité de la distinction entre « nier, dire que ne ... pas » et « refuser » est assurée par la présence d’antonymes différents, mais entre ces deux valeurs un lien existe : « nier », c’est ne pas admettre la réalité et la vérité de quelque chose ; « refuser », c’est ne pas admettre la possibilité que se réalise quelque chose. L’unité du verbe tient à ce que l'être en fonction de  sujet n’intègre pas dans son univers de croyance une donnée présentée comme réelle ou possible. L’une des originalités du sémantisme de negare tient à ce qu’une même structure peut s’employer dans les deux valeurs : negare + acc. peut signifier « nier l’existence de quelque chose » et « refuser quelque chose », negare + prop. inf. « dire que ne ... pas » et « refuser que ». La différence sémantique ne dépend pas de la construction, mais du contenu exprimé dans ces compléments, selon qu’il concerne une assertion sur la réalité ou une possibilité, ce qui caractérise une polysémie interne . +La validité de la distinction entre «nier, dire que ne ... pas» et «refuser» est assurée par la présence d’antonymes différents, mais entre ces deux valeurs un lien existe: «nier», c’est ne pas admettre la réalité et la vérité de quelque chose; «refuser», c’est ne pas admettre la possibilité que se réalise quelque chose. L’unité du verbe tient à ce que l'être en fonction de  sujet n’intègre pas dans son univers de croyance une donnée présentée comme réelle ou possible. L’une des originalités du sémantisme de //negare// tient à ce qu’une même structure peut s’employer dans les deux valeurs: //negare// + acc. peut signifier «nier l’existence de quelque chose» et «refuser quelque chose»//negare// + prop. inf. «dire que ne ... pas» et «refuser que». La différence sémantique ne dépend pas de la construction, mais du contenu exprimé dans ces compléments, selon qu’il concerne une assertion sur la réalité ou une possibilité, ce qui caractérise une polysémie interne((Voir MARTIN, 1992, p.89 et MOUSSY, 2011, p.126-129.))
  
  
- 4.1.4. Negare  chez les auteurs chrétiens+==== 4.1.4. Negare  chez les auteurs chrétiens ====
  
- Chez les auteurs  chrétiens, negare est construit avec une proposition infinitive ou un accusatif pour signifier que la personne en fonction de sujet nie un point de doctrine, et la structure est assez fréquente dans l’expression des désaccords théologiques . Cet emploi s’inscrit dans la continuité de l’usage antérieur. S’observe aussi la construction de negare avec un accusatif comme fidem, pour laquelle l’interprétation par « nier » ou « refuser » ne va pas de soi au premier abord. En effet, dans un passage tel que :  
  
-Lucif. Calarit.Quia absentem … 132 : Quis homo dicis : ‘Damnate absenteminauditum, innocentem’ ? certe is qui iam fidem apostolicam negaueras atque euangelicamnempe is, qui traditionem beatorum  destruxeras … apostolorum. +Chez les auteurs  chrétiens//negare// est construit avec une proposition infinitive ou un accusatif pour signifier que la personne en fonction de sujet nie un point de doctrineet la structure est assez fréquente dans l’expression des désaccords théologiques((- Tert.//Ad Marc.// 4548: //… sententia haereticorum **negantium** carnis salutem …// \\  «… la pensée des hérétiques qui **nient** le salut de la chair …»; \\ - Tert.//AduMarc.// 3388//… antichristos … **negantes** Christum in carne uenisse …// \\ «… les ennemis du Christ **disant** que le Christ **n’**est **pas** venu en prenant la forme de la chair …».)). Cet emploi s’inscrit dans la continuité de l’usage antérieur. S’observe aussi la construction de //negare// avec un accusatif comme //fidem//, pour laquelle l’interprétation par «nier» ou «refuser» ne va pas de soi au premier abordEn effetdans un passage tel que: 
-« Qui es-tu toipour dire :’ Condamnez celui qui est absent, celui qui n’est pas écouté, celui qui est innocent’ ? En tout cas, un homme qui avait déjà renié la foi des apôtres et des Évangiles, assurément un homme qui … avait détruit le message des bienheureux apôtres»,+ 
  
-la personne invectivée rejette la foi à laquelle elle a adhéréce qui représente quelque chose de nouveau par rapport à la négation et au refus l’existence de la foi n’est pas niée, la personne ne la refuse paselle s’en détourne avec forceLa spécificité de ce mouvement est d’ailleurs bien illustrée par : +    * Lucif. Calarit., //Quia absentem …//, 1, 32: //Quis homo dicis: ‘Damnate absentem, inaudituminnocentem’ ? certe is qui iam fidem apostolicam **negaueras** atque euangelicam, nempe is, qui traditionem beatorum  destruxeras … apostolorum.// \\ «Qui es-tu toi, pour dire’Condamnez celui qui est absent, celui qui n’est pas écoutécelui qui est innocent’? En tout cas, un homme qui **avait** déjà **renié** la foi des apôtres et des Évangilesassurément un homme qui … avait détruit le message des bienheureux apôtres.»,
  
- Ambrosiast. Comm. ad Tim. I, 5, 8 : ‘Si quis autem suorum et maxime domesticorum  curam non habet, fidem negauit et est infideli deterior’  
-« En effet, celui qui ne se préoccupe pas des siens et surtout de ceux qui vivent dans sa maison, il a renié la foi et il est pire qu’un homme sans foi. »’ .  
  
-À côté de « nier l’existence de » et de « refuser », se développe donc un nouveau sens « renier », c’est-à-dire « refuser d’admettre ce dont on a reconnu l’existence ». Sa spécificité est d’ailleurs attestée par l’antonymie avec un verbe particulier, confiteri :  
  
-Aug.Ev. Ioh. 66, 1 Quanta enim uita est confiteri Christumtanta mors est negare Christum …  +la personne invectivée rejette la foi à laquelle elle a adhéréce qui représente quelque chose de nouveau par rapport à la négation et au refusl’existence de la foi n’est pas niée, la personne ne la refuse paselle s’en détourne avec forceLa spécificité de ce mouvement est d’ailleurs bien illustrée par: 
-« Aussi grande en effet est la vie dans la proclamation du Christaussi grande la mort dans son reniement …  » .+
  
- Le thème nega- du verbe negare sert de base de suffixation pour plusieurs substantifs et adjectifs, et negare fournit également des verbes préverbés. Mais autant le verbe negare présente une fréquence extrêmement importante et une polysémie large, autant les termes qui en sont dérivés ont en général un emploi restreintvoire plus spécialisé.+    * Ambrosiast. //Comm. ad Tim.// I, 5, 8: //‘Si quis autem suorum et maxime domesticorum  curam non habetfidem **negauit** et est infideli deterior’// \\  « En effet, celui qui ne se préoccupe pas des siens et surtout de ceux qui vivent dans sa maisonil **a renié** la foi et il est pire qu’un homme sans foi.»’((De même Tert., //Ad Valent.//, 178 ; Cypr., //Epist.// 59, 12.)). 
 + 
  
 +À côté de «nier l’existence de» et de «refuser», se développe donc un nouveau sens «renier», c’est-à-dire «refuser d’admettre ce dont on a reconnu l’existence». Sa spécificité est d’ailleurs attestée par l’antonymie avec un verbe particulier, //confiteri//:
 + 
  
-4.2. Les suffixés+    * Aug., //Ev. Ioh.// 66, 1: //Quanta enim uita est confiteri Christum, tanta mors est **negare** Christum …// \\  «Aussi grande en effet est la vie dans la proclamation du Christ, aussi grande la mort dans son **reniement** …((Tert., //Scorp.//, 167 ; Adu. //Prax.//, 29 ; Cypr., //Epist.// 16, ; Ambr., //Iac.// 1, 6, 21; Aug. //Doctr.//, 4, 29.))».
  
- Les dérivés suffixés sur le thème nega- de negare sont deux substantifs (negatio, negator) et un adjectif (negatiuus). 
  
- 4.2.1. Le substantif negatio+Le thème //nega-// du verbe //negare// sert de base de suffixation pour plusieurs substantifs et adjectifs, et //negare// fournit également des verbes préverbésMais autant le verbe //negare// présente une fréquence extrêmement importante et une polysémie large, autant les termes qui en sont dérivés ont en général un emploi restreint, voire plus spécialisé.
  
- Le nom de procès negatio, fait avec le suffixe -tio (-tionis F.), n’est pas attesté antérieurement à la Rhétorique à Herennius ; il est rare à l’époque classique , mais sa fréquence ensuite s’accroît à partir du +IIème s. ap. J.-C., en particulier chez les auteurs chrétiens, sans qu’il soit très usuel par rapport à l’ampleur du corpus et par comparaison avec le verbe negare (Tertullien : 30 occurrences ; Ambroise : 7 ; Augustin : 79 ; Jérôme : 30). Cette prédominance de negare chez ces auteurs est l’indice d’une valeur  particulière pour negatio.  
- En relation avec negare « dire que ne ... pas », le nom de procès negatio désigne l’assertion négative, qui constitue une modalité d’expression bien précise dans le vocabulaire de l’éloquence  ou énonce une impossibilité . Il s’agit d’applications référentielles techniques. C’est chez les auteurs chrétiens que negatio a les occurrences les plus nombreuses. Le développement de l’emploi de negare pour « renier la foi» a comme corollaire celui de negatio « reniement » :  
  
-Minuc. 28, : Et si qui infirmior malo pressus et uictus Christianum se negasset, fauebamus ei, quasi eierato nomine iam omnia facta sua illa negatione purgaret.  +===== 4.2Les suffixés =====
-« Et quand un faible, acculé, vaincu par les tourments, avait nié être un chrétien, nous le félicitions d’avoir renié son nom et de laver ainsi tous ses actes par cette dénégation. » (trad JBeaujeu) , +
  
-Et l’un des exemples emblématiques est, bien sûr, le reniement de Pierre :  
  
-Hier, Epist. 122, 1: Petrus trinam negationem amaritudine abluit lacrimarum.  
-« Pierre a lavé son triple reniement dans l’amertume de ses larmes. » 
  
- Le sens de « refus » estlui, très rare, avec une occurrence isolée chez Apulée .+Les dérivés suffixés sur le thème //nega-// de //negare// sont deux substantifs (//negatio////negator//) et un adjectif (//negatiuus//).
  
  
- 4.2.2. Le nom d'agent negator 
  
- Le nom d’agent negator, formé avec le suffixe -tor (-tōris M.) d'agent, est attesté exclusivement chez les auteurs chrétiens à partir de Tertullien avec des fréquences variables (Tertullien : 17 occ; Lucifer Calaritanus : 29 ; Augustin  : 28 ; Jérôme : 5)À la suite du nouvel emploi de negare – negatio, le substantif negator signifie  « renégat » : +==== 4.2.1Le substantif negatio ====
  
-Tert., Praescr.  11 : Ita fidem meam deserens, negator inuenior …  
-« En abandonnant ainsi ma foi, je me découvre comme renégat … » .  
  
 +Le nom de procès //negatio//, fait avec le suffixe //-tio// (//-tionis// F.), n’est pas attesté antérieurement à la //Rhétorique à Herennius// ; il est rare à l’époque classique((- //Rhét. Her.//: 3 occurrences; - Cicéron: 3 (discours et traités de rhétorique), 2 (traités philosophiques).)) , mais sa fréquence ensuite s’accroît à partir du +IIème s. ap. J.-C., en particulier chez les auteurs chrétiens, sans qu’il soit très usuel par rapport à l’ampleur du corpus et par comparaison avec le verbe //negare// (- Tertullien : 30 occurrences ; - Ambroise: 7 ; - Augustin: 79 ; - Jérôme : 30). Cette prédominance de //negare// chez ces auteurs est l’indice d’une valeur  particulière pour //negatio//.
  
- 4.2.3. Rapport avec le groupe morpho-sémantique de confiteri +  
 +En relation avec //negare// « dire que ne ... pas », le nom de procès //negatio// désigne l’assertion négative, qui constitue une modalité d’expression bien précise dans le vocabulaire de l’éloquence((//Rhét. Her.//, 4, 59, à propos de l’éloquence: //Et quomodo quattuor de causis  sumitur, item quattuor modis dicitur : per contrarium, per **negationem**, per conlationem, per breuitatem  … Per **negationem** dicetur probandi causa hoc modo: ‘Neque equus indomitus, quamuis bene natura compositus sit, idoneus potest esse ad eas utilitates quae desiderantur ab equo; neque homo indoctus, quamuis sit ingeniosus, ad uirtutem potest peruenire.’// \\ «Étant utilisée pour quatre motifs, l’éloquence s’exprime aussi de quatre façons:  par le contraire, **la négation**, le parallèle et le rapprochement rapide… Pour démontrer, la comparaison sera employée sous forme de **négation** de la façon suivante : ‘Non, un cheval qui n’a pas été dompté, quelle que soit l’excellence de sa complexion naturelle, ne peut rendre les services que l’on attend d’un cheval; et quelqu’un d’ignorant, si dévoué soit-il, ne peut pas davantage devenir un homme de valeur’.» \\ (trad. G. Achard). \\ De même Cic., //Part.//, 102 ; //Inu.//,  1, 28, 42 ; //Sull.//, 39.))  ou énonce une impossibilité(( Cic. //Fat.//, 8, 15: //Quaero enim, si Chaldaei ita loquantur,  ut **negationes** infinitarum coniunctionum potius quam infinita conexa ponant, cur idem medici, cur geometrae, cur reliqui facere non possint?//  \\ « Je vous le  demande en effet : si les Chaldéens énonçaient des **propositions générales niant** des  conjonctions d’ordre général plutôt que des rapports conditionnels généraux, pourquoi les médecins, les géomètres et tous les autres ne pourraient-ils pas faire de même?» \\ (trad. A. Yon – Fr. Guillaumont modifiée).)). Il s’agit d’applications référentielles techniques. C’est chez les auteurs chrétiens que //negatio// a les occurrences les plus nombreuses. Le développement de l’emploi de //negare// pour «renier la foi» a comme corollaire celui de //negatio// «reniement»: 
 +  
 + 
 +    * Minuc. 28, 4: //Et si qui infirmior malo pressus et uictus Christianum se **negasset**, fauebamus ei, quasi eierato nomine iam omnia facta sua illa **negatione** purgaret.// \\  «Et quand un faible, acculé, vaincu par les tourments, avait nié être un chrétien, nous le félicitions d’**avoir renié** son nom et de laver ainsi tous ses actes par cette **dénégation**.» \\ (trad.  J. Beaujeu)((De même Tert., //Mon.//,15, à propos de la chair: //Cur illam in alia causa neque sustinent neque uenia fouent, cum tormentis expugnata est in **negationem**?// \\ «Pourquoi dans une autre ne la soutiennent-ils pas ni ne l’excusent-ils pas affectueusement, quand on la met, cette chair, à la torture pour la forcer **à nier**?» \\ (trad. P. Mattéi, Édition Sources Chrétiennes).)), 
 +  
 + 
 +Et l’un des exemples emblématiques est, bien sûr, le reniement de Pierre: 
 +  
 + 
 +    * Hier, //Epist.// 122, 1: //Petrus trinam **negationem** amaritudine abluit lacrimarum.// \\ «Pierre a lavé son triple reniement dans l’amertume de ses larmes.» 
 + 
 + 
 +Le sens de «refus» est, lui, très rare, avec une occurrence isolée chez Apulée((Apul.,// M.//, 10, 4 : //Repentino malo perturbatus adolescens, quamquam tale facinus protinus exhorruisset, non tamen **negationis** intempestiua seueritate putauit exasperandum, sed cautae promissionis dilatione leniendum.// \\ «Bouleversé par cette catastrophe soudaine, le jeune homme, bien qu’il frissonnât d’horreur  devant un tel forfait, pensa qu’il ne fallait pas envenimer la situation par la rigueur inopportune **d’un refus** et qu’il valait mieux l’apaiser par une prudente promesse dilatoire.»)). 
 + 
 + 
 +==== 4.2.2. Le nom d'agent negator ==== 
 + 
 + 
 + 
 +Le nom d’agent //negator//, formé avec le suffixe //-tor// (//-tōris// M.) d'agent, est attesté exclusivement chez les auteurs chrétiens à partir de Tertullien avec des fréquences variables (- Tertullien: 17 occ.; - Lucifer Calaritanus: 29; - Augustin: 28; - Jérôme: 5). À la suite du nouvel emploi de //negare// – //negatio//, le substantif //negator// signifie  «renégat»: 
 + 
 +  
 + 
 +    * Tert., //Praescr.//, 11: //Ita fidem meam deserens, **negator** inuenior …// \\  «En abandonnant ainsi ma foi, je me découvre comme **renégat**…»((Tert., //Fug.//, 1, 29 : //Haec pala illa, quae et nunc dominicam aream purgat, ecclesiam scilicet,  confusum aceruum fidelium euentilans et discernens frumentum martyrum  et paleas **negatorum**.// \\ « C’est un van au moyen duquel le seigneur purifie son aire qui est l’église même en agitant de son souffle ce confus magma de fidèles pour séparer le froment divin des martyrs d’avec la paille stérile des **apostats**.»)).  
 + 
 + 
 +==== 4.2.3. Rapport avec le groupe morpho-sémantique de confiteri ==== 
 + 
   
- Celui qui renie sa foi est à l’exact opposé de celui qui la proclame, et cette réalité essentielle de la vie chrétienne se lexicalise par l’antonymie entre negare « renier » et confiteri, lequel trouve là un emploi inférieur en nombre d’occurrences par rapport à celui d’« avouer »  , mais néanmoins bien attesté, en particulier dans les traités : +Celui qui renie sa foi est à l’exact opposé de celui qui la proclame, et cette réalité essentielle de la vie chrétienne se lexicalise par l’antonymie entre //negare// «renier» et //confiteri//, lequel trouve là un emploi inférieur en nombre d’occurrences par rapport à celui d’«avouer»((Tert., //Paen.//, 9, 2: //**Confiteantur** singuli … delictum suum …// \\ « Que chacun **avoue** sa faute … »)), mais néanmoins bien attesté, en particulier dans les traités:  
 + 
 +    * Tert., //Scorp.//, 170: //Qui pluris, inquit, fecerit etiam animam suam quam me, non est me dignus, id est qui maluerit uiuere me **negando** quam mori confitendo, et, qui animam suam inuenerit, perdet illam, qui uero perdiderit mei causa, inueniet illam.// \\ «Celui qui, dit-il, aura estimé sa vie même plus que moi n’est pas digne de moi, c’est-à-dire celui qui aura mieux aimé  vivre **en** me **reniant** que mourir en me proclamant et celui qui aura trouvé sa vie la perdra, tandis que celui qui l’aura perdue pour moi la trouvera.» 
  
-Tert., Scorp. 170 : Qui pluris, inquit, fecerit etiam animam suam quam me, non est me dignus, id est qui maluerit uiuere me negando quam mori confitendo, et, qui animam suam inuenerit, perdet illam, qui uero perdiderit mei causa, inueniet illam. 
-« Celui qui, dit-il, aura estimé sa vie même plus que moi n’est pas digne de moi, c’est-à-dire celui qui aura mieux aimé  vivre en me reniant que mourir en me proclamant et celui qui aura trouvé sa vie la perdra, tandis que celui qui l’aura perdue pour moi la trouvera. » 
  
 L’enjeu est la prise de position devant la foi, selon qu’il s’agit de la renier ou de la proclamer, avec ce que cela implique de force dans un sens ou dans un autre.   L’enjeu est la prise de position devant la foi, selon qu’il s’agit de la renier ou de la proclamer, avec ce que cela implique de force dans un sens ou dans un autre.  
  
- L’antonymie des verbes negare - confiteri explique celle des substantifs negatio - confessio : +L’antonymie des verbes //negare// //confiteri// explique celle des substantifs //negatio// //confessio//: 
 + 
  
-Tert., Scorp. 164 : Manifesta, ut opinor, definitio et ratio est tam confessionis quam negationis, etsi dispositio diuersa est. Qui se Christianum confitetur, Christi se esse testatur … +    * Tert., //Scorp.//, 164: //Manifesta, ut opinor, definitio et ratio est tam confessionis quam **negationis**, etsi dispositio diuersa est. Qui se Christianum confitetur, Christi se esse testatur …// \\ «Autant pour la proclamation que pour le **reniement**, la définition et le principe sont clairs, je pense, bien que l’orientation soit opposée. Celui qui fait profession d’être chrétien, se reconnaît pour le disciple du Christ …»
-« Autant pour la proclamation que pour le reniement, la définition et le principe sont clairs, je pense, bien que l’orientation soit opposée. Celui qui fait profession d’être chrétien, se reconnaît pour le disciple du Christ … »+
  
-L’opposition entre negator et confessor est plus fréquente, et elle se trouve non seulement dans les traités théologiques, mais aussi dans les textes qui s’adressent au peuple des chrétiens, comme les sermons :  
  
-Aug., Serm. 277 : Haec ergo differentia separatura est iustos ab iniustisfideles ab infidelibusconfessores ab negatoribus, amatores uitae periturae ab amatoribus uitae aeternae. +L’opposition entre //negator// et //confessor// est plus fréquenteet elle se trouve non seulement dans les traités théologiquesmais aussi dans les textes qui s’adressent au peuple des chrétienscomme les sermons: 
-« Cette différence va séparer les justes des injustes, les fidèles des infidèles, ceux qui proclament de ceux qui renient, ceux qui aiment la vie périssable et ceux qui aiment la vie éternelle. »+ 
  
- L’expression des idées de reniement et de proclamation de la foi a été sensiblement renouvelée dans l’évolution du latin au françaisNegator n’a rien donnétandis que negare et negatio ont été supplantésdans cette application référentiellepar frrenier et son suffixé fr. reniementavec un verbe fr. renier issu de lat. renegareattesté seulement à partir du XIème s+    * Aug., //Serm.//277: //Haec ergo differentia separatura est iustos ab iniustisfideles ab infidelibus, confessores ab **negatoribus**, amatores uitae periturae ab amatoribus uitae aeternae.// \\ «Cette différence va séparer les justes des injustesles fidèles des infidèles, ceux qui proclament de **ceux qui renient**ceux qui aiment la vie périssable et ceux qui aiment la vie éternelle.»
  
-Bernard de Morlaix (= Bernard de Cluny), De trin. 1098, à propos du reniement de Pierre : Apparens hylarat flentem quod eum renegarat.  
-« Il se montre souriant devant son reniement dans les pleurs. »  
  
- Les termes français issus du groupe lat. confiteri, confessio, confessor sont pour certains des empruts savants au latin (frconfession)mais si le sens d’« aveu » est prédominantcelui d’« affirmation forte, proclamation » apparaît comme vieilli dans les notices des dictionnaires, par exemple celle du Trésor de la Langue Française (TLF)Ce sens est d’ordinaire porté par d’autres lexèmes : fr. affirmerproclamer sa foi+L’expression des idées de reniement et de proclamation de la foi a été sensiblement renouvelée dans l’évolution du latin au français//Negator// n’a rien donnétandis que //negare// et //negatio// ont été supplantés, dans cette application référentielle, par fr//renier// et son suffixé fr. //reniement//avec un verbe fr//renier// issu de lat. //renegare//, attesté seulement à partir du XIème s.: 
  
- Le sens de "renoncer à sa foi" représente numériquement l’essentiel des emplois des dérivés de negaremais c’est aussi le domaine où le vocabulaire se renouvelle entre le latin et le françaiset il en est de même pour la situation inverse, c’est-à-dire la déclaration de la foiCes observations lexicales ouvrent sur des enjeux spirituels et culturels.+     * Bernard de Morlaix (= Bernard de Cluny)//De trin.// 1098, à propos du reniement de Pierre: //Apparens hylarat flentem quod eum **renegarat**.// \\  «Il se montre souriant devant son reniement dans les pleurs.» 
  
 +Les termes français issus du groupe lat. //confiteri, confessio, confessor// sont pour certains des empruts savants au latin (fr. //confession//), mais si le sens d’«aveu» est prédominant, celui d’«affirmation forte, proclamation» apparaît comme vieilli dans les notices des dictionnaires, par exemple celle du //Trésor de la Langue Française (TLF)//. Ce sens est d’ordinaire porté par d’autres lexèmes : fr. //affirmer, proclamer sa foi//.
 + 
  
- 4.2.4. L'adjectif negātīuus+Le sens de "renoncer à sa foi" représente numériquement l’essentiel des emplois des dérivés de //negare//, mais c’est aussi le domaine où le vocabulaire se renouvelle entre le latin et le français, et il en est de même pour la situation inverse, c’est-à-dire la déclaration de la foiCes observations lexicales ouvrent sur des enjeux spirituels et culturels.
  
- Quant à l’adjectif negātīuus (fait avec le suffixe -tīuus, -a, -um), il est beaucoup plus rare. Il n’est pas attesté antérieurement à Gaius au +IIe s. apr. J.-C. (1 occ.) ; il n’est présent dans le latin des auteurs chrétiens que par 4 occurrences chez Augustin et l’essentiel de ses emplois se concentre chez Boèce avec une centaine d’occurrences. En rapport avec le verbe negare « dire que ne ... pas » et « refuser », negatiuus s’utilise dans le vocabulaire du droit pour l’action qui refuse de reconnaître la validité des prétentions de la partie adverse :  
  
- Gaius, Inst. 4, 3: In rem actio est, cum aut corporalem rem intendimus nostram esse, aut ius aliquod conpetere, ueluti utendi aut utendi fruendi, eundi agendi aquamue ducendi  uel altius tollendi prospiciendiue ; actio ex diuerso  aduersario est negatiua +==== 4.2.4L'adjectif negātīuus ====
-« L’action est réelle quand nous prétendons que nous appartient une chose corporelle ou un droit quelconque, tel que droit d’usage, d’usufruit, de passage, d’aqueduc, de surélévation, de vueL’adversaire a de son côté l’action dénégatoire pour repousser  nos prétentions. » (trad. J. Reinach).+
  
-Dans le vocabulaire de la logique, negatiuus exprime la négation d’une proposition :  
  
-Aug.Trin. 57 : Et omnino nullum praedicamenti genus estsecundum quod aliquid aiere uolumus, nisi ut secundum idipsum praedicamentum negare conuincamur, si praeponere negatiuam particulam uoluerimus : filius est … non filius est … +Quant à l’adjectif //negātīuus// (fait avec le suffixe //-tīuus-a-um//)il est beaucoup plus rare. Il n’est pas attesté antérieurement à Gaius au +IIe s. apr. J.-C. (1 occ.); il n’est présent dans le latin des auteurs chrétiens que par 4 occurrences chez Augustin et l’essentiel de ses emplois se concentre chez Boèce avec une centaine d’occurrences. En rapport avec le verbe //negare// «dire que ne ... pas» et «refuser»//negatiuus// s’utilise dans le vocabulaire du droit pour l’action qui refuse de reconnaître la validité des prétentions de la partie adverse: 
-« Bref, il n’y a pas un seul type de prédicat sur lequel nous voulons formuler une affirmation, sans que nous soyons contraints à la négation dans les termes du même prédicat, si nous tenons à la particule négative : il est fils … il est non fils … » (tradMMellet et ThCamelotÉdition  Desclée de Brouwer).+
  
-Il entretient alors une relation d’antonymie avec adfirmatiuus (formé avec le même suffixe -tiuus sur le thème du verbe affirmare+    * Gaius, //Inst.//, 4, 3: //In rem actio est, cum aut corporalem rem intendimus nostram esse, aut ius aliquod conpetere, ueluti utendi aut utendi fruendi, eundi agendi aquamue ducendi  uel altius tollendi prospiciendiue ; actio ex diuerso  aduersario est **negatiua**.// \\  « L’action est réelle quand nous prétendons que nous appartient une chose corporelle ou un droit quelconque, tel que droit d’usage, d’usufruit, de passage, d’aqueduc, de surélévation, de vue. L’adversaire a de son côté l’action **dénégatoire** pour repousser  nos prétentions.» \\  (trad. J. Reinach).
  
-Boèce,  Top. Arist. 4, 10, 256  : enuntiationes … differunt … secundum qualitatem, quod aliae adfirmatiuae sint, aliae negatiuae.  
-« Les énoncés diffèrent …  selon leurs orientations : les uns sont affirmatifs, … les autres sont négatifs … »   
  
-La même antonymie se retrouve en français entre les descendants (par emprunt savant) des deux adjectifs latins fr. négatif et affirmatif. +Dans le vocabulaire de la logique, //negatiuus// exprime la négation d’une proposition
  
- Pour ce qui est de l'antonymie entre fr. négatif et positif, elle renvoie étymologiquement (par emprunt savant) à celle qui existe entre lat. negatiuus et positiuus. Cette dernière est, cependant, récente : positiuus, en effet, signifie d’abord « qui a été posé par une convention » en opposition avec ce qui est naturel, ce qui est fondé en naturel , et n'a donc pas de rapport avec negatiuus. Positiuus ne devient l’équivalent d’affirmatiuus en face de negatiuus que chez des auteurs du XIIème s. :+    * Aug., //Trin.//, 5, 7: //Et omnino nullum praedicamenti genus est, secundum quod aliquid aiere uolumus, nisi ut secundum idipsum praedicamentum negare conuincamur, si praeponere **negatiuam particulam** uoluerimus : filius est … non filius est …// \\« Bref, il n’y a pas un seul type de prédicat sur lequel nous voulons formuler une affirmation, sans que nous soyons contraints à la négation dans les termes du même prédicat, si nous tenons à la **particule négative** : il est fils … il est non fils … » \\ (trad. M. Mellet et Th. Camelot, Édition  Desclée de Brouwer). 
 + 
 +Il entretient alors une relation d’antonymie avec //adfirmatiuus// (formé avec le même suffixe //-tiuus// sur le thème du verbe //affirmare//): 
 +  
 + 
 +    * Boèce, //Top. Arist.//, 4, 10, 256: //enuntiationes … differunt … secundum qualitatem, quod aliae adfirmatiuae sint, aliae **negatiuae**.// \\  «Les énoncés diffèrent …  selon leurs orientations : les uns sont affirmatifs, … les autres sont **négatifs** …»   
 + 
 +La même antonymie se retrouve en français entre les descendants (par emprunt savant) des deux adjectifs latins: fr. //négatif// et //affirmatif//.  
 + 
 +Pour ce qui est de l'antonymie entre fr. //négatif// et //positif//, elle renvoie étymologiquement (par emprunt savant) à celle qui existe entre lat. //negatiuus// et //positiuus//. Cette dernière est, cependant, récente : //positiuus//, en effet, signifie d’abord « qui a été posé par une convention » en opposition avec ce qui est naturel, ce qui est fondé en naturel((Gell. 10, 4 capit. : //Quod P. Nigidius argutissime docuit nomina non **positiua** esse, sed naturalia.// \\ « Que Nigidius a enseigné avec beaucoup de pénétration que les noms n’**étaient** pas **établis** par convention, mais naturels.»)) , et n'a donc pas de rapport avec //negatiuus////Positiuus// ne devient l’équivalent d’//affirmatiuus// en face de //negatiuus// que chez des auteurs du XIIème s.: 
 + 
 + 
 +    * Alain de Lille, //Summa Quoniam hominibus//, 1, 1, 10a: //Negationes enim plurium sunt **negatiue** quam positiones positiue.// \\ «Les négations recouvrent plus de choses **avec leur portée négative**, que les affirmations avec leur portée positive.» 
 +   
 + 
 +À la différence des emplois concernant la théologie, où //negare// le cède à //renegare// (d’où fr. //renier//), une continuité s’opère entre lat. //negatiuus// et fr. //négatif// dans le vocabulaire de la logique. 
 + 
 + 
 +===== 4.3. Les préverbés de negare =====
  
-Alain de Lille, Summa Quoniam hominibus, 1, 1, 10a : Negationes enim plurium sunt negatiue quam positiones positiue. 
-« Les négations recouvrent plus de choses avec leur portée négative, que les affirmations avec leur portée positive. »  
  
-À la différence des emplois concernant la théologie, où negare le cède à renegare (d’où fr. renier), une continuité s’opère entre lat. negatiuus et fr. négatif dans le vocabulaire de la logique. 
  
 +Les préverbés de //negare// ont des fréquences inégales en même temps que l’association entre la base et le préverbé donnent des significations plus ou moins proches de celles de //negare//.
  
-4.3. Les préverbés de negare+==== 4.3.1. Pernegare – subnegare ====
  
- Les préverbés de negare ont des fréquences inégales en même temps que l’association entre la base et le préverbé donnent des significations plus ou moins proches de celles de negare.+De Plaute à Tacite et Pline le Jeune, le préverbé en //per-// //pernegare// reste rare  avec 22 occurrences et son emploi n’augmente pas ensuite (5 occurrences chez Augustin). Une partie de ses occurrences se trouve dans la comédie (- Plaute: 2 ; - Térence : 2) et les autres se répartissent entre plusieurs auteurs, mais on rencontre un seul exemple dans la poésie élégiaque (Tib. 1, 6, 7) et l’épopée (Sil. It. 14, 18). Les sens de «nier» et de «refuser» sont attestés dès Plaute et ils se répartissent de manière à peu près équilibrée. Si, en raison de sa moindre fréquence, //pernegare// apparaît comme le terme marqué par rapport à //negare//, cela tient à ce qu’il exprime une négation et un refus plus accentués que le verbe simpleC’est ce que montrent les passages où sont employés les deux verbes, qu’il s’agisse de nier une affirmation: 
  
- 4.3.1Pernegare – subnegare+    * Tér., //Eun.//, 30-35:\\ //Colax Menandri est; in ea est parasitus colax \\ et miles gloriosus; eas se non **negat** \\ personas transtulisse in Eunuchum suam \\ ex graeca; sed eas fabulas factas prius \\ Latinas scisse esse, id uero **pernegat**.// \\ «Il existe de Ménandre un Flatteur, où figurent un flatteur parasite et un soldat fanfaron. L’auteur ne **nie** pas (//non negat//) qu’il ait transporté ces personnages de la pièce grecque dans son Eunuque; mais qu’il ait su que ces pièces avaient été avant lui traitées en latin, voilà ce qu’il **nie absolument** (//pernegat//).»
  
- De Plaute à Tacite et Pline le Jeune, le préverbé en per- pernegare reste rare  avec 22 occurrences et son emploi n’augmente pas ensuite (5 occurrences chez Augustin). Une partie de ses occurrences se trouve dans la comédie (Plaute : 2 ; Térence : 2) et les autres se répartissent entre plusieurs auteurs, mais on rencontre un seul exemple dans la poésie élégiaque (Tib. 1, 6, 7) et l’épopée (Sil. It. 14, 18). Les sens de « nier » et de « refuser » sont attestés dès Plaute et ils se répartissent de manière à peu près équilibrée. Si, en raison de sa moindre fréquence, pernegare apparaît comme le terme marqué par rapport à negare, cela tient à ce qu’il exprime une négation et un refus plus accentués que le verbe simple. C’est ce que montrent les passages où sont employés les deux verbes, qu’il s’agisse de nier une affirmation :  
  
-Tér., Eun. 30-35 :   
- Colax Menandri est ; in ea est parasitus colax 
- et miles gloriosus ; eas se non negat 
- personas transtulisse in Eunuchum suam 
-ex graeca ; sed eas fabulas factas prius  
- Latinas scisse esse, id uero pernegat. 
-« Il existe de Ménandre un Flatteur, où figurent un flatteur parasite et un soldat fanfaron. L’auteur ne nie pas (non negat) qu’il ait transporté ces personnages de la pièce grecque dans son Eunuque ; mais qu’il ait su que ces pièces avaient été avant lui traitées en latin, voilà ce qu’il nie absolument (pernegat). » 
  
 ou d’exprimer un refus :  ou d’exprimer un refus : 
  
-Sén., Ben. 5, 17, 2 : Catoni populus Romanus praeturam negauit, consulatum pernegauit. +    * Sén., //Ben.//, 5, 17, 2: //Catoni populus Romanus praeturam **negauit**, consulatum pernegauit.// \\ «À Caton le peuple romain **refusa** (//negauit//) la préture une fois, le consulat plusieurs fois (//pernegauit//).» \\ (trad. Fr. Préchac).
-« À Caton le peuple romain refusa (negauit) la préture une fois, le consulat plusieurs fois (pernegauit). » (trad. Fr. Préchac).+
  
-Il est encore possible de retrouver une insistance particulière sur la négation et le refus lorsque le verbe est employé seul, sans parallèle avec negare . +Il est encore possible de retrouver une insistance particulière sur la négation et le refus lorsque le verbe est employé seul, sans parallèle avec //negare//((Au sens de « nier » : - Cic., //Cael.//, 65 ; - Val. Max. 8, 4, 2; - Suét., //Ner.//, 35, 2. Au sens de « refuser » : - Cic., //Verr.//, II, 4, 76 ; - Mart. 4, 81, 4 ; - Lact.,  //Diu.//, 1, 17, 17.))
  
- À l’inverse, le refus gêné s’exprime par subnegare, attesté par une seule occurrence : +À l’inverse, le refus gêné s’exprime par //subnegare//, attesté par une seule occurrence: 
  
-Cic., Fam. 7, 19 : Quod praesenti tibi subnegaram, non tribueram certe, id absenti debere non potui ; itaque, ut primum Velia nauigare coepi, institui Topica Aristotelea conscribere. +    * Cic., //Fam.//, 7, 19: //Quod praesenti tibi **subnegaram**, non tribueram certe, id absenti debere non potui; itaque, ut primum Velia nauigare coepi, institui Topica Aristotelea conscribere.// \\ «Le cadeau que je t’**ai pour ainsi dire refusé** en ta présence, que je ne t’ai, en tout cas, pas réservé, je n’ai pu me résigner à te le devoir en ton absence; aussi, dès que mon bateau eut quitté Velia, j’ai commencé à rédiger des //Topiques// dans le genre d’Aristote.» \\ (trad. J. Beaujeu).
-« Le cadeau que je t’ai pour ainsi dire refusé en ta présence, que je ne t’ai, en tout cas, pas réservé, je n’ai pu me résigner à te le devoir en ton absence ; aussi, dès que mon bateau eut quitté Velia, j’ai commencé à rédiger des Topiques dans le genre d’Aristote. » (trad. J. Beaujeu).+
  
-Les valeurs prises par les préverbés sont conformes aux valeurs des préverbes : un degré supérieur pour per-  et l’atténuation pour sub- .+Les valeurs prises par les préverbés sont conformes aux valeurs des préverbes: un degré supérieur pour //per-//((Voir VAN LAER, 2010, p.246-249.)) et l’atténuation pour //sub-//((Voir GARCIA-HERNANDEZ, 1995, p.308.)).
  
  
- 4.3. 2. Denegare+==== 4.3.2. Denegare ====
  
- Denegare, formé sur negare avec le préverbe de-, est, durant la période considérée, mieux attesté que pernegare, avec environ 70 occurrences, qui se répartissent chez des auteurs bien différents. On notera l’extrême rareté dans le style noble de l’épopée (Ov. M. 4, 368 ; 13, 186 ; Val. Flac. 7, 315). Si les deux sens de « nier » et de « refuser » sont attestés dès Plaute, c’est le second qui est le plus fréquent et qui est encore celui du fr. dénier.  +//Denegare//, formé sur //negare// avec le préverbe //de-//, est, durant la période considérée, mieux attesté que //pernegare//, avec environ 70 occurrences, qui se répartissent chez des auteurs bien différents. On notera l’extrême rareté dans le style noble de l’épopée (Ov. //M.//, 4, 368; 13, 186; Val. Flac. 7, 315). Si les deux sens de «nier» et de «refuser» sont attestés dès Plaute, c’est le second qui est le plus fréquent et qui est encore celui du fr. //dénier//. 
- Lorsque le verbe denegare signifie « nier », le contexte souligne assez souvent la force avec laquelle est exprimée cette opposition. Elle est en contradiction totale avec ce que pense l’interlocuteur :+  
 +Lorsque le verbe //denegare// signifie «nier», le contexte souligne assez souvent la force avec laquelle est exprimée cette opposition. Elle est en contradiction totale avec ce que pense l’interlocuteur:
  
-Pl., Amph. 849-851 :  +    * Pl., //Amph.//, 849-851: \\ //Quid si adduco tuum cognatum huc ab naui Naucratem, \\ qui mecum una uectust una naui, atque is si **denegat** \\ facta quae tua facta dicis, quid tibi aequum est fieri?// \\  «Si je t’amène ici du bateau ton cousin Naucratès, qui a fait la traversée avec moi sur le même navire, et s’il **affirme** que ce que tu dis **n’est pas vrai**, que mérites-tu?» \\  (trad. P. Grimal, Plaute – Théâtre complet I, Gallimard, 1991).
-Quid si adduco tuum cognatum huc ab naui Naucratem,  +
-qui mecum una uectust una naui, atque is si denegat +
-facta quae tua facta dicis, quid tibi aequum est fieri ?  +
-« Si je t’amène ici du bateau ton cousin Naucratès, qui a fait la traversée avec moi sur le même navire, et s’il affirme que ce que tu dis n’est pas vrai, que mérites-tu ? » (trad. P. Grimal, Plaute – Théâtre complet I, Gallimard, 1991).+
  
-Ailleurs, la personne qui nie, nie envers et contre tout :  
  
-Tac. Ann. 15, 57, 1: At illam non uerbera, non ignes, non ira eo acrius torquentium, ne a femina spernerentur, peruicere, quin obiecta denegaret. 
-« … mais elle, ni le fouet, ni le feu, ni la colère des bourreaux, qui redoublaient d’acharnement pour ne pas être bravés par une femme, ne purent triompher d’elle dans son obstination à nier. » (trad. P. Wuilleumier). 
  
- L’emploi de denegare « refuser » est mieux représenté en nombre d'occurrences. Par comparaison avec le verbe simpledenegare s’applique à un refus difficile à accepter ou à comprendre +Ailleursla personne qui nie, nie envers et contre tout
  
-Cic., Att61Si praefecturam negotiatori denegatam quereturquod ego Torquatio nostro … negaui. +    * Tac//Ann.//1557, 1//At illam non uerberanon ignes, non ira eo acrius torquentium, ne a femina spernerentur, peruicere, quin obiecta **denegaret**.// \\ «… mais elleni le fouet, ni le feu, ni la colère des bourreaux, qui redoublaient d’acharnement pour ne pas être bravés par une femme, ne purent triompher d’elle dans son obstination **à nier**.» \\ (trad. PWuilleumier).
-« S’il se plaint de ce que j’ai refusé une préfecture (denegatam) à un homme d’affairesquand j’ai opposé (negaui) le même refus … à notre cher Torquatus. » (trad. L.-AConstans et J. Bayet) +
  
-Il en est de même chez les auteurs chrétiens +L’emploi de //denegare// «refuser» est mieux représenté en nombre d'occurrences. Par comparaison avec le verbe simple, //denegare// s’applique à un refus difficile à accepter ou à comprendre
  
-Hil., Trin. 6, 50à propos de la nature du Christ comme corps  … et qua tandem, rogo, tu istud fide denegas, quod ne ipsi quidem negant qui nesciunt ? +    * Cic., //Att.//, 6, 16//Si praefecturam negotiatori **denegatam** queretur, quod ego Torquatio nostro … **negaui**.// \\ «S’il se plaint de ce que **j’ai refusé** une préfecture (denegatam) à un homme d’affaires, quand **j’ai opposé** (negaui) le même refus … à notre cher Torquatus.» \\ (tradL.-A. Constans et J. Bayet) 
-« … et enfin, je te le demande, en fonction de quelle foi nies-tu (denegas) ce que ne nient (negantmême pas ceux qui le méconnaissent ? »   .+
  
-En dehors de tout parallèle avec negare, les contextes de denegare mettent souvent en évidence le refus comme étant au cœur d’un enjeu, car il est plus ou moins justifiable en fonction des attentes des acteurs . Si le verbe negare paraît avoir, par rapport au simple negare, une valeur ‘intensive’, elle s’explique à partir de la valeur directive et perfective de de- pour un procès mené à son terme . +Il en est de même chez les auteurs chrétiens: 
  
 +    * Hil., //Trin.//, 6, 50, à propos de la nature du Christ comme corps: //… et qua tandem, rogo, tu istud fide denegas, quod ne ipsi quidem **negant** qui nesciunt?// \\ «… et enfin, je te le demande, en fonction de quelle foi nies-tu (//denegas//) ce que ne **nient** (//negant//) même pas ceux qui le méconnaissent?»((De même Hier, //Epist.//, 42, 2.)).
  
- 4.3.3Abnegare+En dehors de tout parallèle avec //negare//, les contextes de //denegare// mettent souvent en évidence le refus comme étant au cœur d’un enjeu, car il est plus ou moins justifiable en fonction des attentes des acteurs((- Varr., //RR.//, 2, 10, 9, mœurs en Illyrie: //Nec non etiam hoc, quas uirgines ibi appellant, non numquam annorum uiginti, quibus mos eorum non **denegauit**, ante nuptias ut succumberent quibus uellent et incomitatis ut uagari liceret et filios habere.// \\ «J’ajoute que celles que là-bas on appelle vierges, parfois âgées de vingt ans, se donnent avant leur mariage à qui leur plaît - la coutume du pays ne le leur //défend// pas – et elles ont le droit d’aller et de venir sans être accompagnées et d’avoir des enfants.» \\ (trad. Ch. Guiraud). \\  - Liv. 44, 22, 13: //Si quis est, qui, quod e re publica sit, suadere se mihi in eo bello, quod gesturus sum, confidat, is ne **deneget** operam rei publicae et in Macedoniam mecum ueniat.// \\  «S’il est quelqu’un qui s’assure d’être en mesure de me donner des conseils utiles à l’État dans la guerre que je vais faire, qu’il ne **refuse** pas ses services à l’État et qu’il vienne avec moi en Macédoine.» \\ (trad. P. Jal). \\ - Tert., //Ad. Marc.//, 4, 28:  //Christus uero postulatus a quodam ut inter et fratrem ipsius de diuidenda hereditate componeret, operam suam, et quidem tam probae causae, **denegauit**.// \\ «Le Christ, lui, sollicité par quelqu’un pour régler un différend entre lui et son frère sur le partage d’un héritage, **refusa** son concours quand il s’agissait d’une cause si honnête.»))Si le verbe //denegare// paraît avoir, par rapport au simple //negare//, une valeur ‘intensive’, elle s’explique à partir de la valeur directive et perfective de //de-// pour un procès mené à son terme((Voir BRACHET, 2000, 82-83.))
  
- Abnegare (préverbé en ab- sur negare) est lui aussi rare à l’époque classique. Il n’est pas attesté avant Virgile et Horace, et il est attesté surtout en poésie, y compris dans l’épopée .  
- Il est d’abord employé au sens de « refuser ». Les contextes laissent entendre que le refus a des conséquences majeures et qu’il est paradoxal, comme le refus d’Anchise de quitter Troie en flammes :  
  
-VirgEn2, 634-638 :  +==== 4.3.3. Abnegare ==== 
- Atque ubi iam patriae peruentum ad limina sedis + 
- antiquasque domos, genitor, quem tollere in altos + 
- optabam primum montis primumque petebam, +//Abnegare// (préverbé en //ab-// sur //negare//) est lui aussi rare à l’époque classique. Il n’est pas attesté avant Virgile et Horace, et il est attesté surtout en poésie, y compris dans l’épopée((- Virgile: 4 occurrences; - Horace, 1; - Lucain: 1; - Stace: 1; - Valérius Flaccus: 1; - Columelle: 1; - Sénèque: 1; - Quintilien: 1; - Pline le Jeune: 1.)). 
- abnegat excisa  uitam producere Troia +
- exsiliumque pati …  +
-« Mais dès que je fus arrivé au seuil de la demeure paternelle, notre antique maison, mon père que je voulais avant tout autre emmener dans les hautes montagneslui l’objet premier de mon retour, refuse, après Troie retranchée, de prolonger sa vie et d’endurer l’exil … » (tradJ. Perret+
    
-et la position d’abnegat au premier dactyle est, bien sûr, marquéeIl en est de même pour la situation, à première vue paradoxaled’un poète à qui l’on refuse de payer en partie l’œuvre +Il est d’abord employé au sens de «refuser»Les contextes laissent entendre que le refus a des conséquences majeures et qu’il est paradoxalcomme le refus d’Anchise de quitter Troie en flammes
  
- QuintInst11, 2, 11, à propos de Simonide Cum pugili coronato carmen, quale componi uictoribus solet, mercede pactascripsissetabnegatam ei pecuniae partem quod more poetis frequentissimo degressus in laudes Castoris ac Pollucis exierat. +    * Virg., //En.//, 2, 634-638\\  //Atque ubi iam patriae peruentum ad limina sedis \\ antiquasque domosgenitorquem tollere in altos \\ optabam primum montis primumque petebam\\ **abnegat** excisa  uitam producere Troia \\ exsiliumque pati …// \\  «Mais dès que je fus arrivé au seuil de la demeure paternellenotre antique maisonmon père que je voulais avant tout autre emmener dans les hautes montagnes, lui l’objet premier de mon retour**refuse**après Troie retranchéede prolonger sa vie et d’endurer l’exil …» \\ (trad. J. Perret)((De même - Virg., //En.// 7, 423; - Luc. 3, 262.)).  
-« Moyennant une somme convenueil avait écritpour un athlète qui avait été couronnéun de ces poèmes qu’il est usuel de composer pour les vainqueursmais on avait refusé de lui payer une partie de l’argentparce queselon la coutume très fréquente chez les poètesil avait fait des digressions et célébré Castor et Pollux. » (trad. J. Cousin) .+  
 +et la position d’//abnegat// au premier dactyle est, bien sûr, marquée. Il en est de même pour la situation, à première vue paradoxale, d’un poète à qui l’on refuse de payer en partie l’œuvre: 
  
-À partir de Sénèqueabnegare signifie aussi « renier (un dépôt) ». Negare estbien sûrégalement attesté dans ce sens : +    * Quint. Inst. 11, 2, 11, à propos de Simonide: //Cum pugili coronato carmenquale componi uictoribus solet, mercede pacta, scripsisset, **abnegatam** ei pecuniae partem quod more poetis frequentissimo degressus in laudes Castoris ac Pollucis exierat.// \\ «Moyennant une somme convenue, il avait écrit, pour un athlète qui avait été couronné, un de ces poèmes qu’il est usuel de composer pour les vainqueurs, mais on **avait refusé** de lui payer une partie de l’argent, parce que, selon la coutume très fréquente chez les poètes, il avait fait des digressions et célébré Castor et Pollux.» \\ (tradJ. Cousin)((De même Pline le Jeune//Epist.//10, 96, 7.)).
  
-Sén., Ben. 4, 10, 1 : Intuebor utilitatem eius, cui redditurus sum, et nociturum illi depositum negabo. 
-« Je regarderai l’intérêt de celui à qui j’ai l’intention de restituer, et si le dépôt doit lui faire tort, je le nierai. » 
  
-mais avec abnegare la négation du dépôt est mise en valeur à travers ses implications qui dépassent la situation factuelleCette négation est, en effetune pratique récurrente, telle celle d’un professionnel de la faillite +À partir de Sénèque, //abnegare// signifie aussi «renier (un dépôt//Negare// est, bien sûrégalement attesté dans ce sens
  
-Sén. Ben. 4, 26… non magis dabit beneficiumquam decoctori pecuniam credet aut depositum committet ei, qui iam pluribus abnegauit  +    * Sén., //Ben.//, 4, 101//Intuebor utilitatem eiuscui redditurus sum, et nociturum illi depositum **negabo**.// \\ «Je regarderai l’intérêt de celui à qui j’ai l’intention de restituer, et si le dépôt doit lui faire tort, je le **nierai**
-« … il n’ira pas faire plus de bien qu’il ne prêtera de l’argent à un professionnel de la faillite ou qu’il ne confiera un dépôt à celui qui en a nié plusieurs. » (trad. Fr. Préchac)+
  
-Elle est un engagement virulent que rien ne saurait ébranler :  
  
-Juv. 13, 92-94 :  
-Decernat quodcumque uolet de corpore nostro 
-Isis et irato feriat mea lumina sistro, 
-dummodo uel caecus teneam quos abnego nummos. 
-« Qu’Isis décide de mon corps ce qu’elle voudra, que sa colère frappe mes yeux de son sistre pourvu que, même aveugle, je puisse garder les écus dont je nie le dépôt. » (trad. P. Labriolle), 
  
-où la place d’abnegat au dactyle cinquième n’est pas due au hasard.+mais avec //abnegare// la négation du dépôt est mise en valeur à travers ses implications qui dépassent la situation factuelleCette négation est, en effet, une pratique récurrente, telle celle d’un professionnel de la faillite: 
  
- L’on ne s’étonnera pas que chez les auteurs chrétiens abnegare équivaille à negare « renier » avec, comme complément, une proposition ou un substantif désignant Dieu, la foi ou un élément de doctrine pour signifier « renier dieu / la foi » . En revanche, il faut souligner une innovation majeure : la construction d’abnegare avec un réfléchi afin d’exprimer une idée nouvelle, le renoncement à soi. Deux structures existent, illustrées par deux traductions d’un même passage des Évangiles, qui signifie : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même et prenne sa croix et qu’il me suive »   :+    * Sén., //Ben.,// 4, 26, 3: //… non magis dabit beneficium, quam decoctori pecuniam credet aut depositum committet ei, qui iam pluribus **abnegauit**.// \\   «… il n’ira pas faire plus de bien qu’il ne prêtera de l’argent à un professionnel de la faillite ou qu’il ne confiera un dépôt à celui qui en **a nié** plusieurs.» \\ (trad. Fr. Préchac) 
 + 
 +Elle est un engagement virulent que rien ne saurait ébranler:  
 + 
 +    * Juv. 13, 92-94: \\  //Decernat quodcumque uolet de corpore nostro \\ Isis et irato feriat mea lumina sistro, \\ dummodo uel caecus teneam quos **abnego** nummos.// \\ «Qu’Isis décide de mon corps ce qu’elle voudra, que sa colère frappe mes yeux de son sistre pourvu que, même aveugle, je puisse garder les écus dont je **nie** le dépôt.» \\ (trad. P. Labriolle), 
 + 
 +où la place d’//abnegat// au dactyle cinquième n’est pas due au hasard. 
 + 
 +L’on ne s’étonnera pas que chez les auteurs chrétiens //abnegare// équivaille à //negare// «renier» avec, comme complément, une proposition ou un substantif désignant Dieu, la foi ou un élément de doctrine pour signifier «renier dieu / la foi((Ambr., //Off.//, 1, 49, à propos de ceux qui estiment que Dieu n’a pas le souci du monde: //Quod si aut Deum creatorem suum **abnegant** aut ferarum et bestiarum se haberi numero censent, quid de illis dicamus qui hac se condemnant iniuria?// \\ «S’ils **renient** Dieu leur créateur, ou s’ils estiment qu’ils sont comptés au nombre des bêtes sauvages et des animaux, que dire des gens qui se condamnent par cet outrage?» \\ (trad. M. Testard); \\ de même, - Tert., //Fug.//,12; - Nouat., //Trin.//, 11, 10; - Lact., //Div//, 7, 27, 6; - Arn., //Adu. Nat.//, 2, 51.))». En revanche, il faut souligner une innovation majeure: la construction d’//abnegare// avec un réfléchi afin d’exprimer une idée nouvelle, le renoncement à soi. Deux structures existent, illustrées par deux traductions d’un même passage des Évangiles, qui signifie : «Si quelqu’un veut venir à ma suite, **qu’il se renie lui-même** et prenne sa croix et qu’il me suive»:
    
- Vetus Latina, Matth. 16, 24 : si quis uult post me uenire, abneget se sibi et tollat crucem suam cotidie  et sequatur me. +    * Vetus Latina, //Matth.//, 16, 24: //si quis uult post me uenire, **abneget** se sibi et tollat crucem suam cotidie  et sequatur me.// \\ et: \\  Vulgate, //Matth.// 16, 24 : //si quis uult uenire post me, **abneget** semet ipsum.//
-et :  +
- Vulgate, Matth. 16, 24 : si quis uult uenire post me, abneget semet ipsum.+
  
-Les deux structures abneget se sibi / abneget semet ipsum constituent le calque du grec ἀπαρνησάσθω ἑαυτόν, qui donne au verbe latin  le sens de « se renier pour suivre Dieu » . Le calque  ἀπo - / ab- souligne l’éloignement de l'être humain sujet par rapport à lui-même, avec ce que cela implique de rapprochement à un autre niveau, celui de Dieu. Dans le groupe morpho-sémantique de negare, cet emploi d’abnegare est, assurément, le cas où l’association entre le verbe simple servant de base et le préverbe va le plus loin dans la création d’une nouvelle valeur. Cette structure avec réfléchi passe des traductions de la Bible aux textes d’analyse :  
  
-Ambr., Off. 1, 142 : Fides enim omnium Christus ; Ecclesia autem quaedam forma iustitiae est : commune ius omnium, in commune orat, in commune operatur, in commune temptatur ; denique qui seipsum sibi abnegat, ipse iustus, ipse dignus est Christo. 
-« La foi de tous en effet est le Christ. Or l’Église est comme la forme de la justice ; droit commun de tous, elle prie en commun, agit en commun, est tentée en commun ; ainsi celui qui renonce à soi-même est lui-même juste, est lui-même digne du Christ. » (trad. M. Testard). 
  
-Cet emploi est assez fréquentce qui explique que negare développe par analogie la même structure : +Les deux structures //abneget se sibi// / //abneget semet ipsum// constituent le calque du grec ἀπαρνησάσθω ἑαυτόν, qui donne au verbe latin  le sens de «se renier pour suivre Dieu((Le datif //sibi// à la place d’//ipsum// s’analyse comme un «écho au sujet»: voir SERBAT, 1996, p.579.))». Le calque  ἀπo - / //ab-// souligne l’éloignement de l'être humain sujet par rapport à lui-même, avec ce que cela implique de rapprochement à un autre niveau, celui de Dieu. Dans le groupe morpho-sémantique de //negare//, cet emploi d’//abnegare// est, assurément, le cas où l’association entre le verbe simple servant de base et le préverbe va le plus loin dans la création d’une nouvelle valeur. Cette structure avec réfléchi passe des traductions de la Bible aux textes d’analyse
  
-Ambr., Psalm11811… qui se ipsum negatut adhaereat Christo.  +    * Ambr., //Off.//1142//Fides enim omnium Christus ; Ecclesia autem quaedam forma iustitiae est: commune ius omnium, in commune orat, in commune operatur, in commune temptatur; denique qui seipsum sibi **abnegat**ipse iustus, ipse dignus est Christo.// \\ «La foi de tous en effet est le Christ. Or l’Église est comme la forme de la justice ; droit commun de tous, elle prie en commun, agit en commun, est tentée en commun ; ainsi celui qui **renonce** à soi-même est lui-même juste, est lui-même digne du Christ.» \\ (trad. M. Testard).
-« … celui qui renonce à soi-même pour aller avec le Christ. »+
  
-Le syntagme verbal se abnegare a son correspondant nominal, certes plus rare, sui abnegatio : 
  
-Hier., Epist., 121, 3 : ‘Si quis uult uenire post me, abneget se ipsum’ … Quae est sui abnegatio ? … Qui in me credit, debet suum sanguinem fundere.  
-« ‘Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il se renonce’ Qu’est-ce que cette renonciation de soi  ?  …. Qui croit en moi doit verser son sang. » (trad. J. Labourt),  
  
-qui est à l’origine (par emprunt savant) de fr. abnégation, lequel signifie justement « renoncement ou sacrifice volontaire, consenti dans un intérêt supérieur et portant sur une partie de soi-même » .  +Cet emploi est assez fréquent, ce qui explique que //negare// développe par analogie la même structure:  
 + 
 +    * Ambr., //Psalm.//, 118, 11, 5: //… qui se ipsum **negat**, ut adhaereat Christo.// \\  «… celui qui **renonce** à soi-même pour aller avec le Christ.» 
 + 
 + 
 + 
 +Le syntagme verbal //se abnegare// a son correspondant nominal, certes plus rare, //sui abnegatio//: 
 + 
 +    * Hier., //Epist.//, 121, 3: //‘Si quis uult uenire post me, abneget se ipsum’ … Quae est **sui abnegatio**? … Qui in me credit, debet suum sanguinem fundere.// \\  «‘Si quelqu’un veut venir après moi, qu’il se renonce’ Qu’est-ce que cette **renonciation de soi** ? …. Qui croit en moi doit verser son sang.» \\ (trad. J. Labourt), 
 + 
 +  
 + 
 +qui est à l’origine (par emprunt savant) de fr. //abnégation//, lequel signifie justement «renoncement ou sacrifice volontaire, consenti dans un intérêt supérieur et portant sur une partie de soi-même»((Définition empruntée au //Trésor de la Langue Française//, s. v. //Abnégation//, vol. 1.)).   
 + 
 +«Dire que ne ... pas, nier l’existence de» relève de la prise de position sur ce qui est, tnadis que «refuser quelque chose à quelqu’un, refuser de, refuser que» est une prise de position contre ce qui pourrait se produire. Ces deux valeurs ont pour point commun le fait que la persone en fonction de sujet n’intègre pas dans son univers de croyance une donnée présentée comme réelle ou possible. //Negare// est le seul élément du groupe morpho-sémantique à développer les deux valeurs: en effet, dans les autres termes, c'est seulement l'une de ces valeurs qui existe seule ou prédomine largement. 
 +  
 +Cette double orientation sémantique de la négation et du refus est à la base de développements sémantiques. Plusieurs nuances sont ainsi significatives: des préverbés ont un usage récurrent pour dénoter la force avec laquelle sont exprimés la négation et le refus (//pernegare//, //denegare//), mais ils marquent aussi l’insistance sur les enjeux de la négation et du refus par rapport aux présupposés et aux attentes des autres acteurs (//denegare//, //abnegare//). D’autres emplois s’inscrivent dans une évolution plus longue: ils sont liés à la pensée chrétienne (//negare, negatio, negator// et le reniement de la foi, //abnegare// et l’abnégation) et à la philosophie, avec //negatiuus// qui désigne le négatif par opposition à l’affirmatif et au  positif. La négation et le refus ne sont pas de simples assertions, mais visent à produire un effet sur l’autre pour le convaincre. 
  
-  « Dire que ne ... pas, nier l’existence de » relève de la prise de position sur ce qui est, tnadis que « refuser quelque chose à quelqu’un, refuser de, refuser que » est une prise de position contre ce qui pourrait se produire. Ces deux valeurs ont pour point commun le fait que la persone en fonction de sujet n’intègre pas dans son univers de croyance une donnée présentée comme réelle ou possible. Negare est le seul élément du groupe morpho-sémantique à développer les deux valeurs en effet, dans les autres termes, c'est seulement l'une de ces valeurs qui existe seule ou prédomine largement.  +\\ 
- Cette double orientation sémantique de la négation et du refus est à la base de développements sémantiques. Plusieurs nuances sont ainsi significatives des préverbés ont un usage récurrent pour dénoter la force avec laquelle sont exprimés la négation et le refus (pernegare, denegare), mais ils marquent aussi l’insistance sur les enjeux de la négation et du refus par rapport aux présupposés et aux attentes des autres acteurs (denegare, abnegare). D’autres emplois s’inscrivent dans une évolution plus longue ils sont liés à la pensée chrétienne (negare, negatio, negator et le reniement de la foi, abnegare et l’abnégation) et à la philosophie, avec negatiuus qui désigne le négatif par opposition à l’affirmatif et au  positif. La négation et le refus ne sont pas de simples assertions, mais visent à produire un effet sur l’autre pour le convaincre.+\\ 
 +[[:dictionnaire:negare3|Page précédente]] ou [[:dictionnaire:negare|Retour au plan]] ou [[:dictionnaire:negare5|Page suivante]]