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dictionnaire:exercere6 [2013/02/04 16:19]
vandaele
dictionnaire:exercere6 [2014/12/17 12:57] (Version actuelle)
desiderio
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 +<html><p class="lestitres">exerceō, -ēre</p></html> <html><center><big><big>(verbe)</big></big></center></html>
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-**6. Histoire du lexème** +====== 6. Histoire du lexème ======
  
  
-6.1. __Histoire au cours de la latinité. volution des emplois__ +===== 6.1. Histoire au cours de la latinité. Evolution des emplois =====
  
  
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-6.2. __Origine et étymologie__ +===== 6.2. Origine et étymologie =====
  
  
-L’étymologie de //arceō, -ēre//, verbe dont //exerceō// est un composé, ne pose guère de difficultés. Au rapprochement ancien avec gr.+L’étymologie de //arceō, -ēre//, verbe dont //exerceō// est un composé, ne pose guère de difficultés. Au rapprochement ancien avec gr.  ἄρκος, ἀρκέω s’est ajouté le hittite //ḫark-<sup>zi</sup>// « avoir, tenir, posséder, garder »((Ce verbe sert aussi d’auxiliaire, en combinaison avec un participe au neutre, pour former une sorte de « passé composé ».)).
  
  
-ἄρκος, ἀρκέω s’est ajouté le hittite //ḫark-<sup>zi</sup>// « avoir, tenir, posséder, garder »[[:dictionnaire:1|[1]]].+La racine se pose sous la forme *//h<sub>2</sub>erk-//((Cf.  //[[LIV]]// , dont la notice est remarquablement brève, les formes issues de cette racine étant peu nombreuses.)).
  
  
-La racine se pose sous la forme %%*%%//h<sub>2</sub>erk-// [[:dictionnaire:2|[2]]].+Le verbe hittite //ḫarmi // (< %%*%%//ḫark-mi//, avec allègement de la suite de consonnes), //ḫarši// (< %%*%%//ḫark-ši//), //ḫarzi// (< %%*%%//ḫark-zi//), 3<sup>e</sup> pl. //ḫarkanzi // continue un présent à ablaut : %%*%%//h<sub>2</sub>érk-ti//, %%*%%//h<sub>2</sub>ṛk-énti//.
  
  
-Le verbe hittite //ḫarmi // (< %%*%%//ḫark-mi//avec allègement de la suite de consonnes), //ḫarši// (%%*%%//ḫark-ši//), //ḫarzi// (%%*%%//ḫark-zi//), 3<sup>e</sup>pl. //ḫarkanzi // continue un présent à ablaut : %%*%%//h<sub>2</sub>érk-ti//%%*%%//h<sub>2</sub>ṛk-énti//.+Le grec a hérité du substantif neutre sigmatique ἄρκος, dont ἀρκέω est le dénominatif. Bien que ἄρκος ne soit attesté que chez Alcée (cf. [[:dictionnaire:accueil|Chantraine]] ), les composés en -αρκής sont nombreux et anciens. Malgré cela, <html><a href=":dictionnaire:exercere8#Beekes(2009)">Beekes</a></html(2009) admet que ἄρκος est plutôt un déverbatif de ἀρκέω, étant donné la rareté du nom ἄρκοςSi ce nom est ancien,en tant que neutre sigmatique, il doit reposer sur un degré ////: %%*%%//h<sub>2</sub>erk-// %%*%%//ark-//. S’ajoute le dérivé primaire homérique ἄρκιος « assuré, sur quoi on peut compter ». C’est pourquoi Chantraine supposait que la notion de sûreté, sécurité était fondamentale dans la racine.
  
  
-Le grec a hérité du substantif neutre sigmatique ἄρκοςdont ἀρκέω est le dénominatif. Bien que ἄρκος ne soit attesté que chez Alcée (cfChantraine), les composés en+L’arménien possède un radical //arg-// généralement rapporté à la présente racine : le substantif //argel// « obstacleempêchement » et aussi « prison, surveillance » (qui traduit grφυλακή), les verbes //argelum//, //argelem//, //argilel// « faire obstacle, interdire, empêcher », //argelanim// « être empêché, rencontrer un obstacle »((Cf.  <html><a href=":dictionnaire:exercere8#MARTIROSYAN">MARTIROSYAN</a></html>, 2010, //s.u//).)). Le radical //arg-// présente une difficulté phonétique, l’absence de palatalisation de la vélaire.
  
  
-+L’allemand //Riegel // « verrou », v.h.a. //rigil// est supposé reposer également sur le degré  %%*%%//h<sub>2</sub>rk-//.
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-αρκής sont nombreux et anciens. Malgré cela, Beekes +
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-en tant que neutre sigmatique, il doit reposer sur un degré //e //: +
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-S’ajoute le dérivé primaire homérique ἄρκιος +
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-« assuré, sur quoi on peut compter ». C’est pourquoi Chantraine suppose que la notion de sûreté, sécurité est fondamentale dans la racine. +
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-L’arménien possède un radical //arg-// généralement rapporté à la présente racine : le substantif //argel// « obstacle, empêchement » et aussi « prison, surveillance » (qui traduit gr. +
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-), les verbes //argelum//, //argelem//, //argilel// « faire obstacle, interdire, empêcher », //argelanim// « être empêché, rencontrer un obstacle »[[:dictionnaire:3|[3]]]. Le radical //arg-// présente une difficulté phonétique, l’absence de palatalisation de la vélaire. +
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-L’allemand //Riegel // « verrou », v.h.a. //rigil// est supposé reposer également sur le degré +
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-%%*%%//h<sub>2</sub>rk-//.+
  
  
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-Le dictionnaire Ernout-Meillet rejette l’apparentement de //arx// et //arceō//, voulant voir dans ce substantif un emprunt étranger, comparable à //urbs// (lequel mot peut, lui aussi, être étymologisé en latin). En réalité, //arx// est indubitablement un nom-racine, et plus personne ne le conteste raisonnablement aujourd’hui.+Le dictionnaire [[:dictionnaire:accueil|Ernout-Meillet]] rejette l’apparentement de //arx// et //arceō//, voulant voir dans ce substantif un emprunt étranger, comparable à //urbs// (lequel mot peut, lui aussi, être étymologisé en latin). En réalité, //arx// est indubitablement un nom-racine, et plus personne ne le conteste raisonnablement aujourd’hui.
  
  
-Pour //arceō//, le dictionnaire Ernout-Meillet donne deux sens principaux, dont les orientations sémantiques sont antithétiques :+Pour //arceō//, le dictionnaire [[:dictionnaire:accueil|Ernout-Meillet]] donne deux sens principaux, dont les orientations sémantiques sont antithétiques :
  
  
-1° « contenir, maintenir », sens non attesté dans les textes, et donné seulement par les glossateurs ;+1° « contenir, maintenir », sens peu attesté dans les textes, et donné seulement par les glossateurs ; \\  2° « maintenir au loin, écarter », sens bien attesté. Ce dernier sens est celui qu’on retrouve en grec, dans ἄρκος « protection » et ἀρκέω « repousser, écarter ; protéger ».
  
  
-2° « maintenir au loinécarter », sens bien attesté. Ce dernier sens est celui qu’on retrouve en grecdans+Il paraît probable que le hittite a gardé le sens originel de la racine, « tenirdétenir, retenir, contenir »((Malgré  <html> <a href=":dictionnaire:exercere8#KÖLLIGAN">KÖLLIGAN</a></html> (200753) qui propose comme sens premier « to ward offto defend, to keep under control », et, avant lui, Chantraine.)).
  
  
-ἄρκος « protection » et ἀρκέω « repousserécarter ; protéger ».+Les évolutions sémantiques des verbes signifiant « tenir » sont souvent variées. Il faut compter également avec des effets de « dépréverbation ». Plus exactement, le verbe a pu intégrer une nouvelle signification qu’il avait acquise en combinaison avec un préverbe ou un élément adverbial tenant lieu de proto-préverbe. On pense par exemple à //cēdere//, qui peut signifier « aller, s’avancer » ou « se retirerreculer ».
  
  
-Il paraît probable que le hittite a gardé le sens originel de la racine, « tenir, détenir, retenir, contenir »[[:dictionnaire:4|[4]]]. +En français, le verbe //contenir// a les deux orientations : « enfermer en soi » ou « empêcher de pénétrer, d’avancer » (« contenir l’ennemi, la foule »).
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-Les évolutions sémantiques des verbes « tenir » sont souvent variées. Il faut compter également avec des effets de « dépréverbation ». Plus exactement, le verbe a pu intégrer une nouvelle signification qu’il avait acquise en combinaison avec un préverbe ou un élément adverbial tenant lieu de proto-préverbe. On pense p +
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-à //cēdere//, qui peut signifier « aller, s’avancer » ou « se retirer, reculer ». +
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-En français, le verbe contenir a les deux orientations : « enfermer en soi » ou « empêcher de pénétrer, d’avancer » (« contenir l’ennemi, la foule »).+
  
  
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-Quelle est la formation exacte d’ //arceō // ? Comme il ne peut s’agir d’un verbe d’état en //-ē-//, ce ne peut être qu’un verbe en %%*%%//-éy<sup>e</sup>/<sub>o</sub>-// (un « itératif-intensif ») bâti sur un degré . Ce type de présent (le 1s dans le classement du //LIV//) est rare[[:dictionnaire:5|[5]]]. Il est un peu représenté en sanskrit dans //śv-áy-a-ti// « enfler » (%%*%%//ḱu(H)-éy<sup>e</sup>/<;sub>o</sub>-//)//rucáyati// « luirebriller » (%%*%%//luk-éy<sup>e</sup>/<sub>o</sub>-//)//hváyati // (av. //zbayeiti//) « appeler » (%%*%%//ǵhuH-éy<sup>e</sup>/<sub>o</sub>-//). On peut ajouter le germanique commun %%*%%//þuŋk-jan<sup>an</sup>// « semblerparaître »got. //þugkjan//, all. mod. //dünken//. En latinoutre le probable //arceō//, on citera //urgeō//, d’une racine %%*%%//wreg-// « poursuivre » (got. //wrekan//), et //cieō// [[:dictionnaire:6|[6]]]. +[[Watkins]] (1968) avait brièvement étudié la famille de //arceō//, en mettant en évidence le parallélisme de formation entre le verbe latin archaïque //porceō// et la combinaison hittite //// //ḫark-// « hinhalten have alonghave with one ». En hittite, ////  
- +fonctionne comme adverbe ou préverbeen combinaison avec d’autres préverbes à sens local. On peut le retrouver égalementsoudé au radical depuis très longtempsdans des verbes comme //pāi-/piya-//, louvite //piya-//, louvite hiéroglyphique //pia-// « donner »((Verbe en //-ḫipiḫḫipaištipāi//.)) et //pāi-// « aller »((Verbe en //-mipāimipāišipāitti//.)). Ce dernier verbe reposerait sur *//pē-ei-//, et ferait couple avec //uwa-// « venir » *//au-ei-//. [[Watkins]] (196872) admettait que ces deux formationsmalgré l’énorme écart chronologiqueétaient tout à fait comparables aux formes russes (infinitifs) //pojiti// « aller » / //ujiti// « venir ». 
- +
-Pour l’étude des types « itératif-intensif » et « factitif-causatif » en //%%*%%-éy<sup>e</sup>/<sub>o</sub>-//on se reportera à Kölligan (2004 et 2007). Dans le cas d’un verbe comme //arceō//en face duquel n’existe pas de non intensifon peut penser qu’il s’agit d’un renouvellement formel ; si l’on en juge par le hittite, la racine avait donné d’abord un verbe athématique. Or le latin n’a pas conservé vivante la conjugaison athématique. Par ailleurs, les statuts respectifs du hittite  //ḫark-<sup>zi</sup>// et du latin //arcēre// sont différents ; le verbe hittite appartient au vocabulaire fondamental et s’est même auxiliarisé ; il ressemble fort à fr. //avoir//, alors que +
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-//arcēre // est un verbe à valeur lexicale pleine. +
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-Nous ajouterons, à propos de la formation de  //arcēre // , une remarque personnelle : est-ce un hasard si //arcēre//, dont le sens premier était celui de « tenir », est un verbe du même type que //habēre// et //tenēre//, qui sont de même sens ? +
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-Le préverbé //coerceō// signifie « enserrer, enfermer, contenir, contraindre », d’où « réprimer, faire rentrer dans le rang ». Pour le sens, il est proche de //cōgō, -ere// « contraindre ». +
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-Le vieux préverbé //porceō//certainement démotivé en synchroniea le sens d’« écarter »tout comme //abarceō//, qui n’est qu’un mot de glossateur. +
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-L’osque a un verbe //tríbarakavúm// (inf.) « bâtirériger, aedificare », supposé être le dénominatif d’un composé non attesté %%*%%//trēb-ark-// « constructeur », le premier membre étant le nom de la maison //trííbúm// (base %%*%%//trēb-//)[[:dictionnaire:7|[7]]]Ce type de verbe dénominatif tiré d’un composé est illustré par exemple en latin par //aestimāre// [[:dictionnaire:8|[8]]]. Cela étanten raison du parallélisme de formation entre //aedificāre// et //tríbarakavúm//, on peut aussi penser que le verbe osque comporteen deuxième positionune forme du verbe spécifique à la composition, en //-ā-//, comme l’est //‑ficāre// par rapport à //facere//. Reste le problème du sens : la racine +
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-%%*%%//h<sub>2</sub>erk-// n’a nulle part le sens de « bâtir ». Peut-on penser que le radical verbal //ark-//, non attesté par ailleurs en osque, a pu fonctionner dans cette langue comme verbe-support ? +
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-Ce verbe sert aussi d’auxiliaire, en combinaison avec un participe au neutre, pour former une sorte de « passé composé ». +
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-Cf. //LIV//, dont la notice est remarquablement brève, les formes issues de cette racine étant peu nombreuses. +
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-Cf. MARTIROSYAN (2010, s.v.). +
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-Malgré KÖLLIGAN +
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-2007 +
  
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 +Des interprétations totalement différentes de //pai-<sup>i</sup>/pi-// et //payi-<sup>zi</sup>/pai-// sont proposées dans [[Kloekhorst]] (2008) ou [[Œttinger]] (2002). Toutefois, le même Kloekhorst ne semble pas rejeter le rapprochement fait par Watkins entre //porceō// et //pē// //ḫark-//. Mais si l’on fait venir //pē// de *//h<sub>1</sub>poi-// (Kloekhorst) ou de *//poi-// (Œttinger), l’explication du //po//- latin devient plus difficile.
  
-53+Quelle est la formation exacte d’//arceō// ? Watkins en faisait un verbe d’état en //-ē-//, qu’il rapprochait, pour le sens, de //habēre// et //tenēre//. Est-ce un hasard en effet si //arcēre//, dont le sens premier était celui de « tenir », est un verbe du même type que //habēre// et //tenēre//, qui sont de même sens ? Toutefois, cette solution n’est pas la seule possible. //Arcēre// est toujours en latin un verbe transitif, et on ne peut pas prouver que ce fût auparavant un intransitif((Alors qu’on peut reconstituer l’histoire de //tenēre// ancien verbe d’état, par rapport à //tendere//, verbe transitif.)). Toutefois, Benveniste (« Etre et avoir dans leurs fonctions linguistiques » //[[PLG I]]//, 199) avait montré que les verbes « avoir » étaient en fait, par leur sens, de véritables verbes d’état((Benveniste (//[[PLG I]]//, 199): « Tout s’éclaire en effet quand on reconnaît avoir pour ce qu’il est, un verbe d’état. Etre est l’état de l’étant, de celui qui est quelque chose ; avoir est l’état de l’ayant, de celui à qui quelque chose est. Avoir n’est qu’un “être-à” retourné. »)). 
  
 +//Arcēre// pourrait encore être un verbe en *‑//éy<sup>e</sup>/<sub>o</sub>-// (un « itératif-intensif ») bâti sur un degré . Ce type de présent (le 1s dans le classement du //[[LIV]]//) est rare((Cf. Garnier (2010, 454))). Il est un peu représenté en sanscrit : //śv-áy-a-ti// « enfler » (%%*%%//ḱu(H)-éy<sup>e</sup>/<sub>o</sub>//-), //rucáyati// « luire, briller » (%%*%%//luk-éy<sup>e</sup>/<sub>o</sub>-//), //hváyati// (av. //zbayeiti//) « appeler » (%%*%%//ǵhuH-éy<sup>e</sup>/<sub>o</sub>//-). On peut ajouter le germ. commun %%*%%//þuŋk-jan<sup>an</sup>// « sembler, paraître », got. //þugkjan//, all. mod. //dünken//. En latin, outre le probable //arceō//, on citera //urgeō//, d’une racine %%*%%//wreg-// « poursuivre » (got. //wrekan//), //cieō//, //augeō//((Cf. Garnier (2010, 454-455), qui évoque un type latin %%*%%CC-éy<sup>e</sup>/<sub>o</sub>-.)). 
  
-), 
  
 +Pour l’étude des types « itératif-intensif » et « factitif-causatif » en *-éy<sup>e</sup>/<sub>o</sub>-, on se reportera à [[Kölligan]] (2004 et 2007)((Brugmann s’était déjà interrogé sur l’ambivalence de cette formation, //Grundriss//, II, 3/1 (1913) §163 p. 247 : « Die Verba dieser klasse fungieren seit uridg. Zeit als Kausativa oder als Iterativa (genauer ist die Bedeutung als iterativ-ziellos zu bezeichnen), bezw. Intensiva. »)). Dans le cas d’un verbe comme //arceō//, en face duquel n’existe pas de non intensif, on peut penser qu’il s’agit d’un renouvellement formel ; si l’on en juge par le hittite, la racine avait donné d’abord un verbe athématique. Or le latin n’a pas conservé vivante la conjugaison athématique. Par ailleurs, les statuts respectifs du hittite //ḫark-<sup>zi</sup>// et du latin //arcēre// sont différents ; le verbe hittite appartient au vocabulaire fondamental et s’est même auxiliarisé, il ressemble fort à fr. //avoir//, alors que //arcēre// est un verbe à valeur lexicale pleine.
  
-qui propose comme sens premier « to ward off, to defend, to keep under control », et, avant lui, CHANTRAINE. 
  
 +Le vieux préverbé //porceō//, certainement démotivé en synchronie, a le sens d’« écarter », tout comme //abarceō//, qui n’est qu’un mot de glossateur. 
  
-[[:dictionnaire:5|[5]]]  
  
 +Le radical de //arcēre// a fini par développer le sème de « contrainte », qui était implicite dans tous ses emplois, notamment dans les développements au sens de « tenir quelqu’un à l’écart de, empêcher quelqu’un de, interdire à quelqu’un de ». Cette notion se retrouve, renforcée par le préverbe, dans //coerceō// « enserrer, enfermer, contenir, contraindre », d’où « réprimer, faire rentrer dans le rang ». Pour le sens, //coerceō// est proche de //cōgō, -ere// « contraindre ». 
  
-Cf. GARNIER (2010, 454). 
  
 +Quant à //exerceō//, qui a connu un grand développement spécifique et a rompu les attaches avec son point de départ, il doit comporter un //ex-// de « renforcement, d’« intensification » : « exercer une forte contrainte sur », d’où les divers emplois qui s’ordonnent autour de l’idée de « ne pas laisser en repos ». La spécialisation la plus fameuse est dans le domaine militaire, « faire faire l’exercice aux troupes », d’où //exercitus// « exercice » puis « armée ». À titre de comparaison, on peut évoquer l’allemand //drillen// qui, ayant développé, à partir de « percer, forer, vriller, faire tourner », l’idée générale de « ne pas laisser en repos », s’est spécialisé dans le lexique militaire pour désigner l’exercice((all. //Drill // « exercice » et « discipline militaire », depuis le 17<sup>e</sup>s. et surtout le 19<sup>e</sup>, all. //Drillmeister// « instructeur ». Cf. W. Pfeifer, //Etymologisches Wörterbuch des Deutschen//, Berlin, 1989, //s.u//.)). Les mots anglais //drill// substantif et //to drill//, qui ont à peu près les mêmes emplois, ont dû être empruntés au bas-allemand/néerlandais((D’après l’//Oxford English Dictionary//, //s.u//. //drill// <sup>3</sup>pour le verbe et //drill// <sup>2</sup>pour le substantif)). 
  
-[[:dictionnaire:6|[6]]]  
  
 +Un substantif falisque est peut-être à rattacher au thème de //arcēre//; il s’agit de //arcentelom//, si l’on accepte l’analyse de [[Martzloff]] (2006). Le mot figure dans l’inscription dite de Cérès (Ve 241). Cet //arcentelom// était auparavant considéré comme apparenté au nom de l’« argent », lat. //argentum// (cf. [[Watkins]] 1968). Il faudrait lire /argentelom/, ce qui est possible, le falisque, selon l’usage étrusque, ne notant pas de manière distincte sourdes et sonores. [[Martzloff]] (2006) montre que cette hypothèse est peu plausible compte tenu du contexte ; il propose de rattacher //arcentelom// à //arceo// et de lui donner le sens de « remède », c’est-à-dire de « moyen d’écarter (//arcēre//) la maladie ». Il compare, pour le sens, gr. ἀλεξιφάρμακον « remède qui repousse (la maladie) ». Il est vrai que //arcēre// est couramment employé par certains auteurs pour signifier le fait de repousser un désagrément ou une calamité, par exemple Columelle 7, 12, 12 : //rabies arcetur// « on écarte la rage » (en coupant l’extrémité de la queue des chiens quarante jours après leur naissance). Il est question de repousser la violence du soleil, des vents ou des pluies en 3, 19, 18 ; 4, 22, 7 ; 4, 24, 24 ; 4, 29, 23 ; 9, 7, 8. 
  
-Cf. GARNIER (2010, 454-455), qui évoque un type latin %%*%%CC- 
  
 +Comme nous l’avons signalé, le thème verbal //arcē-// n’est à la base d’aucun dérivé nominal en latin ; il serait donc fort intéressant d’avoir en falisque un dérivé fait sur 
 +//arcēre//.
  
-éy<sup>e</sup>/<sub>o</sub>-. 
  
 +Il y a peut-être une trace d’un ancien impératif %%*%%//arkē// en ombrien. Festus évoque la formule //ARSEUERSE//, qu’il attribue à l’étrusque : 
  
-[[:dictionnaire:7|[7]]]  
  
 +    * Paulus ex Festo 17, 16-18L ://arseuerse auerte ignem significat. Tuscorum enim lingua arse auerte, uerse ignem constat appellari. Vnde Afranius ait : Inscribat aliquis in ostio arseuerse//.
  
-CfWOU.+Dans cette formule d’imprécation, [[Machajdíková]] (2012, 16-18) propose de retrouver un mot ombrienSelon elle en effet, les formules de ce genre circulent assez facilement d’une langue à une langue voisine. Il serait difficile d’expliquer une forme verbale //arse// à l’intérieur de l’étrusque. En revanche, un impératif %%*%%//arkē// aboutirait régulièrement en ombrien à %%*%%//arkį// (avec //e// fermé ou //i// ouvert), puis %%*%%//arśį // par palatalisation. La consonne palatalisée peut être rendue en étrusque et en latin par la sifflante, comme il y en a quelques exemples. Le verbe //arcēre// peut, en latin, s’appliquer à l’incendie.
  
 +L’osque a un verbe //tríbarakavúm// (inf.) « bâtir, ériger, lat. //aedificare// », supposé être le dénominatif d’un composé non attesté %%*%%//trēb-ark-// « constructeur », le premier membre étant le nom de la maison //trííbúm// (base %%*%%//trēb//-)((Cf. //[[WOU]]//)). Ce type de verbe dénominatif tiré d’un composé est documenté par exemple en latin par //aestimāre// ((Si l’on accepte la vieille explication de Havet par //aes// et %%*%%//tomos//, %%*%%//aes-tomos// « qui découpe le bronze ». Explication rejetée, à tort selon nous, par De Vaan.)). Cela étant, en raison du parallélisme de formation entre //aedificāre// et //tríbarakavúm//, on peut aussi penser que le verbe osque comporte, en deuxième position, une forme du verbe spécifique à la composition, en //-ā-//, comme l’est ‑//ficāre// par rapport à //facere//. Reste le problème du sens : la racine *//h<sub>2</sub>erk-// n’a nulle part le sens de « bâtir ». Peut-on penser que le radical verbal //ark-//, non attesté par ailleurs en osque, a pu fonctionner en cette langue comme verbe support ?
  
-[[:dictionnaire:8|[8]]]  
  
  
-Si l’on accepte la vieille explication de HAVET par //aes// et %%*%%//tomos//, %%*%%//aes-tomos// « qui découpe le bronze ». Explication rejetée, à tort selon nous, par De VAAN. 
  
 +\\  \\  [[:dictionnaire:exercere5|Revenir au §5]] ou [[:dictionnaire:exercere|Retour au plan]] ou [[:dictionnaire:exercere7|Aller au §7]]